Annoncé le lundi 12 octobre à Goma, le Front pour la refondation de la nation (FRN), présidé par Joseph Kabila, prend la suite de l’Alliance Fleuve Congo. Deux jours plus tard, les premiers combats sous ce nouveau nom ont paralysé Nyabiondo, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Le FRN de Kabila hérite des chefs, des positions et des lignes de front de l’AFC/M23.
Mercredi 14 octobre au matin, un calme précaire régnait à Nyabiondo, mais le centre de l’agglomération n’avait pas repris ses activités. La veille, des groupes wazalendo, ces combattants qui se battent aux côtés de l’armée congolaise, ont attaqué des positions du FRN dans la localité. Des tirs d’armes lourdes et légères ont retenti pendant plusieurs heures, jusqu’aux premières heures de mercredi, selon des sources locales. Les wazalendo se sont ensuite retirés. Le bilan humain et matériel de ces affrontements n’est pas connu.
Nyabiondo n’est pas un cas isolé. Le même mardi, vers 5 heures, des wazalendo ont attaqué une position du FRN à Kiseguro, dans le groupement de Binza, à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Kiwanja, dans le territoire de Rutshuru. Après plusieurs heures d’échanges de tirs, ils se sont retirés et ont laissé la position aux rebelles. La nuit précédente, des explosions ont été entendues à Kalengera, toujours dans le Rutshuru. Des sources locales y évoquent une frappe de drone contre une position rebelle, que personne n’a confirmée.
Dans le Masisi, la carte des combats n’a pas bougé avec le changement de sigle. Le week-end des 10 et 11 octobre, puis le lundi 12 au matin, alors que le mouvement s’appelait encore AFC/M23, les affrontements visaient déjà Kanyaru et Kawele, aux abords de la cité minière de Rubaya, ainsi que Kasake et Shovu, près de Ngungu. Ce sont les mêmes localités, sur les mêmes axes, qui restaient tendues mardi.
Le texte fondateur est une déclaration politique datée du 12 octobre à Goma. Ses signataires disent s’être réunis dans la ville les 10 et 11 octobre. « L’adoption et la signature du présent Acte met définitivement fin à l’existence de l’Alliance Fleuve Congo », écrivent-ils, ajoutant que le FRN « succède de plein droit à l’AFC ». La disposition vise l’Alliance Fleuve Congo et ne dit rien, séparément, du Mouvement du 23 mars, avec lequel elle formait l’AFC/M23.
Le front entend fédérer et coordonner les « forces de résistance » pour mettre fin à ce qu’il appelle la « tyrannie », « par tous les moyens y compris la force ». La déclaration ne fixe aucun calendrier militaire et n’annonce aucune offensive précise. Le mouvement invoque l’article 64 de la Constitution, qui fait devoir à tout Congolais de faire échec à quiconque prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation de la Constitution.
L’organigramme confirme la continuité. Joseph Kabila a été désigné président à l’unanimité, « dans l’attente de la mise en place complète de ses organes ». Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, qui dirigeaient l’AFC/M23, deviennent vice-présidents. Sultani Makenga, chef militaire du M23, reste à la tête des troupes comme chef d’état-major général de l’Armée révolutionnaire congolaise, avec rang de vice-président. Freddy Rukema Kaniki est nommé secrétaire général et coordonnateur du comité exécutif, secondé par Benjamin Mbonimpa.
Ce scénario figurait déjà dans un document des Nations unies. Dans leur rapport daté du 11 juin 2026, les experts de l’ONU rapportaient que des sources au sein de l’AFC/M23 et des services de renseignement évoquaient un remaniement profond du mouvement, avec un changement de nom et des fonctions de premier plan pour Joseph Kabila. Les mêmes experts voyaient dans la visibilité croissante de l’ancien président un moyen d’accréditer le récit d’un mouvement congolais répondant à un problème congolais.
L’ancien chef de l’État, au pouvoir de 2001 à 2019, prend cette tête depuis une ville que les rebelles contrôlent. Le 30 septembre 2025, la Haute Cour militaire l’a condamné à mort par contumace, entre autres pour trahison. Joseph Kabila a dénoncé un procès politique.
Mardi 13 octobre, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le représentant de la RDC a réclamé l’application intégrale de la résolution 2773, le retrait des forces rwandaises du territoire congolais et la fin de tout soutien extérieur à l’AFC/M23. Il a dénoncé l’installation d’administrations parallèles dans les zones occupées du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Dans le camp présidentiel, Vital Kamerhe a pointé l’écart entre le message de Joseph Kabila du 9 octobre, qui appelait à la paix et au dialogue, et la création du front trois jours plus tard. « Vous appelez à la paix dans votre discours, vous appelez à la rébellion dans vos actes ; le peuple vous jugera sur vos actes », a lancé le député, allié du président Félix Tshisekedi.
Les wazalendo avaient répondu avant même l’annonce de Goma. Samedi 10 octobre à Kinshasa, au lendemain du message de l’ancien président, leur coordonnateur national, Dady Saleh, a rejeté toute allégeance personnelle. « Nous défendons la terre de nos ancêtres, nous ne défendons pas les individus », a-t-il déclaré, en accusant Joseph Kabila de se faire « le porte-parole du Rwanda » et du M23. Trois jours plus tard, des wazalendo attaquaient Nyabiondo et Kiseguro.
En prenant la suite de l’AFC, le FRN de Kabila pose une question immédiate aux médiateurs. L’AFC/M23 était partie au processus de Doha avec Kinshasa. La déclaration du FRN accuse le gouvernement de ne pas respecter ses engagements, sur le cessez-le-feu comme sur la libération des prisonniers, sans dire si le nouveau front reprend à son compte la signature de l’ancienne alliance. Qui porte désormais les engagements de Doha, et qui peut en ordonner l’application sur le terrain, reste à établir.
À Nyabiondo, la réponse se lit déjà sur le terrain. Mardi, les wazalendo ont attaqué des positions désignées sous un nouveau sigle, dans les mêmes collines du Masisi que la semaine précédente, face à un front dont l’état-major n’a pas changé.
Œil d’Afrique





































