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RDC : Le réseau électrique sera piloté hors de la SNEL

Le gouvernement congolais a annoncé le jeudi 15 octobre la création, par décret, du Service national de dispatching (SND), un établissement public chargé de piloter les flux d’électricité sur l’ensemble du réseau national. Jusqu’ici, la Société nationale d’électricité (SNEL) tenait la place centrale dans la gestion de ce réseau. La réforme arrive en plein délestage à Kinshasa, alors que la SNEL a lancé, depuis le 1er octobre, le recouvrement forcé de ses factures impayées.

KAPUKU · CC BY-SA 4.0

Le gouvernement congolais a annoncé le jeudi 15 octobre la création, par décret, du Service national de dispatching (SND), un établissement public chargé de piloter les flux d’électricité sur l’ensemble du réseau national. Jusqu’ici, la Société nationale d’électricité (SNEL) tenait la place centrale dans la gestion de ce réseau. La réforme arrive en plein délestage à Kinshasa, alors que la SNEL a lancé, depuis le 1er octobre, le recouvrement forcé de ses factures impayées.

Le texte vient de loin. Le projet de décret « portant création, organisation et fonctionnement » du SND avait été adopté le 8 mai 2026, lors de la 88e réunion ordinaire du Conseil des ministres, sur présentation du ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité. Le compte rendu de cette réunion en fixe la mission : un « outil de régulation technique performant des flux énergétiques sur l’ensemble du territoire national », chargé du pilotage des flux, de la sûreté du réseau, de l’arbitrage technique et de l’optimisation énergétique.

Le même document pose le diagnostic sans détour. L’opérationnalisation du SND doit mettre fin, écrit-il, « aux préjudices économiques et financiers induits par l’absence d’un contrôle centralisé et systématique ». Cinq mois ont séparé l’adoption en Conseil et l’annonce de la création.

Le dispatching, c’est le poste de commande du réseau. Il décide en temps réel quelle centrale injecte combien, quelle ligne transporte quoi, et comment rééquilibrer le système quand une machine tombe en panne ou qu’une ligne sature. En le confiant à un établissement distinct, porté par le ministre Aimé Sakombi Molendo, l’État sépare celui qui arbitre les flux de celui qui exploite les installations. Le décor est celui de la libéralisation du secteur : plus il y aura de producteurs privés sur le réseau, plus il faudra un arbitre qui ne soit pas lui-même opérateur.

Le SND ne produira pas un mégawatt de plus. Son effet attendu porte sur l’énergie déjà disponible : mieux la répartir, perdre moins sur le transport, intégrer plus vite les nouveaux producteurs. Ni son organisation ni le partage exact des responsabilités avec la SNEL n’ont été détaillés lors de l’annonce.

Or le problème de Kinshasa est d’abord un problème de production. Le directeur général de la SNEL, Teddy Lwamba, l’a dit lui-même le 9 octobre à Expo Béton, où il a chiffré à 1 200 mégawatts le déficit de la capitale. Il a présenté des pistes : environ 246 mégawatts attendus de partenariats public-privé à moyen terme, un parc solaire d’une centaine de mégawatts à Bandundu avec le groupe norvégien Scatec, des centrales flottantes thermiques avec des partenaires turcs, et 110 000 compteurs à poser à Kinshasa. Le 1er octobre, la SNEL avait annoncé une centrale flottante de 143 mégawatts pour la ville.

Le lendemain d’Expo Béton, le samedi 10 octobre, Teddy Lwamba était devant les députés provinciaux de Kinshasa. Il leur a énuméré les causes du délestage : une production insuffisante face à une demande qui augmente, des machines indisponibles pour des raisons techniques, la maintenance, et des procédures de passation des marchés publics qui ralentissent l’achat des pièces de rechange. « Nous avons décidé de rapprocher les élus du peuple, parce que ce sont eux les représentants légaux de la population de Kinshasa », a-t-il déclaré. La vice-présidente de l’Assemblée provinciale, Germaine Tshinyama, a salué ses explications, et une descente conjointe sur le terrain a été annoncée.

Du côté des abonnés, la patience s’use. Début octobre, des Kinois ont décrit sur les réseaux sociaux deux, quatre, six, voire dix mois sans courant dans leur quartier, ou une électricité qui revient vers 23 heures pour repartir vers 4 heures du matin. C’est dans ce contexte que la SNEL a lancé, par un communiqué de sa direction générale daté du 30 septembre, une opération de « recouvrement forcé et intensif » des factures impayées. Le communiqué est clair : la persistance des impayés « déclenchera immédiatement la procédure de coupure », et le rétablissement suppose le paiement de tous les arriérés et des frais de rétablissement.

La création du SND règle une question d’architecture que le secteur traînait depuis la libéralisation. Elle ne règle pas celle que posent les abonnés de Kinshasa, qui contestent d’être facturés pour un courant qui ne vient pas. Les premiers actes du nouveau service, sa direction et sa capacité réelle à arbitrer face à la SNEL diront si la réforme change quelque chose dans les quartiers, ou seulement dans l’organigramme.

Œil d’Afrique

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