Politique

Conseil de sécurité : Néné Bintu Iragi met les minerais du Kivu au centre de la guerre en RDC

Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le 29 septembre, l’avocate Néné Bintu Iragi, présidente du Bureau de coordination de la société civile du Sud-Kivu, a décrit un Est de la RDC « en effondrement » et une guerre financée par le coltan, la cassitérite et l’or. Elle a demandé que les entreprises qui achètent ces minerais publient leurs audits, selon Radio Okapi et le compte rendu des Nations unies.

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Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le 29 septembre, l’avocate Néné Bintu Iragi, présidente du Bureau de coordination de la société civile du Sud-Kivu, a décrit un Est de la RDC « en effondrement » et une guerre financée par le coltan, la cassitérite et l’or. Elle a demandé que les entreprises qui achètent ces minerais publient leurs audits, selon Radio Okapi et le compte rendu des Nations unies.

« L’Est n’est plus en crise, il est en effondrement », a-t-elle déclaré au nom de la société civile du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri. Dans les zones tenues par l’AFC/M23, a-t-elle affirmé, une administration parallèle impose des taxes aux habitants. Elle a cité Kanyola, Luntukulu, Kabare, Walungu, Kalehe, Bukavu et Goma, et parlé d’assassinats, d’incendies, de punitions collectives et de détentions dans des cachots fermés aux familles. Le compte rendu officiel de la séance rapporte qu’elle y voit une « stratégie délibérée de terreur et de soumission des populations civiles ».

Le cœur de son intervention portait sur ce qui sort des mines. À Kanyola, Minembwe, Lomera, Luhihi, Luhwindja, Rubaya et en Ituri, des creuseurs artisanaux extraient la cassitérite, le coltan et l’or sous la contrainte de groupes armés, selon elle. Les minerais seraient taxés sur place, convoyés vers Bukavu ou Goma, mêlés à des lots présentés comme « propres », puis exportés par des comptoirs. Une partie quitterait le pays par des circuits clandestins avant de réapparaître sur le marché international.

« Cet achat irresponsable est le carburant qui enflamme le Nord et le Sud-Kivu en ce moment. Tant que l’on pourra tuer pour contrôler une mine et vendre son produit à l’international sans être inquiété, la guerre ne s’arrêtera jamais. »

La chaîne qu’elle décrit finit dans une poche. Parmi ses demandes au Conseil figurent la publication des réseaux impliqués dans le commerce des minerais de zones de conflit, des sanctions contre les groupes armés et les acteurs économiques qui les financent, et l’obligation pour les multinationales qui achètent des minerais congolais de rendre publics leurs audits de diligence raisonnable. « Que le consommateur sache si son téléphone contient le sang de Rubaya », a-t-elle lancé, selon Radio Okapi.

Elle a aussi chiffré l’exode. Le conflit a provoqué près de 10 millions de déplacements forcés en un an, a-t-elle dit, et près de 800 000 personnes vivent sans assistance depuis des mois au Sud-Kivu, à Numbi, Minembwe, Kanyola, Itombwe et Mwenga. Le chiffre de 10 millions additionne des fuites, pas des personnes : dans la même séance, le chef de la MONUSCO, James Swan, a donné 6,1 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Pour Néné Bintu Iragi, l’accès humanitaire est « bloqué et instrumentalisé comme arme de guerre », selon le compte rendu de l’ONU.

James Swan, représentant spécial du secrétaire général en RDC, a dressé un bilan plus institutionnel. Au Nord-Kivu, les combats entre les FARDC et leurs alliés, d’un côté, et l’AFC/M23 appuyée par le Rwanda, de l’autre, se sont poursuivis ces derniers mois, a-t-il dit. Il a salué les deux premières missions du mécanisme élargi de vérification du cessez-le-feu, à Minembwe en août puis à Masisi en septembre, et indiqué que la MONUSCO avait rapatrié 122 anciens éléments des FDLR et leurs dépendants vers le Rwanda depuis septembre. Il a relevé que 26,5 millions de Congolais font face à une insécurité alimentaire aiguë et que le plan de réponse humanitaire n’est financé qu’à moitié.

Kinshasa a durci le ton. L’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay a dénoncé une « gestion administrative, territoriale et démographique criminelle » des zones occupées par l’armée rwandaise et l’AFC/M23, et évoqué des informations sur l’installation de populations rwandaises dans des localités congolaises vidées de leurs habitants. La RDC a redemandé la suspension de toute nouvelle participation de contingents rwandais aux opérations de paix de l’ONU jusqu’au retrait vérifié des forces rwandaises de son territoire.

Le représentant du Rwanda, Martin K. Ngoga, a répondu sur un autre terrain. Kigali se dit attaché aux accords de Washington, réclame une neutralisation des FDLR « efficace, complète et vérifiable » et propose un mécanisme de vérification tripartite avec la RDC et les États-Unis comme médiateur. « Ce qui compte, c’est l’application des accords », a-t-il déclaré, selon Radio Okapi.

Trois lectures d’une même séance, donc : la diplomatie qui progresse pour James Swan, l’occupation pour Kinshasa, la vérification pour Kigali. Néné Bintu Iragi a ramené le Conseil au sous-sol. Elle a réclamé l’application de la résolution 2773, qui exige le retrait de l’AFC/M23 et des forces rwandaises, et un mandat de protection clair pour la MONUSCO dans les zones à haut risque, alors que le renouvellement de ce mandat approche. « Nous comptons sur vous pour que cette écoute devienne enfin une protection », a-t-elle conclu.

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