Le sélectionneur du Togo, Patrice Neveu, s’est avancé vers le journaliste de Nana FM Espoir Gato à la fin de sa conférence de presse du mardi 3 novembre au stade de Kégué, à Lomé, après une question sur l’objectif d’une qualification pour la CAN 2027. Le soir même, le président de la Fédération togolaise de football, le colonel Guy Kossi Akpovy, a présenté ses excuses aux journalistes. Les excuses sont venues de la Fédération, pas du technicien français.
La conférence devait servir à présenter la liste des 25 Éperviers convoqués pour la double confrontation contre l’Algérie, le 14 novembre à Tizi Ouzou puis le 17 novembre à Kégué. Le rendez-vous est décisif : le Togo est troisième du groupe I des éliminatoires avec 3 points, et n’a plus disputé de Coupe d’Afrique des nations depuis 2017. La liste marquait la première convocation du défenseur Lilian Brassier et le retour de Thibault Klidjè et de Kennedy Boateng.
En ouverture, Patrice Neveu avait lui-même placé la qualification au premier rang. « Vous voulez une qualification pour la CAN 2027, et je partage cette ambition. Je l’ai clairement affirmé et j’ai pris mes responsabilités en plaçant cette ambition au premier plan. C’est aussi ce qui m’a permis de convaincre des joueurs comme Brassier de rejoindre le projet », a-t-il déclaré devant la presse.
Espoir Gato l’a ensuite interrogé sur ces objectifs. La tension est montée jusqu’à la fin de la séance. Une fois la conférence close, le sélectionneur s’est dirigé vers le journaliste, et des membres de son staff ainsi que des confrères ont dû s’interposer pour éviter un affrontement physique.
Le colonel Guy Kossi Akpovy a choisi des mots sans ambiguïté. « Je déplore profondément cette situation regrettable et tiens particulièrement à exprimer mes excuses à l’ensemble des journalistes, notamment à ceux qui consacrent quotidiennement leur travail à la couverture des activités de la Fédération togolaise de football », a déclaré le président de la FTF.
Il a rappelé aux reporters qu’ils ont « pleinement le droit de poser les questions que vous jugez nécessaires, de demander des éclaircissements et d’exercer librement votre métier, dans un climat de respect et de considération mutuelle ». Puis il a demandé que l’incident ne fragilise pas les relations entre le football et les médias, à onze jours du déplacement en Algérie.
Ces excuses sont celles de l’institution. Elles ne portent pas la voix de l’homme qui s’est levé vers le journaliste, et c’est ce que relève la presse togolaise depuis mercredi : le site Icilome a titré sur le silence du sélectionneur, au lendemain de la déclaration du président.
L’association Journalistes pour les droits de l’homme, JDHO, avait réagi dès le 3 novembre par un communiqué signé de son président, Richard Aziagué. « Le journaliste n’a pas à demander la permission pour poser une question », écrit l’organisation, pour qui « le statut de sélectionneur national ne confère à personne le droit de traiter les journalistes avec mépris ». Elle appelle pourtant les deux parties à l’apaisement avant les matchs contre l’Algérie.
Patrice Neveu, 71 ans, a été nommé par la FTF le 19 février 2026, près de deux mois après la fin de la collaboration avec Nibombé Daré. La Fédération avait mis en avant son parcours africain : la Guinée qualifiée pour la CAN 2006, la Mauritanie pour le CHAN 2014, le Gabon conduit à la CAN 2021.
C’est ce bilan qui fonde la question d’Espoir Gato. Un sélectionneur engagé pour ramener le Togo en phase finale, qui fait lui-même de la qualification un argument pour attirer des joueurs comme Lilian Brassier, sera interrogé sur cet objectif à chaque liste. Ce n’est pas le premier accrochage : après la victoire contre le Burundi, Patrice Neveu avait déjà réagi vivement à une question sur le manque d’efficacité de ses attaquants.
À Lomé, le président de la FTF a tranché en quelques heures, en faveur des journalistes, sans attendre le résultat du terrain. Il reste au sélectionneur à dire ce qu’il pense de la scène. Les deux matchs contre l’Algérie l’obligent à repasser devant les mêmes micros, et la question de la qualification lui sera posée de nouveau.
Œil d’Afrique