À Kaffrine, dans le centre du Sénégal, les agents du Conseil départemental ont observé un sit-in le mercredi 14 octobre, brassards rouges au bras. Ils dénoncent la suspension, constatée en septembre, de la revalorisation salariale promise aux fonctionnaires territoriaux, et réclament huit mois d’arriérés. Le département répond qu’il n’a pas l’argent : sa dotation de l’État a augmenté de 4 millions de francs CFA, la revalorisation lui en coûte 54 par an.
« Nous sommes en mouvement d’humeur pour dénoncer la suspension du paiement des augmentations de nos salaires constatée au mois de septembre. Nous réclamons aussi le règlement de huit mois d’arriérés de salaire », a déclaré Ibou Cissé, secrétaire général du Syndicat des travailleurs des collectivités territoriales de Kaffrine, lors d’un point de presse tenu dans les locaux du Conseil départemental.
Pour les agents, la hausse n’était pas une promesse en l’air : elle figurait sur leurs bulletins de paie. Selon Ibou Cissé, elle y est apparue en janvier 2026, avec un rappel, après des mois d’attente liés au vote du budget. En septembre, elle avait disparu, sans explication. Plusieurs agents avaient contracté des prêts bancaires en comptant sur ce revenu, explique le syndicaliste, et la suppression tombe en pleine rentrée scolaire.
La revalorisation vient d’un engagement de l’État. Une circulaire du 15 juillet 2025, signée par Moussa Bala Fofana, alors ministre des Collectivités territoriales, annonçait des hausses de 80 000 à 300 000 francs CFA selon le grade et le niveau hiérarchique. Elle s’inscrit dans les engagements pris entre l’État et les partenaires sociaux. Mais ce sont les collectivités qui paient leurs agents.
C’est là que le calcul ne tient plus. Le vice-président du Conseil départemental, Daouda Wilane, avance les chiffres de la collectivité. Le fonds de dotation versé par l’État est passé de 229 millions de francs CFA en 2025 à 233 millions en 2026. Le coût annuel des revalorisations est estimé à 54 millions. Il manque donc 50 millions par an pour appliquer une décision prise au niveau national.
S’y ajoute un héritage : le Conseil départemental a repris 72 des 90 agents de l’ancien Conseil régional, selon Daouda Wilane. « Cette situation constitue une charge importante pour la collectivité territoriale », a-t-il expliqué. Le vice-président dit comprendre la colère des agents. Le Conseil a versé les hausses pendant plusieurs mois avant de revenir aux salaires de base, faute de ressources, et le règlement des arriérés passe selon lui par un appui financier supplémentaire de l’État.
Les agents ont adressé leur demande au président de la République et au ministre chargé des Collectivités territoriales, à qui ils demandent une « solution urgente ». Ibou Cissé affirme que les travailleurs du Conseil départemental de Kaffrine sont les seuls agents territoriaux du pays à avoir vu leurs hausses entièrement supprimées. Il présente le point de presse comme un avertissement avant d’autres actions.
Le cas de Kaffrine pose une question qui dépasse le département : qui finance une hausse de salaire décidée par l’État quand la masse salariale appartient aux collectivités et que les transferts ne suivent pas. À 4 millions de dotation supplémentaire pour 54 millions de dépenses nouvelles, la réponse se lit sur les bulletins de paie de septembre.
Œil d’Afrique