Félix Tshisekedi à Paris ou l’image d’un président qui refuse de devenir Président

Felix Tshisekedi face à la diaspora congolaise de France. 12/11/2019 à Paris

En écoutant Félix Tshisekedi s’exprimer devant des membres de la diaspora congolaise de France réunis ce 11 novembre à l’hôtel pullman de Paris, on ne peut s’empêcher de se poser des questions sur les facultés intellectuelles et morales de celui qui préside par procuration à la destinée de la RD Congo. En l’écoutant, on a du mal à croire que ce monsieur est le président de tous les Congolais.

Personnellement, j’ai eu l’impression d’avoir affaire à un chef de clan, pour ne pas dire un chef de tribu. Même si ceux qui sont allés à sa rencontre sont, pour la plupart, des Tshisekedistes convaincus originaires du même coin que lui, Félix doit comprendre qu’il est le président du Congo et non le leader d’un groupe de Kasaïens et de djalelistes en quête de miettes et de positionnement. Il doit comprendre qu’il est le président autant de ceux qui l’aiment que de ceux qui le détestent. Ce qui est particulièrement étonnant, pour ne pas dire choquant, c’est la légèreté avec laquelle il traite certains sujets importants concernant le pays. On croirait avoir affaire à un propriétaire de bar de Pakadjuma. 

Quand il parle, par exemple, de ses interminables voyages à l’étranger, qui ont couté plusieurs dizaines de millions de dollars au Trésor public rachitique du Congo, Félix Tshisekedi déclare : « Ils ont déjà ramené plus d’un milliard de dollars alors qu’ils n’ont pas couté 50 millions. » Et d’ajouter à l’attention de ses détracteurs: « Nous allons continuer à voyager pour aller chercher solutions aux problèmes de notre pays que je me suis engagé à servir. N’en déplaise aux "ba ndoki" (Sorciers, Ndlr) qui avaient prédit malheur et troubles pour que les investisseurs ne viennent pas nous aider à développer la RDC ». 

Ces propos polémiques et scandaleux, d’une imbécilité remarquable, ne sont pas ceux d’un délinquant ou d’un Sankara de Nkuta, mais bien d’un Président de la République. Ce sont les propos d'un chef de l'État dont la présidence a épuisé ses crédits budgétaires au mois d’août 2019 et se trouve désormais en dépassement budgétaire. Selon le journal Le Potentiel, à la fin septembre, la Présidence de la République a consommé 150 millions USD alors que ses crédits budgétaires annuels étaient arrêtés à environ 77 millions USD. Et Félix, pour amuser la meute venue à sa rencontre à Paris, déclare tout bonnement qu'il va continuer à saigner le Trésor public pour ramener des miettes à la population congolaise. Incroyable ! 

En analysant la posture et le discours de Félix Tshisekedi, on peut bien voir qu’il n’a pas encore endossé, dix mois après son arrivée au pouvoir, le costume de président de la République et de « chef de paix » dans un contexte socio-politique instable marqué par une fragmentation importante de la diaspora congolaise, divisée entre d’un côté ceux (une grande partie de nos compatriotes du Kasaï) qui le soutiennent contre vents et marrées et de l’autre ceux des Congolais qui lui reprochent d’avoir pactisé avec la Kabilie. Une chose est certaine en tout cas : Félix Tshisekedi est rejeté par la grande majorité des Congolais, et il ne fait rien pour y remédier. Bien au contraire. 

Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est le reportage que la chaîne TV5 a consacré au périple de Tshisekedi fils en France. Un reportage riche d’enseignement pour ceux qui savent lire entre les lignes.

