Livre. Thierry-Paul Ifoundza dissèque le Système de Santé du Congo

Le Docteur Thierry-Paul Ifoundza © DR

Originaire du Congo-Brazzaville, Thierry-Paul Ifoundza vit en France depuis plusieurs décennies. Médecin-pneumologue, spécialiste des maladies respiratoires, il est coauteur de travaux scientifiques sur les maladies respiratoires, publiés dans des revues françaises et internationales. Congo-Brazzaville / Un Système de Santé dystopique, est son premier livre.

A lire le Docteur Thierry-Paul Ifoundza, le Système de Santé du Congo-Brazzaville est sinon mort, du moins s’apparente à une dystopie. Un monde qui reflète la noirceur décrite par George Orwell dans son roman 1984. Et que, pour le ressusciter, ce Système sanitaire n’a pas besoin d’une morphine, non ! Il a besoin plutôt d’une chirurgie qui éradique les métastases de la corruption, de la voracité et de l’amateurisme qui le gangrènent. Quelques personnalités, et pas des moindres, co-responsables de la mort du Système sanitaire congolais, n’échappent pas aux griffes du docteur Thierry-Paul Ifoundza.  « Moyen-Ibovi-Elira, c’est le triangle des Berdmudes du Système de Santé congolais. Ils ne sont pas innocents dans sa chute vertigineuse vers les eaux profondes d’où gît le Système sanitaire », écrit-il à la page 52.

Comment comprendre que le Congo ne compte que quelque 454 médecins pour une population de 5 millions d'habitants, soit 1 médecin pour 11 000 habitants, alors que des milliards et des milliards de francs CFA ont été alloués à ce secteur vital ? « Sans exagérer, le Congo côtoie un désert médical… (…) L’autre évidence, c’est l’inégale répartition territoriale des médecins ! Très peu de médecins dans la partie Nord du pays ; une forte concentration dans la partie Sud. Comment pourrions-nous expliquer cette disproportion ? En fait, cette répartition est proportionnelle à la densité de la population : la majeure partie de la population réside dans la partie Sud, Brazzaville et Pointe-Noire détiennent à elles seules 83% d’effectifs du personnel médical. » (Page 92)

Comment comprendre qu’au Congo « le diagnostic de la tuberculose se résume essentiellement à l’examen microscopique des crachats ? La recherche du bacille de tuberculose par la culture et la PCR n’est pas faite. Du coup, on ne peut pas savoir si le patient est porteur de la mycobactérie tuberculeuse ou non-tuberculeuse. Par conséquent, en ne se basant que sur la microscopie comme moyen diagnostique pour la tuberculose, on passe à côté des mycobactéries atypiques ou encore non-tuberculeuses, qui ne nécessitent pas de traitement pour certaines d’entre elles. Et, pour rien, on prescrit des médicaments antituberculeux, ce qui n’est pas sans dangerosité : ces drogues peuvent abîmer le foie, les reins, les oreilles et les yeux. Le plus étonnant, c’est que le Congo a des biologistes, des microbiologistes. Mais ils restent muets sur ces vrais faux diagnostics. Quant aux diagnostics de cancers, certains médecins se pointent à l'aéroport de Brazzaville, pour confier aux voyageurs des échantillons de prélèvements biopsiques en vue d’une analyse anatomopathologique à l'étranger, autrement dit afin d’établir un constat de cancer ou pas, alors que le Congo ne manque pas de professeurs d’anatomopathologie. Parfois, les patients attendent jusqu’à six mois pour être en possession des résultats. Entretemps, il peut décéder de son cancer, parce qu’il n’aura pas été pris en charge instantanément. » (Page102)

L’actualité oblige, le docteur Thierry-Paul Ifoundza évoque la gestion de la pandémie de la Covid-19 par les autorités congolaises, « une gestion douteuse, hasardeuse, calamiteuse, aussi bien sur le plan structurel que fonctionnel… Ce qui frappe d’emblée, c’est cette absence criante de ressources humaines qualifiées. En y ajoutant le manque de plateau technique, qui découle    d’un déficit de volonté politique, vous arrivez à un chaos sanitaire. Pis, les Professionnels de Santé du CHU ignorent qui est malade de la Covid-19 et qui ne l’est pas, parce que les tests n’y sont en réalité pas pratiqués, en dépit du boucan politique. » (Page 47)

Un livre à lire ! Absolument !

