Congo - Littérature : Les hasards du destin de Ferréol Gassackys, un roman empreint de symboles et de gravité

Les hasards du destin ©DR

Homme politique et député de Poto-Poto (3ème arrondissement de Brazzaville), Ferréol Gassackys est aussi un homme de Culture. En témoigne son premier roman, Les hasards du destin, paru en juin dernier chez L’Harmattan, une invite à l’introspection.

Ce roman aurait dû être intitulé : « Hasards et Destin » - le hasard, c’est ce qui survient à l’improviste tandis que le destin est ce qui est écrit et doit arriver -, mais l’auteur en a décidé autrement. On peut regretter une narration et une construction à minima tout comme une perspective narrative quasi inexistante ; on peut regretter une allure parfois discursive, etc. Cependant le roman de Ferréol Gassackys a ceci de particulier qu’il échappe à la fâcheuse tendance du roman congolais, à savoir sa propension à sonder, à proclamer des vérités, à véhiculer des clichés, délaissant ainsi « le périmètre magique des personnages ». Au contraire, dans Les hasards du destin, les incursions de l’auteur alimentent et amplifient « ce que seul le roman peut découvrir et dire ». 

Le roman, un fleuve gorgé de symboles, aborde un sujet d’une contemporanéité époustouflante : le voyage. Oui, dans la mesure où chez Ferréol Gassackys « tout est symbole », c’est à un voyage symbolique qu’il nous invite. Non, il ne s’agit pas de monter dans un avion ou dans un train pour franchir l’iconostase de quelques contrées touristiques, il s’agit de faire le voyage de soi-même, comme nous le rappelle Gandhi : «Le plus grand voyageur n'est pas celui qui a fait dix fois le tour du monde, mais celui qui a fait une seule fois le tour de lui-même. » En somme, il nous est conseillé de renaître sans cesse, c’est-à-dire de « tuer le vieil homme » qui vit en chacun de nous pour redevenir un autre. Inutile par conséquent de recourir à une psychologie profonde. Tel un spéléologue, Sinclair – le personnage principal du roman, un héros – descend dans la grotte de son inconscient et de son subconscient pour y découvrir la vie. La vraie vie… C’est seulement dans sa quête de cette vraie vie que son « esprit trouve le secret duquel il s’est mis ».  

Tel Ulysse de retour à Ithaque

Flambeur et voyou en Europe, Sinclair entreprend le retour chez soi - au propre comme au figuré. Il veut être utile à son pays, alors il escalade les marches, lentement mais surement. Fonctionnaire, il se lance dans la promotion de la musique. Puis il devient Conseiller municipal, avant de devenir député, ministre et… Premier ministre. Entre temps, il aura bravé l’adversité, aussi bien masculine que féminine. Ses non-vies l’emmènent à courir les femmes, mais il saura se ressaisir. 

A y regarder de plus près, le retour vers soi de Sinclair s’apparente à celui d’Ulysse à Ithaque, après que « vingt ans se sont écoulés, dix ans de guerre devant Troie et dix d’errance sur la mer. Il arrive du monde des magiciennes qui ont le pouvoir de rendre immortel et jeune pour toujours, des cyclopes mangeurs d’hommes qui n’ont pas d’assemblée pour les conseils et pas de lois, là où tout pousse sans labour et sans semailles. Son retour à Ithaque, c’est son retour à l’espace des humains, au monde des mangeurs de pain et à son organisation sociale et hiérarchisée où chacun occupe une fonction précise et respecte le comportement et les valeurs qui y sont attachées », comme le souligne Claudine Paque dans Sens-Dessous. 

Pour parvenir à soi, notre héros, Sinclair, n’hésite pas à user de symboles. Il convoque le Pélican pour cultiver l’humilité. Et pour cause : « pendant sa jeunesse, très naïf, il jouait les machos et se persuadait que l’amour, c’était pour les autres, d’où certains comportements vis-à-vis de la gent féminine qui en feraient pâlir plus d’un aujourd’hui ». (Page 63) Prenant conscience de ce qu’il n’est fait que pour Mary Sue, son épouse, il renvoie ses maîtresses, Maeva et Priscilla, entre autres. Il lui faut fonder une famille. Car « la famille rassure, stabilise, équilibre », etc. N’a-t-il pas pris le Pélican pour comme symbole ? Cet oiseau « mythique qui se confond au phénix, est symbole de l’amour paternel ».

Sinclair est notre miroir, il nous permet de découvrir nos limites et de les repousser plus loin. Son récit est une « écharpe de laine pour les hôtes des pages ». Voilà !

Bedel Baouna