L’inflation au Mozambique est retombée à 6,45 % sur un an en août 2026, contre 7,48 % en juillet, selon l’indice des prix à la consommation de l’Institut national de la statistique (INE). Ce recul tient à une poignée de légumes frais. Les transports coûtent 14,77 % de plus qu’il y a un an et restent le premier moteur de la hausse des prix depuis janvier.
Le prix de la tomate a chuté de 16,3 % entre juillet et août dans les huit villes où l’INE relève les prix. La laitue a perdu 9,8 %, le chou 6,7 %, l’oignon 2,8 %. L’indice général a reculé de 0,28 %, après une baisse de 0,26 % en juillet, et tous les centres de collecte sont en baisse, de 1,21 % à Xai-Xai à 0,12 % à Maputo.
Deux mois de baisse n’effacent pas l’inflation au Mozambique. Depuis janvier, les prix ont progressé de 4,83 %, et l’INE attribue 2,05 points de cette hausse à la seule division des transports, contre 1,52 point à l’alimentation. Parmi les sept produits qui ont le plus poussé l’indice en huit mois figurent le gasoil, l’essence, les taxis et le transport semi-collectif urbain et suburbain, celui des minibus appelés chapas. Ces sept produits pèsent à eux seuls environ 2,82 points, plus de la moitié de l’inflation cumulée.
Les deux mouvements ne sont pas de même nature. Les légumes frais suivent l’offre des marchés, et le quotidien économique O.Económico relie leur baisse d’août à l’arrivée des produits de la campagne agricole. Le carburant a un prix de vente fixé par le gouvernement.
Le 7 mai, sur décision du Conseil des ministres réuni la veille, le litre de gasoil est passé de 79,88 à 116,25 meticais, une hausse de 45,53 %. L’Autorité de régulation de l’énergie (ARENE), présidée par Paulo da Graça, l’a justifiée par la flambée des cours internationaux liée au conflit au Moyen-Orient. En août, la division des transports affiche 14,77 % de hausse sur un an, plus du double de l’inflation générale. L’alimentation, malgré les baisses du mois, reste 8,91 % plus chère qu’en août 2025.
Le chapa est l’endroit où ce choc touche le quotidien. En mai, le gouvernement a choisi de ne pas toucher au prix du trajet, maintenu entre 15 et 18 meticais à Maputo, et de compenser le surcoût du carburant par une subvention réservée aux transporteurs titulaires d’une licence. L’arrangement a vite grincé. Le 2 juillet, selon le quotidien O País, la Fédération des associations de transporteurs routiers (FEMATRO) et le secrétariat d’État aux Transports et à la Logistique se contredisaient publiquement sur le paiement du premier mois, une association de Sofala affirmant n’avoir rien reçu.
Une semaine plus tard, le président de la FEMATRO, Castigo Nhamane, disait regretter d’avoir accepté la formule. Selon MZNews, qui reprend le journal télévisé de TV Sucesso, il a précisé que la fédération n’avait jamais demandé de subvention mais une révision du prix du trajet, et que le transport privé de passagers devait être traité comme une activité qui a besoin d’être rentable pour survivre.
L’INE range pourtant le transport semi-collectif parmi les produits qui ont le plus contribué à la hausse des prix depuis janvier. L’institut ne publie ni le tarif relevé ni sa répartition par ville. Rien ne permet donc de dire, à partir des données publiques, si la hausse enregistrée vient de Maputo, où le tarif officiel est gelé, ou des sept autres villes de l’indice.
Côté entreprises, le constat est celui d’une résistance sans marge. Le 10 septembre à Maputo, la Confédération des associations économiques du Mozambique (CTA) a présenté son baromètre du deuxième trimestre, d’avril à juin, un trimestre au milieu duquel le gasoil a bondi. Son indice de robustesse des entreprises passe de 26 à 27 %, et la perte moyenne par unité produite descend de 522 à 483 meticais.
Son président, Álvaro Massingue, a refusé d’en tirer une conclusion rassurante. « Nous ne pouvons pas interpréter cette amélioration comme le signe que les problèmes structurels sont dépassés. Le premier et le plus immédiat est l’approvisionnement régulier en carburant », a-t-il déclaré en portugais, selon l’Agence d’information du Mozambique (AIM). Le second est l’accès aux devises, qui limite la capacité des entreprises à importer matières premières, équipements et carburant. « Sans matière première, il n’y a pas de production et les exportations diminuent », a-t-il ajouté.
La Banque du Mozambique, elle, serre le crédit sans monter son taux. Elle a maintenu le 29 juillet son taux directeur, le taux MIMO, à 9,25 %, après avoir porté en mai de 29 % à 39 % le coefficient de réserves obligatoires sur les dépôts en monnaie nationale. Sur 100 meticais concernés, les banques en immobilisent désormais 39. Son communiqué de juillet anticipait une accélération de l’inflation à court terme, sous l’effet de la transmission des prix du carburant.
Juillet et août ont donné l’inverse sur l’indice général, sans démentir la pression sur les transports. L’indice de septembre dira si la baisse des légumes suffit encore à la masquer. La réponse de la banque centrale viendra de son prochain Comité de politique monétaire, sous la direction d’un nouveau gouverneur, Felisberto Dinis Navalha, dont la CTA a salué la nomination le 10 septembre.
Œil d’Afrique