Des milliers de civils du territoire de Djugu, en Ituri, ont passé la nuit du 27 au 28 septembre aux abords des bases de la MONUSCO à Rhoe et à Gina, pour fuir les affrontements entre les groupes armés CODECO et CRP. À Rhoe, ces déplacés de Djugu sont plus de 3 000, selon Radio Okapi et Actualité.cd. À Gina, à une trentaine de kilomètres de Bunia, près de 2 000 selon Radio Okapi. Ils se sont mis sous la protection d’une mission onusienne dont le mandat court jusqu’au 20 décembre 2026.
Vyanye Dirokpa, déplacé à Rhoe, fait partie de ceux qui ont quitté leur abri pour se rapprocher de la base opérationnelle temporaire des Casques bleus bangladais. Il dit à Actualité.cd être venu vers la MONUSCO pour sauver sa vie. Femmes, enfants et personnes âgées ont dormi à l’intérieur ou autour de la position. Selon le décompte relayé par le média, les plus de 3 100 personnes arrivées à Rhoe comptent près de 1 600 femmes et 900 enfants. Un habitant âgé résume ce que la présence onusienne signifie pour lui : « N’eût été la présence de la MONUSCO ici, les choses auraient été pires. Peut-être même que nous ne serions plus en vie ».
L’engrenage a commencé le dimanche 27 septembre à Nyampala, sur la route nationale 27. Selon des sources sécuritaires citées par Radio Okapi, des combattants de la Convention pour la révolution populaire (CRP) ont attaqué une position des FARDC. Repoussés par l’armée, ils se sont heurtés à la CODECO en tentant de rejoindre leur bastion de Maze, en passant par des zones que ce groupe contrôle. La semaine précédente, la CRP s’était vu attribuer l’enlèvement d’une vingtaine de personnes, dont six ressortissants chinois, et les FARDC avaient lancé une opération contre elle autour de Nyampala.
Autour de Rhoe, la MONUSCO dit avoir repoussé des combattants de la CODECO qui s’approchaient du site de déplacés. Le lundi 28 au matin, les violences ont gagné Blukwa. Selon la mission, citée par Actualité.cd, des éléments présumés de la CODECO y ont incendié plusieurs maisons dans le centre de la localité, avant d’être repoussés par les Casques bleus et les FARDC. Des échanges de tirs entre la MONUSCO et la CODECO y ont été signalés.
Les équipes médicales onusiennes ont pris en charge des blessés. Radio Okapi fait état de sept civils soignés, Actualité.cd de neuf personnes, dont deux hommes blessés par balle, deux fillettes, un bébé de dix mois et quatre femmes, les deux médias citant la MONUSCO.
Rhoe n’en est pas à sa première alerte. Le 14 octobre 2025, la force onusienne avait déjà ouvert le feu pour empêcher des miliciens de la CODECO d’attaquer le site de déplacés, situé à une centaine de kilomètres de Bunia, selon un communiqué de la MONUSCO repris par ReliefWeb. Le chef de la chefferie des Bahema Nord avait alors salué une intervention qui avait, selon lui, « permis de sauver des milliers de vies ». Près d’un an plus tard, le réflexe est le même : quand la violence monte, les civils de Djugu se tournent vers les positions des Casques bleus.
Ce réflexe dépend d’une présence qui n’est pas garantie. En février 2024, le Conseil de sécurité avait engagé le retrait progressif de la MONUSCO des trois provinces de l’Est, en commençant par le Sud-Kivu. Ce calendrier a été suspendu en 2025, après l’offensive de l’AFC/M23 dans les deux Kivu. Dans sa résolution 2808, adoptée le 19 décembre 2025, le Conseil de sécurité « prend bonne note de la pause intervenue » dans le désengagement, limite la zone d’opérations de la mission au Nord-Kivu et à l’Ituri et proroge son mandat jusqu’au 20 décembre 2026. Le texte se dit prêt à définir de nouvelles mesures de retrait de ces deux provinces « lorsque les conditions le permettront ».
La même résolution demande aux autorités congolaises de renforcer progressivement la présence de l’État et des forces de sécurité dans les zones où la MONUSCO opère, pour qu’elles assument la protection des civils. À Rhoe comme à Gina, c’est vers les Casques bleus que les déplacés de Djugu ont marché les 27 et 28 septembre, alors que l’armée était elle-même attaquée à Nyampala. D’ici au 20 décembre, le Conseil devra de nouveau se prononcer sur l’avenir de la mission, et c’est sur ces sites que se mesurera ce que signifierait, concrètement, son départ.
La pression ne se limite pas à Djugu. À Bunia, le coordonnateur humanitaire de l’ONU en RDC, Damien Mama, s’est dit profondément préoccupé par la situation sur le site de Kigonze, où vivent près de 19 000 déplacés et où des incidents sont signalés depuis le 20 septembre, rapporte Actualité.cd. Dans un communiqué du 27 septembre cité par le média, OCHA RDC compte plus de 1,1 million de déplacés en Ituri, dont plus de 373 000 sur des sites.
À Rhoe et à Gina, les patrouilles onusiennes se poursuivent sur les axes Panga Panga, Risasi, Gina et Nyampala et le long de la RN27. Certains déplacés ont commencé à regagner leurs villages, selon Radio Okapi. Les autorités locales, elles, demandent aux groupes armés de respecter leurs engagements de cessation des hostilités et aux FARDC de renforcer leur présence dans la zone.
Œil d’Afrique