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RDC : Dieudo Hamadi, le documentariste qui filme le Congo à hauteur d’habitant

Dieudo Hamadi tourne tous ses films en République démocratique du Congo, caméra à l’épaule, au plus près des gens ordinaires : des lycéens qui ne peuvent pas payer la prime de leurs professeurs, une commandante de police chargée de protéger les enfants, des survivants de la guerre de Kisangani qui descendent le fleuve pour réclamer réparation. Né à Kisangani en 1984, le documentariste est passé du jury du Festival de Cannes en 2025 à la fiction : sa série Milimo, tournée à Kinshasa pour Canal+ Afrique, sera présentée en première mondiale à Montréal en novembre 2026.

Gabriel Hutchinson · CC BY-SA 4.0

Dieudo Hamadi tourne tous ses films en République démocratique du Congo, caméra à l’épaule, au plus près des gens ordinaires : des lycéens qui ne peuvent pas payer la prime de leurs professeurs, une commandante de police chargée de protéger les enfants, des survivants de la guerre de Kisangani qui descendent le fleuve pour réclamer réparation. Né à Kisangani en 1984, le documentariste est passé du jury du Festival de Cannes en 2025 à la fiction : sa série Milimo, tournée à Kinshasa pour Canal+ Afrique, sera présentée en première mondiale à Montréal en novembre 2026.

Rien ne le destinait au cinéma. Dieudo Hamadi étudie la médecine de 2005 à 2008 et monte, sur l’ordinateur que lui a offert son père, des clips et des publicités pour ses amis. En 2007, il participe à Kisangani à un atelier organisé par le chorégraphe Faustin Linyekula, puis à un second à Kinshasa, encadré par le réalisateur Djo Munga avec des enseignants de l’INSAS de Bruxelles et de la Fémis de Paris. Il appelle alors ses parents pour leur dire qu’il ne reprendra pas ses études de médecine. Il reste à Kinshasa pour faire du cinéma.

Ses premiers films sont courts. Dames en attente, en 2009, porte sur le système de santé. Tolérance zéro, en 2010, porte sur les violences sexuelles. Les deux font partie de Congo en quatre actes, un film collectif présenté à la Berlinale.

Viennent ensuite les longs métrages, tous ancrés dans une institution congolaise vue de l’intérieur. Atalaku, en 2013, suit pendant la présidentielle de 2011 un pasteur qui vend ses services de communicant au candidat le plus offrant. Le film reçoit le prix Joris Ivens du meilleur premier film au festival Cinéma du réel, à Paris. Examen d’État, en 2014, accompagne des lycéens exclus de leur établissement parce qu’ils ne peuvent pas payer la prime des enseignants, et menacés de ne pas pouvoir passer l’examen d’État, l’équivalent du baccalauréat. Il obtient le grand prix du FIDADOC, le festival international du documentaire d’Agadir.

En 2017, Maman Colonelle fait le portrait d’Honorine, officière de la police congolaise chargée de la protection des enfants et de la lutte contre les violences sexuelles, au moment de sa mutation à Kisangani. Le film remporte le grand prix du Cinéma du réel. En 2018, Kinshasa Makambo suit pendant plusieurs années trois jeunes militants qui se battent pour que la présidentielle se tienne en décembre 2016.

C’est en tournant Maman Colonelle que Dieudo Hamadi rencontre les membres de l’association des victimes de la guerre des Six Jours, qui a opposé en 2000 dans Kisangani deux armées étrangères. Le réalisateur était adolescent et avait dû quitter la ville avec ses parents. Vingt ans plus tard, il embarque avec ces survivants, handicapés pour beaucoup, sur une barge qui descend le fleuve Congo jusqu’à Kinshasa, où ils veulent obtenir une indemnisation de l’État. Il filme une partie du voyage avec un téléphone portable, par discrétion. En route pour le milliard est retenu en 2020 dans la sélection officielle du Festival de Cannes, une première pour un film congolais.

Cette reconnaissance est venue de l’étranger. En 2019, l’université Harvard lui attribue la bourse McMillan-Stewart, qui distingue un cinéaste de premier plan. En mai 2025, il siège au jury des longs métrages du Festival de Cannes. Dans l’entretien qu’il donne alors au festival, il raconte avoir longtemps été presque inconnu dans son propre pays : ses films, souvent peu flatteurs pour les dirigeants, n’avaient pas de salles où être projetés en RDC, et c’est le label « Cannes 2020 » qui a éveillé l’intérêt chez lui. Il y décrit aussi un pays où la guerre a rompu la transmission entre deux générations de cinéastes, et où les églises ont remplacé les salles de cinéma.

En 2015, il crée sa propre société de production, Kiripifilms, qui coproduit En route pour le milliard. Son prochain long métrage s’intitule La Vie est un chemin de fer.

Il a désormais un pied dans la fiction. Milimo, sous-titrée les âmes errantes de Kinshasa, est une série fantastique qu’il produit et réalise pour Canal+ Afrique, avec Guetty Lembe dans le rôle principal. Elle sera montrée en première mondiale aux Journées de la série francophone, créées cette année par le festival CINEMANIA à Montréal, du 2 au 15 novembre 2026.

« Il est fondamental de commencer à rassembler nos mémoires », disait-il au site Africiné à la sortie d’En route pour le milliard. Sa filmographie, de l’école à la police et des urnes à la guerre, est déjà une archive du Congo des vingt dernières années, tournée par un Congolais, au milieu des Congolais.

Œil d’Afrique

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