L’arrestation de quatre ressortissants chinois à Maiya’aki, dans l’État du Niger, a été rendue publique le 3 septembre 2026. Elle a été ordonnée par le gouvernement de cet État fédéré, après un signalement parti de l’émir de Lapai. L’affaire pose moins la question des mines illégales au Nigeria que celle de savoir qui exerce réellement l’autorité minière dans le pays : Abuja, l’État fédéré ou la chefferie traditionnelle.
Le signalement est parti d’un palais, pas d’un ministère. Des habitants de Maiya’aki, village de la zone de gouvernement local de Lapai, ont averti l’émir Umar Bago Tafida III que des étrangers exploitaient un site minier. L’émir a chargé le chef de district d’Abugi, Mohammed Mustapha, connu sous le titre de Chiroma Lapa, d’aller identifier les opérateurs. Les autorités traditionnelles ont constaté que l’activité n’était pas connue du gouvernement de l’État.
Muhammad Danjuma, commissaire aux Ressources minérales de l’État du Niger, s’est rendu sur place. Selon le compte rendu du gouvernement de l’État, rapporté par Premium Times, les ressortissants chinois n’ont pas produit de licence ni de permis autorisant leur activité. Le commissaire a ordonné l’arrestation de quatre d’entre eux, demandé aux autres de rester sur le site, et fait sécuriser le matériel. Les quatre hommes ont été remis au Nigeria Security and Civil Defence Corps.
Ce récit est celui d’une partie. Aucune charge n’a été formellement retenue à ce stade, le NSCDC ayant reçu les quatre personnes pour enquête. Ni les intéressés, ni un avocat, ni la représentation diplomatique chinoise à Abuja n’ont fait connaître leur version. Le registre du cadastre minier n’a pas été consulté publiquement pour établir si un titre existait ou non sur ce périmètre.
Une précision s’impose au lecteur francophone. L’État du Niger est l’un des trente-six États de la fédération nigériane, le plus vaste par la superficie, avec Minna pour capitale. Il n’a aucun rapport avec la République du Niger, pays voisin.
Le point le plus révélateur tient à ce que le commissaire reprochait exactement. La licence dont il a constaté l’absence, son gouvernement ne la délivre pas. La Constitution de 1999 range les mines et les minéraux au point 39 de la liste législative exclusive, et son article 44(3) attribue au gouvernement fédéral la propriété de tous les minéraux du sous-sol. Les titres miniers sont accordés par le Mining Cadastre Office, une agence fédérale installée à Abuja. Un État fédéré ne peut ni octroyer ni retirer un permis d’exploitation.
Ce que l’État du Niger contrôle est d’une autre nature : l’accès au sol, régi par le Land Use Act de 1978, et l’ordre public sur son territoire. C’est par cette porte qu’il agit. Il inspecte, il constate l’absence d’un titre fédéral qu’il n’a pas émis, et il fait intervenir le NSCDC, dont les Mining Marshals relèvent eux aussi du fédéral. L’État se comporte en agent d’exécution d’un droit qu’il n’écrit pas.
L’émir de Lapai, lui, ne détient aucune compétence minière, ni fédérale ni fédérée. La chefferie traditionnelle n’a pas de statut dans le code minier nigérian. Elle a pourtant été le premier maillon de la chaîne, et la seule autorité à savoir ce qui se passait à Maiya’aki. Le renseignement est monté du territoire, la réglementation n’est pas descendue d’Abuja.
La séquence n’est pas isolée. En avril 2026, deux ressortissants chinois avaient été arrêtés sur le site de Zuzungi, dans la zone de Katcha. En mai, sept personnes étaient interpellées à Minna et neuf motos saisies. Le 31 mai, dans un dossier distinct, le NSCDC présentait devant un tribunal quinze ressortissants chinois et neuf Nigérians. En juin, six sites de traitement fermaient à Kontagora. En août, le commissaire Danjuma avertissait publiquement les exploitants sans titre qu’ils seraient arrêtés et poursuivis.
L’ensemble s’inscrit dans la politique du gouverneur Mohammed Umar Bago, qui a interdit l’activité minière dans la zone C de l’État, huit zones de gouvernement local dont Kontagora, Rijau et Borgu, en liant l’exploitation clandestine à l’insécurité. Le gouvernement de l’État affiche un objectif de cent vingt milliards de nairas de recettes minières annuelles. Un État qui compte sur cette ressource a intérêt à savoir qui creuse chez lui, même quand il ne signe pas les permis.
Reste à voir ce que le NSCDC fera de ces quatre dossiers et si des poursuites suivent. Reste surtout la question adressée à Abuja : quand un émir et un commissaire d’État découvrent avant l’administration fédérale qu’un site produit sans titre, la défaillance n’est pas seulement du côté de l’exploitant.