En effet, le reportage de TV5 commence par la manifestation des Congolais opposés à la venue de Félix Tshisekedi en France. On y voit des manifestants traitant le président congolais de « pantin », « d’idiot », « d’imposteur et de marionnette de Kabila » et brûlant le drapeau de la RDC. Et la voix off de la journaliste d’asséner : « Ces opposants reprochent à Félix Tshisekedi d’avoir volé la présidentielle de décembre 2018, d’avoir pactisé avec le président sortant Joseph Kabila pour prendre sa succession », et d’ajouter : « Pour eux, il n’y a qu’un seul vainqueur, c’est Martin Fayulu »

Pour Monsieur et madame tout le monde, il s’agit là d’un reportage classique qui n’apprend pas grand-chose. Mais pour un spécialiste de la communication ou un observateur avisé, c'est plus que ça. En effet, lorsqu'on analyse finement ce reportage, on réalise qu’il véhicule un message subliminal dévastateur pour Félix Tshisekedi. Ce message est le suivant : le président congolais est non seulement arrivé au pouvoir par la fraude, mais il est aussi et surtout rejeté par beaucoup de Congolais. Ce qui rappelle les propos du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, pour qui l'élection en RDC s'est réglée par un « compromis à l'africaine ». 

L’équipe de communication de la Présidence a-t-elle compris cela ? J’en doute. 

Prenons la partie du reportage consacrée à l’allocution de Félix à l’hôtel Pullman. La journaliste fait observer : « Le principal souci des organisateurs, c’est qu’aucun perturbateur ne pénètre dans ce périmètre »; et de souligner à l’arrivée du président congolais : « Félix Tshisekedi arrive enfin et…. rappelle à un auditoire déjà convaincu qu’il est bel et bien à sa place. »

Ici aussi, on voit bien que tout tourne autour des manifestants qu’on ne voit pas, mais dont on redoute l’action. De plus, la journaliste, en faisant allusion à « un auditoire déjà convaincu », fait comprendre implicitement aux téléspectateurs que les gens qui sont venus écouter le président congolais sont ses partisans et ne représentent nécessairement pas la grande majorité des Congolais, donc les manifestants qui sont non loin de là et qui rejettent son pouvoir. L'allusion au fait que Félix « est à sa place » veut simplement dire que, contrairement à ce qu’il laisse croire, Félix ne serait pas vraiment à sa place. Sinon pourquoi préciser ce détail ?

Les communicants de la présidence ont-ils compris cela? Sûrement non. 

Les autres parties de l’intervention de Félix Tshisekedi retenues dans le reportage font implicitement allusion à sa légitimité contestée, puisque le concerné déclare lui-même et confirme, sans le réaliser peut-être, qu’il est un homme controversé et contesté. « Vous venez, par cette mobilisation, d’envoyer un message clair na Bangunas (les méchants, ndl) qui pensent que mon pouvoir n’émane pas du peuple… », a déclaré Félix devant ses partisans.

Nous avons ici les propos d’une personne qui cherche à se convaincre que son pouvoir est légitime. Autrement dit, les paroles d’un homme qui s’accuse en s’excusant. Dans une autre séquence retenue dans le reportage, Félix déclare : Je ne trahirai jamais le Congo ». Mais qui a dit cela dans la salle ? Personne. Ici aussi, le président congolais s’accuse en s’excusant pour un acte qu’on le soupçonnerait de vouloir poser compte tenu de son alliance avec Kabila.

Tout ceci m’a amené à me demander à quoi sert l’équipe de communication de la Présidence ? N’y a-t-il pas quelqu’un autour de Félix Tshisekedi pour l’aider dans ses discours ? N’y a-t-il pas des gens pour faire le bilan de ses interventions à l’étranger et de corriger ce qu’il y a à corriger ? N’y a-t-il pas des conseillers pour lui rappeler qu’il ne peut pas dire n’importe quoi devant les gens à cause de son statut de président de la République ? N’y a-t-il pas des gens dans cette présidence pour lui faire comprendre que même lorsqu’il s’adresse à ses partisans à l’étranger, il doit se garder de dire n’importe quoi puisque les agents du pays hôte suivent ses faits et gestes dans les moindres détails et font rapport à leur hiérarchie ? 

La médiocrité de cette présidence dépasse de loin tout ce qu’on a eu à voir jusqu’à présent dans cette République à démocratiser du Congo. CACH a battu tous les records de la bêtise et de la médiocrité dans ce pays. On peut ne pas aimer la tête de Joseph Kabila, mais force est de reconnaître qu’il n’avait pas atteint le même niveau de médiocrité que Félix et les siens.

 

 

Patrick Mbeko

 

 

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