Le Sénégal réunit ses créanciers extérieurs le mardi 6 octobre 2026 pour leur présenter sa situation financière et le traitement qu’il demande sur sa dette. Le FMI y assistera, mais il n’a toujours pas fixé la date à laquelle son conseil d’administration examinera le programme de 2,2 milliards de dollars négocié avec Dakar et annoncé le 1er septembre. Entre les deux, un comité officiel de créanciers doit être formé dans la semaine.
Le calendrier a été donné le 1er octobre à Washington, lors du point de presse du FMI, par Julie Kozack, directrice de la communication du FMI. Les autorités sénégalaises ont tenu des premières réunions avec les créanciers bilatéraux, et un accord a été trouvé pour former ce comité, a-t-elle indiqué. Sur l’examen du programme, la réponse est restée ouverte : elle n’a pas encore de calendrier pour le moment exact où il pourra être présenté au conseil d’administration, et promet de tenir la presse informée.
Ce programme est une facilité élargie de crédit de 36 mois, environ 2,2 milliards de dollars (1 537,1 millions de droits de tirage spéciaux), pour la période 2026-2029. L’accord trouvé au niveau des services du FMI, après une mission conduite à Dakar du 19 août au 1er septembre par Mercedes Vera Martin, pose deux préalables avant tout vote du conseil. Le Sénégal doit prendre des mesures correctives décisives pour obtenir une dérogation dans l’affaire des données de dette mal déclarées, et il doit recevoir de ses partenaires les assurances de financement nécessaires. Ce second verrou dépend des créanciers réunis le 6 octobre.
Le même 1er septembre, le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan a lancé le Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS). Le gouvernement y annonce son intention de recourir au Cadre commun du G20 « dans une version améliorée », avec un calendrier resserré et des consultations parallèles avec tous les créanciers. Julie Kozack a nuancé ce vocabulaire à Washington : il n’existe, selon elle, qu’un seul Cadre commun, dont les procédures ont simplement gagné en rapidité ces dernières années.
Le rôle du Fonds est circonscrit. Le 6 octobre, il présentera les grandes lignes de l’accord et certains éléments de sa politique de prêt, au titre de ses bons offices. Les discussions finales sur les détails de la restructuration, y compris la comparabilité de traitement, se tiennent entre le débiteur et les créanciers, a précisé Julie Kozack. C’est donc à Dakar de négocier, ligne par ligne, ce que chaque créancier accepte de perdre ou de reporter.
Une de ces lignes est déjà tranchée par le FMI. Les contrats d’échange sur rendement global, les total return swaps, conclus par le Sénégal, sont traités comme de la dette dans l’analyse de viabilité, et comme de la dette extérieure puisque leurs contreparties ne résident pas au Sénégal. Ces engagements entrent donc dans le périmètre que les créanciers examineront.
Un autre périmètre est fermé. Le PTDS exclut la dette libellée en francs CFA, contractée sur le marché régional de l’UEMOA ou auprès des banques, « compte tenu du rôle important du marché régional dans le financement de l’État et de l’économie ». La Commission de l’UEMOA a salué ce choix. « La préservation de la dette intérieure dans le traitement envisagé par le Sénégal permet de rassurer les investisseurs régionaux quant à leur perception du risque pour l’ensemble de l’Union », a déclaré son président, Abdoulaye Diop, dans un entretien publié le 1er octobre par Le Soleil. Les banques de la sous-région, grandes détentrices de titres publics sénégalais, restent hors du traitement.
Les chiffres officiels expliquent l’urgence. Le déficit budgétaire, qui atteignait 13,4 % du PIB en 2024 selon l’audit des finances publiques, est redescendu à 6,4 % en 2025, selon le ministère. Mais la croissance, de 6,7 % en 2025 grâce aux hydrocarbures, est projetée à 2,7 % en 2026, freinée par la guerre au Moyen-Orient et le renchérissement de l’énergie. L’accès aux marchés de capitaux étrangers se ferme progressivement, reconnaît le gouvernement.
Pour les entreprises sénégalaises, l’enjeu est concret. Le PTDS promet que la baisse du service de la dette servira d’abord à apurer les arriérés de l’État envers le secteur privé, et à remettre de la trésorerie dans les entreprises qui attendent d’être payées. Le gouvernement n’a publié ni le montant de ces arriérés ni l’échéancier de leur règlement.
Le 15 septembre, au siège du FMI, la directrice générale Kristalina Georgieva avait reçu Bassirou Diomaye Faye et réaffirmé le soutien du Fonds au traitement de la dette sénégalaise. La réunion du 6 octobre dira combien de créanciers acceptent de s’asseoir au comité, et à quelle vitesse. Sans leurs assurances, le programme de 2,2 milliards de dollars n’a pas de date.
Œil d’Afrique