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Coupe du monde 2026 : ce que le modèle de l’économiste qui ne s’est jamais trompé prédit pour l’Afrique

Quand Paul le poulpe a correctement prédit chacun des résultats de l’Allemagne lors de la Coupe du monde 2010, organisée en Afrique du Sud, le monde entier l’a sacré oracle. Les médias se sont bousculés, les supporters adverses l’ont menacé, et les statisticiens ont rangé leurs formules avec un sentiment mêlé d’humiliation et d’émerveillement.

Depuis, Joachim Klement a fait mieux. Sans bassin, sans tentacules. L’économiste allemand de la banque d’investissement londonienne Panmure Liberum a bâti un modèle économétrique qui intègre PIB par habitant, taille de la population, température moyenne des pays et classement FIFA pour simuler chaque match du tournoi. Résultat : l’Allemagne en 2014, la France en 2018, l’Argentine en 2022. Trois Coupes du monde. Trois vainqueurs correctement identifiés. Un taux de réussite que Paul lui-même n’aurait pas renié.

Son modèle s’appuie sur une étude de l’Université de Nottingham qui identifie les variables économiques et climatiques prédictives du succès en football international : le PIB par habitant, la taille de la population, la température moyenne du pays, et le bonus accordé à l’équipe qui joue à domicile. Il y ajoute le classement FIFA actuel pour tenir compte de la force de l’équipe en place. Avec ces paramètres, il explique 55% de la variation des résultats. Les 45% restants, ce sont les caprices du jeu.

Son verdict pour 2026 est sorti le 9 avril. Le vainqueur sera les Pays-Bas. Mais pour l’Afrique, qui aligne pour la première fois de son histoire dix équipes dans un même tournoi, la vraie question est ailleurs : que prédit ce modèle pour le continent ?

Predictions coupe du monde 2026 Klement allemand

Pour l’économiste allemand, Joachim Klement, le vainqueur de la coupe du monde de 2026 sera les Pays-Bas

Dix équipes, une première historique

Pour la première fois de l’histoire, dix nations africaines participent à une Coupe du monde. Dans l’ordre de leur classement FIFA : le Maroc (8e), le Sénégal (14e), l’Algérie (28e), l’Égypte (29e), la Côte d’Ivoire (34e), la Tunisie (44e), la RDC (46e), l’Afrique du Sud (60e), le Cap-Vert (69e) et le Ghana (74e). L’expansion à 48 équipes a offert à la CAF ce que des décennies de lobbying n’avaient pas suffi à arracher.

Le modèle de Klement regarde chacune de ces équipes avec le même prisme froid. Voici ce qu’il dit.

Maroc : les favoris africains freinés par le Brésil

Le Maroc est placé dans le groupe C avec le Brésil, l’Écosse et Haïti. Klement est sans appel : le Brésil gagnera ce groupe à 99% de probabilité. Mais le Maroc est le favori clair pour la deuxième place, avec 59% de chances d’accéder automatiquement à la phase éliminatoire. Klement le note lui-même avec un brin d’ironie : il hésite encore sur le titre de champion d’Afrique, le disputant officieusement au Sénégal. Sur le terrain, l’économiste prédit une victoire néerlandaise contre le Maroc en huitièmes de finale, dans ce qui sera selon lui un match serré dominé par la défense marocaine.

Un parcours respectable pour une équipe qui reste, quatre ans après Qatar 2022, le symbole d’une Afrique qui a appris à tenir tête aux grandes nations.

Sénégal : le deuxième africain le mieux loti

Le groupe I, dominé par la France, place le Sénégal dans une position inconfortable. Klement donne 85% de chances à la France de finir première. Mais il accorde au Sénégal 48% de probabilités de terminer dans le top 2, légèrement devant la Norvège à 41%. Une passe difficile, mais jouable.

En huitièmes de finale, le Sénégal est censé battre l’Équateur, deux équipes d’une force comparable sur le papier mais où la forme récente donne l’avantage aux Lions de la Téranga. Le parcours s’arrête en revanche en seizièmes, contre le Japon, qui sort d’un exploit contre le Brésil et joue avec l’élan d’une équipe en mission.

Côte d’Ivoire : le groupe E et une sortie par la petite porte

La Côte d’Ivoire se retrouve dans le groupe E avec l’Allemagne, l’Équateur et Curaçao. Klement donne 93% de chances à l’Allemagne de dominer ce groupe. La Côte d’Ivoire n’a que 37% de probabilités de terminer dans le top 2, derrière l’Équateur à 65%.

Ce n’est pas une élimination annoncée mais une place de troisième probable. Klement la place parmi les huit meilleures troisièmes qui accèdent au tour supplémentaire introduit par le nouveau format. Elle retrouve ensuite le Portugal en huitièmes, un adversaire qui la domine sans discussion dans le modèle.

Algérie, Égypte, Tunisie : des groupes accessibles, des parcours limités

L’Algérie, dans le groupe J avec l’Argentine, l’Autriche et la Jordanie, a 40% de chances de terminer dans le top 2. Klement la range parmi les meilleures troisièmes qui progressent, mais son parcours s’arrête en huitièmes contre l’Australie.

L’Égypte dans le groupe G, face à la Belgique, l’Iran et la Nouvelle-Zélande, a 43% de chances de passer en phase éliminatoire automatiquement. Elle est également qualifiée comme meilleure troisième selon le modèle, avant de tomber contre la Suisse en huitièmes.

La Tunisie, dans le groupe F avec les Pays-Bas, le Japon et la Suède, n’a que 28% de probabilités de finir dans le top 2. Le groupe le plus relevé pour une équipe africaine. Son élimination au premier tour n’est pas une surprise selon les paramètres du modèle.

RDC, Afrique du Sud, Cap-Vert, Ghana : les défis du premier rang

La RDC est placée dans le groupe K avec le Portugal et la Colombie, avec 23% de chances de passer. L’Afrique du Sud dans le groupe A avec la Corée du Sud, la Tchéquie et le Mexique dispose de 33% de probabilités. Le Cap-Vert, dans le groupe H dominé par l’Espagne à 99%, n’a que 13% de chances. Le Ghana, dans le groupe L avec l’Angleterre, la Croatie et le Panama, est à 5% de probabilités de passer dans le top 2.

Pour ces quatre équipes, le format élargi est une chance réelle. Finir troisième dans un groupe relevé peut suffire à entrer dans le tableau des huitièmes si les points sont là.

Ce que le modèle ne dit pas

Klement lui-même est le premier à relativiser. Il avertit que 50% du résultat d’un match est dû à la chance, et que son modèle n’explique que 55% de la variation des performances entre nations. Autrement dit, les 45% restants appartiennent au jeu.

Ce que les chiffres ne capturent pas non plus : le changement de coach du Maroc à quelques semaines du tournoi, la pression politique qui pèse sur certaines délégations, ou la capacité de joueurs comme Sadio Mané ou les Congolais de la diaspora française à élever leur niveau quand l’enjeu dépasse le cadre d’un match ordinaire.

En 2022, le Maroc a atteint les demi-finales. Personne ne l’avait prédit. Aucun modèle économétrique, aucun bookmaker, aucune simulation. C’est précisément pour ça que le coup d’envoi se donne sur un terrain, pas dans un tableur.

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