Société

Ebola en RDC : 5 665 cas et près de 2 700 morts, la deuxième plus grande épidémie jamais enregistrée

Déclarée le 15 mai 2026 en Ituri, l’épidémie d’Ebola en RDC a franchi le seuil des 5 665 cas confirmés et de 2 700 décès au 24 août. Elle dépasse déjà en volume l’épidémie de 2018-2020 et se place au deuxième rang de l’histoire de la maladie, derrière celle d’Afrique de l’Ouest. La souche en cause, Bundibugyo, n’a ni vaccin homologué ni traitement approuvé.

Le 15 mai 2026, le ministère congolais de la Santé publique déclarait une épidémie de maladie à virus Ebola en Ituri. Cent jours plus tard, le bilan communiqué par l’Organisation mondiale de la santé au 24 août fait état de 5 665 cas confirmés et d’environ 2 700 décès, répartis sur 58 zones de santé et six provinces. Plus de 4 700 de ces cas se concentrent dans la seule province de l’Ituri.

Ces chiffres placent l’épidémie en cours au-dessus de celle qui avait frappé le Nord-Kivu et l’Ituri entre 2018 et 2020, avec 3 470 cas et 2 287 décès selon le décompte final de l’OMS. Sur la totalité des épidémies documentées depuis 1976, seule celle d’Afrique de l’Ouest de 2014-2016 a fait plus de victimes. Le Comité d’urgence du Règlement sanitaire international a maintenu le statut d’urgence de santé publique de portée internationale le 20 août.

Une souche contre laquelle les outils manquent

Le virus qui circule en Ituri appartient à l’espèce Bundibugyo, identifiée pour la première fois en Ouganda en 2007. Elle est moins fréquente que la souche Zaïre, celle contre laquelle la médecine dispose d’armes homologuées. Bundibugyo n’a ni vaccin autorisé ni antiviral approuvé.

C’est le point qui pèse le plus lourd sur la riposte. L’OMS a alloué 70 000 doses du vaccin Ervebo à la RDC le 20 août, dont 16 000 sont arrivées à Kinshasa dans les jours qui ont suivi. Ervebo est conçu contre Ebola Zaïre. Son efficacité contre Bundibugyo n’est pas établie, ce qui explique que les autorités sanitaires congolaises l’utilisent en priorité pour protéger les soignants et les contacts à haut risque plutôt que comme instrument de coupure de la chaîne de transmission. L’agence onusienne prévoit de lancer des essais cliniques de vaccins et d’antiviraux sur le terrain.

La létalité mesure ce déficit thérapeutique. Le rapport du ministère de la Santé arrêté au 8 août donnait un taux de 45,6 %, avec 1 960 décès pour 4 294 cas confirmés et 849 guérisons. Chez les enfants de moins de cinq ans, la létalité atteint 70 %.

La riposte progresse, la courbe ne fléchit pas

Sur le plan opérationnel, les indicateurs se sont améliorés depuis le printemps. Le suivi des contacts est passé de 40 % à 85 %, pour un objectif fixé à 95 %, avec 22 000 contacts répertoriés. Vingt et un laboratoires assurent une capacité de 3 000 tests par jour. Cinquante centres de traitement totalisent 1 300 lits, un chiffre que l’OMS prévoit de porter à 1 700 d’ici la mi-septembre.

« La transmission reste très active. Nous avons ralenti l’accélération, mais nous n’avons pas encore infléchi cette courbe », a déclaré la Dre Marie Roseline Belizaire, de l’OMS.

La formulation est précise et mérite d’être lue littéralement. Une riposte qui atteint 85 % de suivi des contacts et qui teste 3 000 personnes par jour n’est pas une riposte défaillante. Elle est une riposte qui court derrière une transmission installée dans des zones où l’accès conditionne tout le reste.

Ce qui bloque : l’insécurité et les soignants tués

En six mois, 260 attaques ont visé des personnels de santé engagés dans la riposte. Quarante-trois soignants sont morts. Des grèves ponctuelles pour salaires impayés ont interrompu le travail dans plusieurs zones de santé.

L’Ituri est une province où opèrent des groupes armés depuis plus de vingt ans, et la province a compté 28 zones de santé touchées sur 36. Le Nord-Kivu en compte 12 sur 34, le Haut-Uélé 6 sur 13, la Tshopo 6 sur 23, le Sud-Kivu une seule zone, restée sans nouveau cas confirmé pendant plus de soixante-dix jours. La carte de l’épidémie recouvre celle des zones où l’État congolais mène des opérations militaires ou négocie l’accès avec des groupes armés.

Le second obstacle est plus discret et tue autant. Les décès survenus à domicile, sans isolement ni prise en charge, alimentent la transmission par les rites funéraires et le contact familial. C’est le mécanisme qui avait prolongé l’épidémie de 2018-2020, et il fonctionne à nouveau.

L’OMS chiffre à 50 millions de dollars le déficit de financement de la riposte, dont 30 millions pour les opérations logistiques et 20 millions pour les chaînes d’approvisionnement.

La rentrée scolaire maintenue au 1er septembre

Le gouvernement congolais a confirmé le maintien de la rentrée scolaire au 1er septembre en Ituri et au Nord-Kivu 2, avec distribution de kits d’enseignement à distance et formation des enseignants aux gestes de prévention. La décision tranche avec les fermetures d’écoles décidées lors des épidémies précédentes.

Elle traduit un calcul assumé : dans des provinces où des centaines de milliers d’enfants ont déjà perdu des années de scolarité à cause des déplacements liés aux conflits, une année blanche supplémentaire produirait des dégâts durables. Le pari repose entièrement sur la capacité des zones de santé à détecter les cas dans les écoles avant qu’ils ne deviennent des grappes.

Le silence de la couverture internationale

En 2018, l’épidémie du Nord-Kivu avait mobilisé des équipes de presse internationales, des sommets de bailleurs et des dizaines de heures d’antenne. En 2026, une épidémie plus importante en nombre de cas se déroule avec une visibilité réduite, dans un contexte où l’attention diplomatique sur la RDC se concentre sur les négociations de Doha et de Berne avec l’AFC/M23.

Ce décalage a des conséquences matérielles. Un déficit de 50 millions de dollars sur une riposte de cette taille se comble par des annonces politiques, et les annonces politiques suivent la couverture médiatique. La riposte congolaise, elle, est pilotée depuis Bunia et Goma par des équipes qui payent le prix fort : 43 morts parmi les soignants en six mois.

Trois indicateurs diront dans les prochaines semaines si la courbe se casse ou se prolonge. Le taux de suivi des contacts doit franchir la barre des 95 %. La proportion de décès communautaires, ceux qui surviennent hors des centres de traitement, doit reculer. Et les essais cliniques annoncés par l’OMS doivent démarrer assez vite pour que la question du vaccin adapté à Bundibugyo cesse d’être théorique.

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