Le samedi 12 septembre 2026, une réunion du parti présidentiel UDA à Nembure, dans le comté d’Embu, et un rassemblement de l’opposition à Garissa ont été pris pour cible. À Embu, la police fait état d’un mort. Ces violences politiques au Kenya surviennent à moins de onze mois de l’élection générale du 10 août 2027, et la Commission nationale des droits humains en avait déjà recensé au moins huit épisodes entre juin et août.
À Nembure, le vice-président Kithure Kindiki, chef adjoint de l’United Democratic Alliance (UDA), réunissait les responsables du parti dans les bureaux de vote du comté. L’accès au stade était réservé aux invités. Selon le site Kahawatungu, des centaines de jeunes restés dehors ont tenté d’entrer, la police a tiré des gaz lacrymogènes, des pierres ont été lancées vers les forces de l’ordre et dans l’enceinte. Toujours selon Kahawatungu, des véhicules de délégués ont brûlé et des barricades et des feux ont coupé des tronçons de la route Embu-Meru.
Le bilan officiel tient en une phrase du communiqué publié le jour même par le National Police Service (NPS). « Une personne a été mortellement blessée, six véhicules ont été incendiés et plusieurs personnes ont été blessées », écrit la police en anglais, qui annonce plusieurs interpellations sur place et l’ouverture d’une enquête. Le commandant de police du sous-comté, Vincent Kitili, cité par The Eastleigh Voice, a confirmé ce décès.
Ce bilan n’est pas le premier à avoir circulé. Dans la journée, Citizen Digital évoquait deux morts redoutés, en précisant que la police n’avait alors rien confirmé. Le communiqué du NPS ne dit ni qui est la personne décédée, ni dans quelles circonstances elle est morte. The Standard et le Daily Nation écrivent qu’elle a été tuée par balle. Aucune des sources consultées n’établit, au matin du 13 septembre, qui a tiré.
La police décrit les jeunes comme des « assaillants » qu’elle a « repoussés ». C’est sa version, et pour l’heure la seule officielle. Aucune annonce de l’Independent Policing Oversight Authority (IPOA), l’autorité civile chargée de contrôler l’action de la police, n’a été trouvée à la même heure.
Kithure Kindiki a mis en cause, sans les nommer, ceux qui auraient mobilisé les jeunes. « Pourquoi veux-tu faire du mal à des jeunes qui te soutiennent ? Pourquoi envoies-tu des jeunes affronter la police ? », a-t-il lancé en swahili, selon Citizen Digital. Dans une déclaration diffusée ensuite, l’UDA regrette les pertes causées par « ceux qui ont organisé les jeunes pour perturber » sa réunion, et « exige que les forces de l’ordre prennent des mesures punitives contre tous les responsables de violences politiques ».
Plus à l’est, à Garissa, c’est le cortège de l’opposition qui a été visé. Des jeunes ont lancé des pierres sur le rassemblement de la coalition d’opposition, auquel participaient Kalonzo Musyoka, chef du Wiper Patriotic Front, Justin Muturi, ancien procureur général, et Eugene Wamalwa, chef du DAP-Kenya. Justin Muturi a déclaré à Citizen Digital que son véhicule avait été endommagé. Selon The Eastleigh Voice, le service de sécurité des responsables a repris le contrôle de la situation. Aucune des sources consultées ne signale de mort à Garissa.
« C’est une tentative d’assassinat », a déclaré Justin Muturi, qui a demandé à l’inspecteur général de la police, Douglas Kanja, d’identifier et de poursuivre les auteurs. Kalonzo Musyoka a mis en cause un membre du gouvernement, une accusation que The Eastleigh Voice précise ne pas avoir pu vérifier de façon indépendante. Samedi soir, selon The Eastleigh Voice, la police n’avait publié aucun communiqué sur Garissa, alors qu’elle en avait diffusé un sur Embu dans les heures suivant les faits.
Dans les deux cas, les responsables politiques attribuent les violences à des organisateurs, nommés ou non, sans élément public à l’appui. La Commission nationale kényane des droits humains (KNCHR) avait dénoncé le 18 août le recours présumé à des groupes organisés pour perturber les activités politiques. Elle recensait au moins huit incidents entre juin et août 2026, dont une attaque mortelle lors d’un meeting à Keumbu, dans le comté de Kisii, le 3 juillet, et deux morts, un policier et un civil, dans des violences politiques à Homa Bay le 16 août.
Ces incidents, écrivait-elle, ont touché des personnes « associées à différentes formations politiques ». Sa présidente, Claris Ogangah, jugeait les pertes en vies humaines et les destructions « profondément troublantes et totalement inacceptables dans une démocratie constitutionnelle ».
La commission demandait à la Direction des enquêtes criminelles (DCI) d’étendre ses enquêtes au-delà des exécutants, aux responsables politiques, aux organisateurs, aux financeurs et à ceux qui incitent à la violence. La veille des deux attaques, le 11 septembre, Human Rights Watch publiait un rapport faisant état d’au moins six morts depuis juin dans des attaques de groupes armés non identifiés contre des rassemblements de l’opposition et de la société civile.
La campagne officielle ne s’ouvrira que le 29 mai 2027, selon la feuille de route de la Commission électorale indépendante (IEBC). D’ici là, les partis mobilisent leurs bases dans des réunions comme celles de Nembure et de Garissa. Les suites de l’enquête du NPS sur Embu, l’identité de la personne tuée et les circonstances de sa mort, puis l’ouverture ou non d’une enquête sur Garissa diront si la police traite les deux attaques de la même façon.
Œil d’Afrique