L’Organisation interprofessionnelle agricole café-cacao a appelé le 8 septembre 2026 les producteurs ivoiriens à ignorer les appels à la grève, à la rétention de produit et au boycott lancés dans la filière. Huit jours plus tôt, le prix bord champ du cacao pour la campagne principale 2026-2027 avait été fixé à 1 200 francs CFA le kilogramme. Des planteurs annoncent qu’ils bloqueront toutes les expéditions vers les ports à partir du mercredi 16 septembre si le régulateur ne bouge pas.
Le porte-parole et troisième vice-président de l’interprofession, Obed Blondé Doua, a nommé l’organisation qu’il vise. « Nous appelons les producteurs et les organisations professionnelles agricoles à rester sourds à toute invitation à la grève, à la rétention des produits ou à tout boycott lancé par certaines organisations syndicales, notamment le SYNAPCI, ainsi que par toute autre organisation », a-t-il déclaré, dans des propos rapportés par l’Agence ivoirienne de presse. L’interprofession a annoncé une tournée d’écoute, d’information et de sensibilisation dans les zones de production, dont le lancement est prévu le 22 septembre à Divo. Elle a conclu son appel par une formule qui dit l’enjeu tel qu’elle le voit.
« Une grève ne remplit pas nos greniers. Ne cassons pas ce que nous avons construit ensemble. »
Cette tournée commence six jours après la date que les planteurs ont retenue pour bloquer les ports.
Le chiffre que le régulateur n’a pas contredit
Le prix avait été annoncé le 1er septembre à Abidjan par le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, à l’ouverture de la dixième édition des Journées nationales du cacao et du chocolat. La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao, et le prix bord champ y est fixé par le Conseil du café-cacao avant chaque campagne, pas négocié entre acheteur et planteur.
La Plateforme ivoirienne pour le cacao durable a rejeté le prix annoncé dès le 2 septembre et a publié ses propres calculs. Elle évalue le coût de production d’un kilogramme de cacao ivoirien à 1 322 francs CFA au minimum, et le revenu vital du planteur à un peu plus de 1 700 francs CFA le kilogramme. À 1 200 francs, le producteur vend donc à perte de 122 francs sur chaque kilogramme livré, selon cette estimation.
Ce chiffre est celui d’une organisation partie au conflit, et il doit se lire comme tel. Il n’a pourtant pas été contesté publiquement par le Conseil du café-cacao ni par le ministère de l’Agriculture depuis sa publication, alors qu’il est au centre de l’argumentaire des organisations paysannes. La Plateforme demande une concertation nationale sur le système de commercialisation du cacao et sur le mécanisme de fixation du prix bord champ, pas une révision du seul montant.
La distinction compte. Un prix se renégocie une fois par campagne. Un mécanisme décide de tous les prix suivants.
La Plateforme pose aussi une question que le conflit sur le montant recouvre : celle du renouvellement des générations dans les plantations. Un verger qui ne rémunère pas son exploitant ne trouve pas de repreneur, et la cacaoculture ivoirienne vieillit. C’est l’argument de long terme des organisations paysannes, et il ne se règle pas par un arbitrage de prix annuel.
Maintenu ou divisé par deux, selon la campagne que l’on prend
Le prix de 1 200 francs CFA se lit de deux façons, et les deux sont exactes.
Rapporté à la campagne intermédiaire, dite petite campagne, ouverte en mars 2026, il est identique : celle-ci payait déjà 1 200 francs le kilogramme. Le gouvernement parle donc d’un maintien.
Rapporté à la campagne principale précédente, celle de 2025-2026, il est moins de la moitié du prix payé : 2 800 francs CFA le kilogramme. ODA a traité cette décision le 5 septembre, sous l’angle de l’écart entre le prix bord champ et un cours mondial installé au-dessus de 6 500 dollars la tonne à la fin du mois d’août.
Ce que la séquence de ces huit derniers jours ajoute, c’est que la filière a cessé de discuter le niveau du prix pour discuter la règle qui le produit. Bruno Nabagné Koné a justifié le maintien par la forte volatilité des cours internationaux. L’argument est vérifiable et il est incomplet : la volatilité explique qu’un prix garanti soit prudent, elle n’explique pas quelle part du prix à l’export revient au planteur, ni à quel niveau se trouve le fonds de réserve constitué pendant la campagne à 2 800 francs. Ces deux données n’ont pas été publiées. Elles sont la réponse attendue.
Le café, dans la même annonce, est passé de 1 700 à 1 300 francs CFA le kilogramme. Cette baisse de 400 francs n’a suscité aucune mobilisation publique et n’a été commentée par aucune organisation de producteurs de café.
Deux organisations paysannes, deux lignes
La filière n’est pas unanime contre le prix, et présenter les planteurs comme un bloc serait faux.
Le SYNAPCI porte les appels à la grève et à la rétention. La Plateforme ivoirienne pour le cacao durable conteste le prix et réclame une réforme du mécanisme, sans appeler au blocage. La Fédération des organisations de producteurs de café-cacao prône l’apaisement et rejette tout boycott de la campagne, d’après l’Agence ivoirienne de presse. L’interprofession, qui réunit les familles professionnelles de la filière, se range du côté de la continuité de la campagne.
Cette division est le principal atout du régulateur à dix jours de l’échéance annoncée. Un mot d’ordre de blocage ne tient que si les coopératives le suivent, et les coopératives dépendent d’avances de campagne que l’interruption des livraisons met en risque. C’est la mécanique qui a fait échouer plusieurs mots d’ordre comparables dans la filière ivoirienne.
La campagne est ouverte depuis le 1er septembre. Trois dates commandent la suite : le 16 septembre, si le blocage des expéditions vers Abidjan et San Pedro est tenté, le 22 septembre, quand la tournée de l’interprofession s’ouvre à Divo, et le moment, non annoncé, où le Conseil du café-cacao publiera ou non la méthode de calcul du prix bord champ que les organisations paysannes réclament depuis l’ouverture. Sans ce document, l’écart entre les 6 500 dollars du marché et les 1 200 francs du champ restera un chiffre que chaque camp interprète.
Œil d’Afrique