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Maurice : Sur les Chagos, Navin Ramgoolam menace Londres d’une action en justice

Maurice aura recours à une action juridique si le Royaume-Uni ne ratifie pas « dans un délai raisonnable » l’accord qui lui rend l’archipel des Chagos, a annoncé le Premier ministre mauricien Navin Ramgoolam le lundi 5 octobre 2026. Le message avait été porté trois jours plus tôt à Londres, le vendredi 2 octobre, lors d’une rencontre de plus de deux heures avec Jonathan Powell, conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre britannique Andy Burnham et envoyé spécial du Royaume-Uni pour les négociations avec Maurice.

Cabinet Public Relations Office (Japon) · CC BY 4.0

Maurice aura recours à une action juridique si le Royaume-Uni ne ratifie pas « dans un délai raisonnable » l’accord qui lui rend l’archipel des Chagos, a annoncé le Premier ministre mauricien Navin Ramgoolam le lundi 5 octobre 2026. Le message avait été porté trois jours plus tôt à Londres, le vendredi 2 octobre, lors d’une rencontre de plus de deux heures avec Jonathan Powell, conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre britannique Andy Burnham et envoyé spécial du Royaume-Uni pour les négociations avec Maurice.

« J’ai réaffirmé que le droit international est de notre côté. L’accord signé doit maintenant être ratifié, comme prévu. Nous restons ouverts au dialogue et à la diplomatie. Mais si la ratification n’intervient pas dans un délai raisonnable, nous devrons avoir recours à une action juridique », a écrit Navin Ramgoolam sur sa page Facebook.

Il y ajoute que « la souveraineté de Maurice sur les Chagos n’est pas négociable. Et le temps presse ». Le délai raisonnable n’est pas chiffré.

En mars, aucune décision

Le ton a changé en sept mois. Le 18 mars 2026, interrogé par trois députés à l’Assemblée nationale sur le retard de la ratification, Navin Ramgoolam démentait des informations de la presse britannique selon lesquelles Maurice s’apprêtait à poursuivre le Royaume-Uni. Aucune décision n’était arrêtée, disait-il alors, toutes les options restaient à l’étude avec les services juridiques de l’État, l’Attorney General et une équipe internationale d’avocats.

Ces avocats, le Premier ministre les a retrouvés à Londres la semaine précédant la rencontre avec Jonathan Powell, pour une longue séance de travail consacrée à la stratégie juridique du pays. C’est la partie britannique qui a sollicité l’entretien du 2 octobre, auquel assistait le frère de Jonathan Powell, Lord Charles Powell, ancien conseiller de Margaret Thatcher pour les affaires étrangères.

Un accord signé, jamais ratifié

L’accord a été signé le 22 mai 2025. Londres y reconnaît la souveraineté de Maurice sur l’ensemble de l’archipel, Diego Garcia compris, et obtient en échange de quoi faire fonctionner la base militaire américano-britannique de l’île grâce à un bail de 99 ans. Au Royaume-Uni, le projet de loi qui devait donner effet à certaines de ses dispositions avait franchi plusieurs étapes, jusqu’à la Chambre des Lords, avant que la session parlementaire 2024-2026 ne s’achève en avril 2026 et n’interrompe son examen.

Washington pèse désormais sur le dossier. Lors de sa rencontre avec Andy Burnham à New York, le président américain Donald Trump a qualifié l’accord de « terrible ». Navin Ramgoolam dit comprendre que Londres doive travailler avec les États-Unis, mais pose une limite : les impératifs stratégiques autour de Diego Garcia peuvent se discuter, la souveraineté mauricienne non.

Une recette inscrite deux budgets de suite

Le retard a un coût chiffré. Le 18 mars, devant les députés, le Premier ministre a expliqué que 10 milliards de roupies avaient été inscrits comme recette dans le budget 2025-2026, sur l’hypothèse d’une ratification rapide, et qu’ils ne seraient pas versés pendant l’exercice. Le déficit budgétaire s’en trouve alourdi d’autant, soit environ 1,3 % du produit intérieur brut, et la dette publique augmente dans la même proportion. Le budget 2026-2027, présenté en juin, compte de nouveau sur plus de 10 milliards de roupies liés aux Chagos.

À Londres, Navin Ramgoolam n’a pourtant pas parlé d’argent. « I did not discuss the financial package because I did not want to dilute the message I wanted to make clear: unless the treaty is ratified within a reasonable time frame, we will have recourse to legal action, which the British should know will have huge international implications », a-t-il déclaré à L’Express de Maurice. En substance : pas de volet financier sur la table, pour que le seul message retenu soit celui de l’action en justice, et de ses fortes répercussions internationales.

Le terrain du droit

Maurice ne part pas de rien. Le 25 février 2019, la Cour internationale de justice avait estimé, dans un avis consultatif, que la décolonisation de Maurice n’avait pas été menée à bien de manière licite en 1968, l’archipel ayant été détaché du territoire en 1965, et que le Royaume-Uni devait mettre fin à son administration des Chagos dans les plus brefs délais.

Tant que la ratification dépendait du calendrier parlementaire britannique, Maurice attendait. En fixant une échéance, même sans date, Navin Ramgoolam fait savoir à Londres et à Washington que l’attente a une fin, et que son gouvernement, qui a déjà bâti deux budgets sur cet accord, préfère désormais le rapport de force juridique à un report sans terme.

Œil d’Afrique

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