L’introduction en bourse de Dangote Refinery ouvre le 14 septembre 2026 sur la Nigerian Exchange. La Securities and Exchange Commission nigériane a approuvé l’opération le 4 septembre : 4,1 milliards d’actions ordinaires à 525 nairas l’unité, soit environ 2 150 milliards de nairas, 1,55 milliard de dollars. La plus grosse levée jamais tentée sur une place africaine se fera en naira, à Lagos, et nulle part ailleurs avant au moins trois ans.
L’autorisation est arrivée par lettre adressée à Vetiva Advisory Services, chef de file de l’opération, signée par Abdulkadir Abbas, directeur du département des services de titres et d’investissement de la SEC. Emomotimi Agama, directeur général de la commission, a confirmé l’approbation le même jour. Aliko Dangote avait annoncé quelques heures plus tôt que l’offre s’ouvrirait dans dix à douze jours.
Au prix de 525 nairas et sur un capital élargi de 124,23 milliards d’actions, la raffinerie est valorisée autour de 65 220 milliards de nairas, environ 46,9 milliards de dollars au taux de 1 390 nairas pour un dollar retenu par Billionaires Africa. Le chiffre tombe dans la fourchette de 40 à 50 milliards que les analystes donnaient depuis l’été. La commission a aussi enregistré les 120,13 milliards d’actions existantes de la société.
L’usine de Lekki, à la sortie de Lagos, a atteint sa capacité nominale de 650 000 barils par jour en février. Le produit de l’offre doit financer le doublement annoncé en octobre 2025, jusqu’à 1,4 million de barils par jour. Selon Semafor, la raffinerie est devenue en avril le premier exportateur mondial de carburant d’aviation.
Reste le chiffre que les communiqués ne mettent pas en avant. Les 4,1 milliards d’actions offertes pèsent environ 3,3 pour cent du capital élargi, quand le groupe avait annoncé son intention d’en céder entre 5 et 10. Aliko Dangote conserve 92,3 pour cent, soit 92,88 milliards d’actions, valorisées près de 41,9 milliards de dollars au prix d’offre.
Un flottant aussi étroit a des effets connus. Il rend le titre sensible : quelques ordres suffisent à déplacer le cours dans les deux sens, et le prix affiché reflète alors la rareté du papier autant que la valeur de l’actif. Il limite aussi ce que les institutionnels peuvent construire, les fonds de pension nigérians ayant des règles de concentration à respecter.
La formule « the people’s IPO », employée par la direction pour décrire une opération ouverte aux épargnants nigérians, dit l’intention. Elle ne dit pas la structure du capital. Celui qui souscrit achète une part d’un ensemble qui reste contrôlé à plus de neuf dixièmes par une seule personne.
David Bird, directeur général de Dangote Petroleum Refinery, a écarté mi-août toute cotation à l’étranger tant que la raffinerie n’aura pas trois années de production et de résultats financiers établis. Nairametrics, Arise News et THISDAY ont rapporté la même position à un jour d’intervalle. Londres a été citée comme destination possible pour cette étape ultérieure, sans que Bird la nomme lui-même.
Ce calendrier est une décision, pas une contrainte technique. Une entreprise de cette taille pouvait lever à Londres ou à Johannesburg, en devises, auprès d’investisseurs habitués au raffinage et prêts à payer une prime pour un actif de cette échelle. Le choix inverse oriente l’épargne nigériane vers un actif nigérian et laisse à la Nigerian Exchange une capitalisation qu’elle n’aurait pas eue.
Il expose aussi l’opération au naira. Les souscripteurs paient dans une monnaie dont le taux a bougé plusieurs fois depuis la réforme du change de 2023, pour un actif dont les revenus d’exportation sont libellés en dollars. L’écart se lira dans les premiers exercices publiés, et il se lira d’abord dans la valeur réelle des dividendes versés à des porteurs qui vivent en naira.
Un dernier point de méthode. Mi-août, plusieurs titres nigérians citant des sources proches du dossier annonçaient une levée de 5 milliards de dollars et une cotation en octobre. Le document approuvé par la SEC en retient 1,55 milliard, pour une ouverture le 14 septembre. Les deux chiffres ne se contredisent pas, le premier étant un objectif de travail rapporté par des sources anonymes et le second un montant visé par le régulateur. La distinction mérite d’être tenue, parce que le chiffre de 5 milliards continue de circuler dans les reprises et qu’il sert à mesurer une opération qu’il ne décrit plus.
Ce qui se joue à partir du 14 septembre se mesurera au taux de souscription et à la part prise par les particuliers. Une opération conçue pour les épargnants nigérians et couverte par une poignée d’institutionnels ne dirait pas la même chose qu’un livre d’ordres rempli par des dizaines de milliers de comptes de détail. La Nigerian Exchange publiera ces chiffres à la clôture de l’offre.
Œil d’Afrique