Société

Mozambique : la police suspend les agents de six postes de contrôle après les vingt-quatre morts de Zavala

La Police de la République du Mozambique a suspendu tous les agents de la police de la route en service dans six postes de contrôle de l’EN1, entre le fleuve Save et la bascule d’Inharrime, après l’accident qui a tué vingt-quatre personnes dans le district de Zavala, province d’Inhambane, la nuit du jeudi 17 septembre. Le véhicule qui les transportait était autorisé à embarquer quinze passagers.

EN1 près de Xai-Xai · Andrew Ashton, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

La Police de la République du Mozambique a suspendu tous les agents de la police de la route en service dans six postes de contrôle de l’EN1, entre le fleuve Save et la bascule d’Inharrime, après l’accident qui a tué vingt-quatre personnes dans le district de Zavala, province d’Inhambane, la nuit du jeudi 17 septembre. Le véhicule qui les transportait était autorisé à embarquer quinze passagers.

La collision s’est produite vers 21h15 sur l’Estrada Nacional Número Um, l’axe qui relie Maputo au centre et au nord du pays. Un camion MAN Diesel des Forces armées de défense du Mozambique, qui roulait du sud vers le nord, a heurté de face un véhicule de transport de passagers Toyota Quantum qui descendait dans le sens inverse. Les vingt-quatre occupants du semi-collectif sont morts. Les deux militaires du camion s’en sont sortis avec des blessures légères et ont été soignés à l’hôpital de district de Quissico. Dix-sept corps ont été dégagés dans la nuit, sept autres à l’aube, sous le poids lourd, selon Jornal Notícias.

Le bilan a été rendu public le lendemain à Maputo par le ministre de la Défense nationale, Cristóvão Chume, qui a précisé que le camion appartenait à une colonne logistique en route vers Inhambane, où se tiendront le 25 septembre les cérémonies centrales du Jour des forces armées. « Nous travaillons avec la police pour éclaircir les circonstances », a déclaré le ministre. Le porte-parole de l’état-major général, le brigadier-général Omar Nalá Saranga, a indiqué que les équipes en étaient encore à rassembler les éléments.

Un autre chiffre a déplacé l’enquête. Le semi-collectif transportait vingt-quatre personnes pour quinze places autorisées, soit une occupation supérieure de 60 % à sa capacité réglementaire, et il avait traversé la province d’Inhambane sans qu’aucun contrôle ne l’arrête. La porte-parole de la PRM à Inhambane, Nércia Bata, a annoncé la constitution d’une équipe d’enquête et la mise à l’écart des agents concernés.

« Les membres qui se trouvaient dans les postes de contrôle ont tous été suspendus le temps de l’enquête, parce qu’ils n’ont pas empêché le véhicule ni contrôlé qu’il était en surcharge. »

Les six postes visés jalonnent l’entrée de la province pour qui vient du centre du pays : le poste du Save à Govuro, le croisement de Mangungumete à Inhassoro, Mapinhane à Vilankulo, Nhanchengo à Massinga, Lindela dans le district de Jangamo, et la bascule d’Inharrime. Ce dernier se situe à la limite des districts d’Inharrime et de Zavala, quelques kilomètres avant le lieu de la collision.

Le véhicule était parti de Muxúnguè, dans la province de Sofala, avec l’Afrique du Sud pour destination. La plupart des victimes venaient du district de Chibabava, où les corps ont été transférés. La secrétaire d’État dans la province d’Inhambane, Arsénia Massingue, a annoncé la création d’une commission conjointe des gouvernements d’Inhambane et de Sofala pour l’assistance aux familles.

Sur les causes, les deux versions policières rendues publiques ne se recoupent pas. Nércia Bata a cité à Rádio Moçambique l’excès de vitesse, la fatigue et un dépassement irrégulier. O País rapporte pour sa part des informations préliminaires de la PRM faisant état d’une vitesse excessive et de déficiences mécaniques, ces anomalies ayant été relevées sur le camion militaire. Aucune conclusion d’enquête n’a été rendue.

L’Association mozambicaine pour les victimes d’accidents de la route demande que l’on regarde ailleurs que dans l’habitacle. Son président, Alexandre Nhampossa, soutient qu’une analyse préliminaire de l’AMVIRO recense quatre accidents graves dans la zone de Quissico depuis janvier 2024, pour environ 82 victimes dont au moins 32 morts. Il cite un accident d’août 2025, quatre morts et treize blessés dont neuf dans un état grave.

« L’heure est venue de regarder la géographie de la route dans cette zone de Quissico. »

Nhampossa vise les virages du tronçon, en particulier pour qui circule dans le sens Maputo-nord, la configuration de la route aux abords de l’hôpital et la descente vers la zone de Helena. Il demande si le tracé actuel répond aux paramètres techniques d’une route qui supporte un trafic permanent de poids lourds. Le dirigeant rappelle avoir siégé dans la commission d’enquête créée après l’accident de Maluana, en 2021, qui avait fait trente-deux morts : le travail avait alors porté sur l’infrastructure routière, avec l’Ordre des ingénieurs, et le rapport avait recommandé d’approfondir plusieurs points techniques. L’AMVIRO plaide aussi pour des variantes qui sortiraient le trafic de longue distance de l’intérieur des localités, à l’image de ce qui se pose à Manhiça.

Trois jours avant l’accident, la police nationale présentait ses chiffres du premier semestre à la Matola : 239 morts et 189 blessés graves pour 169 accidents sur les routes nationales, contre 409 morts pour 326 accidents sur la même période de 2025. Le commandant général de la PRM, Joaquim Sive, avait jugé urgent de renforcer le contrôle routier. Le semi-collectif de Zavala a fait son trajet trois jours plus tard.

Une équipe multisectorielle a été annoncée pour analyser les accidents survenus dans la zone. L’AMVIRO dit en attendre les résultats. L’enquête de la police, elle, porte désormais sur deux questions distinctes : ce qui s’est passé au moment du choc, et ce qui ne s’est pas passé aux six postes qui le précédaient.

Œil d’Afrique

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