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Gabon et FMI : la masse salariale sous audit, les intérêts de la dette en hausse de 37 % dans le budget 2027

La mission du Fonds monétaire international conduite par Aliona Cebotari a présenté ses conclusions au vice-président du gouvernement gabonais, Hermann Immongault, le 23 septembre à Libreville, au terme de deux semaines de travaux. Le Gabon et le FMI se rapprochent d’un programme, sans qu’aucun accord de financement ait été annoncé. Sur la table figurent la dette et la maîtrise de la masse salariale. Le projet de budget 2027, adopté cinq jours plus tôt, montre pourtant que la dépense qui s’emballe n’est pas celle des salaires : les intérêts de la dette gabonaise y augmentent de 36,9 %.

Delrick Trevor · CC BY-SA 4.0

La mission du Fonds monétaire international conduite par Aliona Cebotari a présenté ses conclusions au vice-président du gouvernement gabonais, Hermann Immongault, le 23 septembre à Libreville, au terme de deux semaines de travaux. Le Gabon et le FMI se rapprochent d’un programme, sans qu’aucun accord de financement ait été annoncé. Sur la table figurent la dette et la maîtrise de la masse salariale. Le projet de budget 2027, adopté cinq jours plus tôt, montre pourtant que la dépense qui s’emballe n’est pas celle des salaires : les intérêts de la dette gabonaise y augmentent de 36,9 %.

Hermann Immongault a reçu la délégation avec un message de continuité. « Nous sommes confiants d’abord dans la volonté du chef de l’État d’avoir ce programme avec le FMI », a-t-il déclaré, selon Gabonreview, en rattachant la démarche au Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030. « Nous avons une boussole, nous avons un cap. Nous essayons tant que possible de nous en tenir à ce cap. »

La même équipe, dirigée par Aliona Cebotari, avait séjourné à Libreville du 25 février au 6 mars. Le Fonds parlait alors de gestion des finances publiques, de gouvernance et de politiques budgétaires prudentes. Depuis, selon Gabon Media Time, près d’une dizaine de séances techniques ont eu lieu. Les deux parties ont arrêté le 23 septembre une méthode de travail pour la suite, avant d’éventuelles négociations formelles, par l’intermédiaire du représentant résident du FMI à Libreville et du ministère de l’Économie.

Parmi les réformes que le gouvernement met en avant devant le Fonds, à côté de la remise à plat des exonérations fiscales, figure l’assainissement des effectifs de l’État. Le 4 mars, le gouvernement annonçait qu’un audit avait identifié 1 756 agents en abandon de poste qui continuaient d’être payés, pour un coût de plus de 8,1 milliards de francs CFA par an. « Tous ceux qui seront épinglés dans le cadre de cet audit auront à rendre compte devant la justice », avait prévenu Hermann Immongault, selon Direct Infos Gabon.

Le 30 août à Makokou, le président Brice Clotaire Oligui Nguema est allé plus loin : « près de 62 % des dossiers examinés sont en situation irrégulière et attendent une décision de l’administration », a-t-il déclaré, sur un audit mené en deux mois et sur un « périmètre limité ». Son discours ne précisait ni le nombre de dossiers examinés ni la nature des irrégularités.

Le projet de loi de finances 2027, adopté en Conseil des ministres le 18 septembre à Port-Gentil, donne la mesure de ce que pèsent ces enjeux dans les comptes. Les dépenses de personnel y passent de 958,6 à 963,9 milliards de francs CFA, soit 5,3 milliards de plus, une hausse de 0,55 %. Les charges financières de la dette, elles, montent de 487,6 à 667,3 milliards. La hausse, 179,7 milliards, est près de trente-quatre fois celle de la masse salariale. En 2027, l’État gabonais paierait en intérêts l’équivalent de près de 70 % de ce qu’il verse à ses agents.

Ces intérêts ne comprennent pas le remboursement du capital, inscrit à part pour 1 879,5 milliards, selon Gabon Media Time. Pour boucler un budget porté à 6 223,1 milliards de francs CFA, en hausse de 13,2 % sur la loi de finances rectificative 2026, le gouvernement compte sur 2 931,4 milliards de ressources de trésorerie et de financement, selon Sika Finance. Parmi elles, 1 144,1 milliards à lever sur le marché financier international, 600 milliards sur le marché sous-régional ou intérieur, 300 milliards de dette bancaire et 600 milliards d’appuis budgétaires.

Pendant que la facture de la dette grossit, l’investissement recule. Les projets financés sur les recettes propres de l’État perdent 110,7 milliards par rapport au collectif 2026, et les dépenses de biens et services 81,9 milliards. La seule hausse des intérêts dépasse l’économie faite sur l’investissement.

L’écart entre la ligne des salaires et celle de la dette est au cœur de ce qui attend Libreville dans la négociation entre le Gabon et le FMI. L’audit des effectifs est une réforme que le gouvernement peut présenter comme engagée, avec ses chiffres et ses promesses de sanctions. La facture de la dette, elle, grossit dans un budget qui prévoit de lever plus de 1 100 milliards sur les marchés internationaux. Le texte doit maintenant passer devant le Parlement, où le gouvernement entend défendre ses orientations, et le prochain rendez-vous avec le Fonds dira si ses équipes lisent le budget de la même façon que le vice-président du gouvernement.

Œil d’Afrique

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