Bedel Baouna

Congo-Brazzaville/Un Système de Santé dystopique, Z4 Editions, 155 pages, 14 euros

 

Videos

Culture

Amazones du Dahomey (WIKIMEDIA COMMONS)

Décès d'Hélène d’Almeida-Topor, l’historienne de l'Afrique coloniale qui a fait connaître "les amazones du Dahomey"

Hélène d'Almeida-Topor s’installe avec son mari béninois, à Porto Novo, au Bénin, en 1960. Agrégée d’histoire, elle enseigne au lycée, puis à l’université. Très vite son intérêt se porte sur la recherche avec une thèse sur "l’histoire économique du Dahomey (1890-1920)" soutenue en 1987.
Couverture ©DR

Littérature - Cyriaque Kouba Nkouamoussou : « Mes héros sont souvent des personnages-victimes »

Ingénieur agronome, Cyriaque Kouba Nkouamoussou s’adonne à l’écriture. Une passion qu’il essaie de transformer en vocation, aussi n’hésite-t-il pas à se jeter à l’eau, sans la crainte d’une hypothermie littéraire. Après Royan, l’enfance volée (Edilivre, 2019), il vient de publier un roman, ou plutôt un conte, Trahison et chantage (Le Lys Bleu Editions).
Couverture ©DR

Rentrée littéraire 2020 : Moyila Ngonda publie « Pour l’amour de Zaïna », un roman réaliste

Docteur en Relations Internationales, diplômé entre autres en Communication Sociale, Moyila Ngonda est haut-fonctionnaire au Ministère des Affaires Étrangères et ancien diplomate de la Mission Permanente du Congo auprès des Nations Unies à New York et à Genève, Ministre Plénipotentiaire de 2e classe et Chargé d’Affaires à l’Ambassade de la République Démocratique du Congo à Paris, avant d’occuper le même poste actuellement à Riyad, en Arabie Saoudite.
Des immigrés somaliens fuient devant la police qui tente d'éviter des affrontements en marge d'une manifestation contre les étrangers, le 24 février 2017 à Pretoria / AFP

Un collectif d’écrivains et poètes écrivent sur le racisme en Afrique du Sud

Ils viennent de plusieurs pays, du Maroc, de l’Angola, de la Côte-d’Ivoire, d’Haïti, etc. Ils ont tous la particularité d’avoir écrit des livres. Ensemble, ils ont écrit un recueil de poèmes pour réfléchir sur le racisme entre Noirs en Afrique du Sud. En 2019, plusieurs immigrants africains ont été, au quotidien, confrontés à une «africanaphobie» qui prend racine dans l’histoire du pays et que le gouvernement semble alimenter. 
Les pyramides du plateau de Gizeh, site phare du tourisme égyptien près du Caire ©Anton Belo/Shutterstock

Egypte : Les pyramides de Gizeh ont rouvert au public

L'Egypte a décidé mi-juin de rouvrir son espace aérien ainsi qu'une partie de ses sites touristiques, afin de relancer le tourisme, un secteur qui a enregistré de lourdes pertes financières pendant les quelque trois mois de fermeture dus à la maladie Covid-19. Les pyramides du plateau de Gizeh, site phare du tourisme égyptien près du Caire, ont ainsi rouvert au public.Une "énergie très spéciale" lors de la réouverture
Couverture de livre ©DR

Littérature : Philippe N’Ngalla ou l’art de la prosopopée

Dans la famille Ngoïe-Ngalla, il y a Dominique le père, intellectuel brillant mais discret ; il y a désormais Philippe, le fils, juriste et… littéraire. La quarantaine révolue, il vient d’accoucher de son premier roman, La ronde des ombres (Le Lys Bleu Editions).
Le Docteur Thierry-Paul Ifoundza © DR

Livre. Thierry-Paul Ifoundza dissèque le Système de Santé du Congo

Originaire du Congo-Brazzaville, Thierry-Paul Ifoundza vit en France depuis plusieurs décennies. Médecin-pneumologue, spécialiste des maladies respiratoires, il est coauteur de travaux scientifiques sur les maladies respiratoires, publiés dans des revues françaises et internationales. Congo-Brazzaville / Un Système de Santé dystopique, est son premier livre.