Société

Dialogue social en Tunisie : l’UGTT porte le blocage devant la Conférence arabe du travail

Le secrétaire général de l’UGTT, Slaheddine Selmi, a dénoncé lundi 14 septembre au Caire l’arrêt des négociations sociales et la « diabolisation » de l’action syndicale, et demandé à l’Organisation arabe du travail de faire jouer ses mécanismes de contrôle. La veille, à la même 52e Conférence arabe du travail, le ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar, soulignait l’importance du dialogue entre gouvernement, employeurs et travailleurs. Sur le dialogue social en Tunisie, les deux discours tenus à la même tribune, à un jour d’écart, ne se répondent pas.

Le secrétaire général de l’UGTT, Slaheddine Selmi, a dénoncé lundi 14 septembre au Caire l’arrêt des négociations sociales et la « diabolisation » de l’action syndicale, et demandé à l’Organisation arabe du travail de faire jouer ses mécanismes de contrôle. La veille, à la même 52e Conférence arabe du travail, le ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar, soulignait l’importance du dialogue entre gouvernement, employeurs et travailleurs. Sur le dialogue social en Tunisie, les deux discours tenus à la même tribune, à un jour d’écart, ne se répondent pas.

La conférence réunit du 13 au 20 septembre des représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs de 21 pays arabes, selon le service d’information de l’État égyptien. Selmi y siège au titre de la centrale syndicale tunisienne. Il s’en est servi pour mettre en cause son propre gouvernement devant les délégations de la région.

Selon Business News, il a interpellé les gouvernements arabes, « au premier rang desquels le gouvernement tunisien », sur leur devoir de ratifier et d’appliquer les normes du travail. Il a dit constater « avec amertume et mécontentement » les blocages dans le traitement des crises économiques et sociales, les restrictions imposées à l’action syndicale et l’arrêt des négociations. Il a ensuite appelé l’Organisation arabe du travail à assumer son rôle d’espace tripartite, en activant ses mécanismes d’investigation, de reddition de comptes et de contrôle. African Manager rapporte le même jour son appel à la reprise du dialogue et à l’association de l’UGTT aux décisions économiques et sociales.

Le ministre avait tenu un autre registre. Dimanche, Issam Lahmar a présenté une plateforme numérique de gestion du travail, dont le lancement est prévu en septembre, pensée pour le suivi des interventions des inspecteurs du travail. Il a évoqué un projet de loi sur les travailleurs des plateformes numériques et un autre sur le télétravail dans le privé, et appelé à des politiques conciliant croissance, justice sociale et travail décent, selon un communiqué du ministère.

Six mois plus tôt, Selmi tenait un tout autre discours. Élu secrétaire général au 26e congrès de l’UGTT, réuni à Monastir du 25 au 27 mars 2026, il faisait de la reprise du dialogue avec le gouvernement la priorité de son mandat. « La main de l’Union est tendue au dialogue », déclarait-il à l’agence TAP le 28 mars.

Le premier accroc est venu un mois plus tard. Le 30 avril, le Journal officiel a publié les décrets de hausse des salaires pour 2026, 2027 et 2028 dans la fonction publique, le secteur public et le privé, avec une augmentation de 5 % des salaires de base dans les secteurs non agricoles couverts par des conventions collectives, selon Business News. Le lendemain, pour le 1er mai, Selmi jugeait ces hausses « insuffisantes », dénonçait l’« exclusion de la centrale syndicale des négociations sociales » et refusait que le gouvernement fixe seul les salaires du privé, rapportait Directinfo.

Le 2 juin, devant le congrès de la fédération de l’enseignement supérieur, il affirmait que l’UGTT ne quémanderait jamais l’ouverture de négociations, selon African Manager. Le 29 août, il annonçait des concertations avec la société civile en vue d’un « mouvement national ». Le 9 septembre, devant la commission administrative nationale, il estimait que « toutes les portes sont désormais fermées », selon le compte rendu du journal de la centrale, Echaab News, cité par Webdo.

Cette commission a tranché. Dans un communiqué publié le 10 septembre, elle a réaffirmé la grève générale adoptée par le congrès de Monastir et mandaté le bureau exécutif pour élaborer un « plan de lutte progressif jusqu’à la grève générale », en concertation avec la société civile. La centrale rappelle avoir créé un cadre de coordination avec la Ligue tunisienne des droits de l’homme et l’Ordre des avocats. Aucune date de grève générale n’est fixée. Le communiqué réclame aussi la libération des syndicalistes emprisonnés et la réintégration de ceux qui ont été révoqués.

Les secteurs n’ont pas attendu le plan national. Les travailleurs du transport des carburants ont déposé un préavis de grève de deux jours, les 23 et 24 septembre, sur tout le territoire, en dénonçant le non-respect d’accords antérieurs, selon Business News. Selmi a cité ce secteur et les agents de la Compagnie des phosphates de Gafsa parmi ceux que la centrale soutient. Le communiqué du 10 septembre salue aussi des mobilisations dans les banques, l’enseignement primaire et secondaire, et chez les salariés du privé à Sfax et à Ben Arous.

La grève des carburants est la première échéance datée du bras de fer sur le dialogue social en Tunisie. La conférence du Caire se clôt le 20 septembre. ODA n’a trouvé à ce stade aucune réaction de l’Organisation arabe du travail à l’appel de Selmi, ni du gouvernement tunisien à sa mise en cause.

Œil d’Afrique

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