Le Parlement du Nigeria a suspendu le 11 septembre 2026 toutes ses visites officielles en Afrique du Sud et boycotte jusqu’à nouvel ordre les activités organisées par le Parlement sud-africain, en invoquant la xénophobie en Afrique du Sud dont ses ressortissants sont la cible. La mesure tombe deux jours avant l’ouverture au Cap d’une conférence parlementaire du Commonwealth accueillie par ce même Parlement, et au moment où Abuja et la police sud-africaine donnent deux récits opposés de la mort d’un Nigérian interpellé.
La décision a été prise par la direction des deux chambres, le président du Sénat Godswill Akpabio et le président de la Chambre des représentants Abbas Tajudeen, puis notifiée par le greffier de l’Assemblée nationale, Kamoru Ogunlana. Le texte vise les élus, les commissions et les personnels, en présentiel comme en ligne, pour toute activité organisée, accueillie ou parrainée par le Parlement sud-africain. Il invite les assemblées des États fédérés à l’imiter.
Akin Rotimi, porte-parole de la Chambre des représentants, a présenté la décision comme « une ferme expression d’inquiétude pour la sécurité, la dignité et le bien-être des Nigérians » qui vivent et travaillent légalement en Afrique du Sud. La déclaration, rédigée en anglais, précise qu’elle ne remet pas en cause les relations diplomatiques entre les deux pays.
Le calendrier donne au geste une portée immédiate. La 69e Conférence parlementaire du Commonwealth s’est ouverte le dimanche 13 septembre au centre international des congrès du Cap. Elle est accueillie par le Parlement sud-africain et EWN y annonçait plus de 800 délégués. La directive nigériane couvre par sa lettre ce type de rendez-vous, et la radio sud-africaine EWN écrit que la conférence est concernée. La présence ou l’absence effective d’une délégation nigériane n’était pas établie au matin du 14 septembre.
Deux morts, début septembre, ont précédé la décision. L’évêque Taiwo Michael Fakunle a été tué par balles chez lui, à Kensington, un quartier de Johannesburg, le vendredi 4 septembre, selon le consulat du Nigeria à Johannesburg et le ministère nigérian des Affaires étrangères. Ses agresseurs n’ont pas été identifiés.
La seconde mort est celle sur laquelle les versions s’opposent. Pour Abuja, James Uchechukwu Nwankwo est mort le lendemain aux mains de la police à Somerset West, près du Cap, victime de ce que le ministère nigérian appelle des techniques d’interrogatoire « inacceptables ». La police sud-africaine a donné un autre récit au quotidien IOL. Selon son porte-parole, l’agent Ndakhe Gwala, un suspect de 48 ans arrêté pour détention de drogue est mort le dimanche 6 septembre, après s’être plaint de difficultés respiratoires pendant son transfert vers le commissariat de Lwandle. Une enquête sur les causes de la mort a été ouverte. Toujours selon la police, l’IPID, l’organe de contrôle de la police, s’est rendu sur place sans se saisir du dossier, faute de traces de coups. Aucune des deux versions n’est établie à ce stade.
Les décomptes nigérians ne concordent pas non plus entre eux. Le consulat de Johannesburg, cité par Premium Times, parle de sept Nigérians tués depuis le début de la vague de violences contre les étrangers en avril. Femi Fani-Kayode, désigné haut-commissaire du Nigeria en Afrique du Sud, fait de Taiwo Michael Fakunle et de James Uchechukwu Nwankwo les septième et huitième morts de l’année. Le 27 juillet à Abuja, le ministre d’État aux Affaires étrangères, Sola Enikanolaiye, avançait le chiffre de 98 Nigérians tués depuis 2022 dans des attaques de foule et des violences haineuses, sur la foi de registres officiels. Aucun de ces chiffres n’a été confirmé par les autorités sud-africaines.
Le départ, lui, se compte. Le 4 septembre à Pretoria, le haut-commissaire par intérim du Nigeria, Ajayi Alexander, chiffrait à 1 695 le nombre de Nigérians évacués depuis le début de l’année : 1 490 par des dispositifs financés par l’État fédéral et 205 avec l’aide de particuliers. L’Église chrétienne rachetée de Dieu a proposé de financer le retour de 500 autres. Le mouvement March and March, qui avait fixé au 30 juin une première date butoir pour le départ des étrangers en situation irrégulière, en a annoncé une seconde, le 30 septembre. « Nous ne prenons pas cette menace à la légère », a déclaré le diplomate, en anglais.
Le geste tranche avec le ton des deux exécutifs. Le même 4 septembre, Ajayi Alexander assurait que la relation entre les gouvernements restait bonne « au plus haut niveau ». Fin juillet, Ronald Lamola, ministre sud-africain des Relations internationales et envoyé spécial du président Cyril Ramaphosa, était venu à Abuja redire l’opposition de son gouvernement à la xénophobie, tout en rappelant la responsabilité souveraine de Pretoria de faire appliquer ses lois sur l’immigration.
Abuja a durci le ton le 11 septembre. Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères reproche à l’Afrique du Sud de ne pas avoir signé le protocole d’accord créant un mécanisme d’alerte précoce sur les violences xénophobes, que le Nigeria dit avoir signé, et affirme étudier « d’autres mesures concrètes ». Selon Ajayi Alexander, ce mécanisme est en négociation depuis six ou sept ans.
Au matin du 14 septembre, ni le Parlement sud-africain ni le ministère sud-africain des Relations internationales n’avaient réagi publiquement au boycott. La suite se lira dans les conclusions de l’enquête sur la mort de James Uchechukwu Nwankwo, et le 30 septembre, dans les quartiers où vivent et commercent les Nigérians d’Afrique du Sud.
Œil d’Afrique