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Dialogue national en RDC : Tshisekedi ouvre le processus, l’opposition réclame le sien et se divise

Félix Tshisekedi
« Ce dialogue sera différent de tous les dialogues qu’a connus ce pays », a déclaré Félix Tshisekedi le 16 août à Libreville. Le cadre du dialogue national en RDC sera fixé par ordonnance présidentielle. L’opposition, qui réclamait sa convocation depuis des mois avec un ultimatum au 15 août, rejette désormais le format proposé et prépare une marche pour le 15 septembre. En arrière-plan, un arrêt de la Cour constitutionnelle qui ouvre la voie à une nouvelle Constitution.

C’est devant des ressortissants congolais du Gabon, en marge d’un déplacement à Libreville, que Félix Tshisekedi a annoncé le 16 août la tenue d’un dialogue national. Il n’a donné ni liste de participants, ni ordre du jour, ni calendrier, promettant une adresse à la nation pour préciser les contours. Le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya a confirmé qu’une ordonnance présidentielle fixerait le cadre du processus.

Le format esquissé depuis comprend des consultations provinciales et un comité directeur. La Conférence épiscopale nationale du Congo et l’Église du Christ au Congo, qui menaient des consultations sur le sujet depuis le 17 juillet, y seront représentées, mais elles ne sont pas désignées comme médiatrices du processus. L’AFC/M23 est exclue, à moins que ses membres ne renoncent à la rébellion et ne condamnent explicitement ce que Kinshasa qualifie d’agression rwandaise.

L’arrêt du 28 juillet, point de départ réel

Le dialogue ne naît pas d’une demande abstraite d’apaisement. Il naît d’une décision de justice.

Le 28 juillet 2026, la Cour constitutionnelle a validé la loi organisant le référendum, avec des réserves portant sur treize articles. Son président Dieudonné Kamuleta Badibanga a indiqué que la Cour avait « validé le texte, tout en demandant des ajustements » sur les dispositions relatives aux pouvoirs présidentiels et à la procédure référendaire.

Le texte limite les objets susceptibles d’être soumis à référendum au transfert de la capitale, à la cession de territoire et à la révision constitutionnelle. Il prévoit une procédure en quatre temps : convocation par le président d’une commission d’experts, collecte de 250 000 signatures de citoyens, mise en place d’une assemblée constituante au Parlement statuant à la majorité des trois cinquièmes, puis référendum.

L’article 220 de la Constitution de 2006 verrouille formellement le nombre et la durée des mandats présidentiels, qui ne peuvent faire l’objet d’aucune révision. Le verrou tient tant qu’il s’agit de réviser. Il ne tient plus s’il s’agit d’adopter une Constitution nouvelle, laquelle remettrait les compteurs de mandats à zéro.

Félix Tshisekedi a été élu en décembre 2018 et réélu en décembre 2023. Son second mandat s’achève fin 2028. Il a répété qu’il ne cherchait pas un changement constitutionnel à son bénéfice personnel, tout en disant qu’il accepterait un troisième mandat « si le peuple le souhaite ».

L’ultimatum de la C64, et ce qu’il demandait

La Coalition Article 64, qui tire son nom de l’article de la Constitution reconnaissant à tout Congolais le devoir de faire échec à quiconque prend le pouvoir par la force, avait fixé au 15 août la date limite pour la convocation d’un dialogue national inclusif. Son porte-parole Dieudonné Bolengetenge est secrétaire général d’Ensemble pour la République, le parti de Moïse Katumbi.

Ses revendications sont précises : restitution des passeports aux opposants, comparution d’Aubin Minaku et d’Emmanuel Ramazani Shadary devant leurs juges naturels, procès équitables pour les détenus politiques. La coalition avait salué la restitution du passeport d’Olivier Kamitatu comme un premier signe. Elle avait reporté une marche à la demande des confessions religieuses, qui jouaient un rôle de médiation avec la présidence.

Faute de réponse jugée suffisante au 15 août, la C64 a repris sa mobilisation. Une marche nationale est annoncée pour le 15 septembre.

Une opposition qui demande la même chose et ne s’accorde pas

Le paradoxe de la séquence est là. L’opposition réclame collectivement un dialogue national inclusif, et diverge sur presque tout le reste.

Joseph Kabila et ses alliés, parmi lesquels Franc Diongo, Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, conditionnent leur participation à une médiation neutre et indépendante du pouvoir, à une inclusivité garantie de toutes les forces politiques et sociales, à des mesures de décrispation comprenant la libération de détenus et le retour d’exilés, et à des garanties institutionnelles.

Moïse Katumbi n’adhère pas à la stratégie portée par la C64, alors même que son parti en assure le porte-parolat. Il a refusé la proposition de dialogue bilatéral que lui adressait Kinshasa.

Martin Fayulu et Jean-Marc Kabund considèrent l’arrêt de la Cour constitutionnelle comme nul et non avenu, ce qui revient à contester la légitimité de l’ensemble du processus référendaire plutôt qu’à en négocier les modalités.

Cette dispersion a une conséquence directe. Un pouvoir qui négocie avec quatre interlocuteurs porteurs de quatre conditions incompatibles négocie en position de force, quelle que soit sa popularité.

Le mot « dialogue » a une histoire en RDC

Le pays a connu le dialogue intercongolais de Sun City en 2002, qui a mis fin à la deuxième guerre du Congo et produit le partage du pouvoir dit du « 1 + 4 ». Il a connu le dialogue de la Cité de l’Union africaine en 2016, puis l’accord de la Saint-Sylvestre négocié par la CENCO, qui ont accompagné le report de l’élection présidentielle et le maintien de Joseph Kabila au pouvoir deux années au-delà de son mandat.

Cette mémoire pèse sur la lecture que fait l’opposition de l’annonce du 16 août. Dans les deux précédents, le dialogue a été l’instrument par lequel un calendrier électoral contraignant a été assoupli. La promesse d’un dialogue « différent de tous les dialogues qu’a connus ce pays » sera jugée à cette aune.

Le processus se déroule par ailleurs pendant que Kinshasa négocie avec l’AFC/M23 dans un cadre distinct, celui de Doha, dont la feuille de route a été signée le 23 août à Berne. Un pouvoir engagé dans deux négociations parallèles, l’une avec sa rébellion et l’autre avec son opposition politique, dispose d’arguments à faire valoir dans chacune.

Trois points diront ce que vaut le processus. Le contenu exact de l’ordonnance présidentielle, qui déterminera qui siège au comité directeur et selon quelle clé. Le sort réservé à la question de la révision constitutionnelle : si elle figure à l’ordre du jour du dialogue, le processus référendaire est suspendu à son issue ; si elle en est écartée, le dialogue porte sur autre chose que ce qui a déclenché la crise. Et la tenue effective de la marche du 15 septembre, ainsi que la réponse des forces de sécurité.

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