Société

Insalubrité à Kinshasa : le cardinal Ambongo parle d’« une immense poubelle »

Kinshasa est « aujourd’hui devenue une immense poubelle ». Le cardinal Fridolin Ambongo Besungu, archevêque de Kinshasa, l’a dit samedi 26 septembre à la cathédrale Notre-Dame du Congo, en ouvrant une année pastorale que l’archidiocèse consacre à l’environnement. L’insalubrité à Kinshasa est pourtant, depuis la fin du mois de juin, l’affaire d’une Task Force placée sous l’autorité directe du chef de l’État.

François-Régis Salefran · CC BY-SA 4.0

Kinshasa est « aujourd’hui devenue une immense poubelle ». Le cardinal Fridolin Ambongo Besungu, archevêque de Kinshasa, l’a dit samedi 26 septembre à la cathédrale Notre-Dame du Congo, en ouvrant une année pastorale que l’archidiocèse consacre à l’environnement. L’insalubrité à Kinshasa est pourtant, depuis la fin du mois de juin, l’affaire d’une Task Force placée sous l’autorité directe du chef de l’État.

Le thème de l’année 2026-2027, « Ensemble pour une gestion évangélique de l’environnement », a été choisi pour cette raison, a expliqué l’archevêque, « Jadis appelée avec fierté “Kinshasa la Belle”, notre ville est aujourd’hui devenue une immense poubelle », a-t-il déclaré, avant d’égrener ce que voient chaque jour les Kinois : les déchets accumulés, les plastiques, les espaces verts qui disparaissent, les caniveaux et les rivières obstrués, le manque d’ouvrages d’assainissement. Il y a ajouté les « inondations récurrentes et meurtrières » et les maladies liées à l’insalubrité, « qui frappent durement nos familles ».

Le cardinal a étendu la responsabilité à tous, Église comprise. « Cette crise environnementale n’épargne pas nos familles, nos paroisses et nos différentes structures ecclésiales. Et chacun, à son niveau, est responsable de cette dégradation de notre environnement », a-t-il dit. L’Église en tire une consigne pour elle-même : l’année sera celle de la « conversion écologique », dans l’esprit de Laudato si’, l’encyclique du pape François sur l’environnement.

Le dispositif annoncé est d’abord interne. Paroisses, commissions, associations de fidèles, écoles, structures sanitaires et œuvres caritatives de l’archidiocèse sont appelées à coordonner leurs actions, une « synergie » qui devra s’ouvrir, « lorsque cela sera nécessaire », à la ville-province et aux institutions publiques. L’archevêque a tracé lui-même la limite de l’exercice : l’Église « ne se substitue pas à l’État, mais elle ne peut demeurer indifférente lorsque la dignité humaine, la santé des populations et la sauvegarde de la création sont menacées ». Il a rattaché cette démarche à la COP32, prévue en 2027 à Addis-Abeba.

La parole de l’archevêque arrive trois mois après la décision du président Félix Tshisekedi de confier la propreté de la capitale à un général. Annoncée au Conseil des ministres du 29 mai, la Task Force présidentielle de salubrité, d’assainissement et d’hygiène urbaine de la ville de Kinshasa a été instituée par une ordonnance lue à la télévision nationale fin juin. Selon le texte, elle doit « coordonner les opérations de collecte, de transfert, de traitement et de valorisation des déchets » et assurer « le curage des ouvrages de drainage prioritaires ». Sa coordination revient au lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national, dont plus de quatre mille « bâtisseurs » étaient alors déjà présents dans la capitale.

Le 29 août,, le général a réuni les bourgmestres des 24 communes pour faire entrer les opérations dans les quartiers, alors qu’elles restaient visibles surtout sur les grands axes. Un déploiement progressif de 750 000 poubelles publiques dans ces 24 communes a depuis été annoncé. Pour Boaz Risasi, membre de l’ONG Tosungana, interrogé le 21 septembre par l’Agence congolaise de presse, le travail des jeunes du Service national est « encourageant », mais la propreté ne tient pas : « Dans certains coins où les jeunes bâtisseurs sont passés, si vous revenez après quelques jours, vous allez constater le retour des dépôts sauvages d’immondices après leur passage. »

Le même jour, Opinion-Info publiait un reportage sur la lutte contre l’insalubrité à Kinshasa. Une partie des habitants interrogés s’en félicite, « au moins, on voit quelque chose se faire », d’autres doutent qu’elles survivent au départ des équipes. Jeanine, habitante de la commune de Kintambo, le résume ainsi : « Le nettoyage est visible aujourd’hui. La véritable réussite, elle, se mesurera demain. » Actualité.cd, en rapportant l’homélie du cardinal, juge les résultats de la Task Force « encore peu visibles au regard de l’ampleur et de la gravité de la situation ».

C’est sur la durée que l’Église entend se placer, en confiant la tâche à ses paroisses, à ses écoles et à ses structures de santé. L’archidiocèse a désormais un an, jusqu’au lancement de son plan pastoral 2027-2032, pour montrer ce que ce réseau change dans ses propres cours et ses propres caniveaux.

Œil d’Afrique

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