Roman : « Paris la Défonce », une alacrité d’écriture

Roman : « Paris la Défonce », une alacrité d’écriture

« Qu’est-ce que le style ? Une manière compliquée de raconter des choses simples ou une manière simple de raconter des choses compliquées ? » (Jean Cocteau) Elisabeth Ndala, elle, sans détour a opté pour une manière simple de raconter une histoire compliquée. Sa nouvelle, ou plutôt son roman – puisqu’il n’y a pas unité de temps, d’action et de lieu -, « Paris la Défonce », est un enjouement littéraire. Il n’y a pas de dialogues ; ils sont du moins dilués dans le discours narrativisé, comme pour marquer plus de distance. Phrases courtes ; rythme soutenu ; un soleil d’anadiploses. Une à une, les phrases de ce court roman sont une réflexion sur l’ambition, la grande ambition. Leur succession rapide maintient un suspense haletant et reflète la fulgurante ascension du narrateur.

Ce texte d’une trentaine de pages - le temps y est quantifié en heure - nous donne à voir un homme infatué. Un directeur marketing d’un grand groupe, qui nourrit la terrible, voire douloureuse envie d’en devenir le boss. Et de se lancer dans une course contre la montre. La convention qui doit le propulser vers les cimes a lieu en effet dans cinq jours. Y parviendra-t-il ? Il y croit dur comme fer. Et pour cause : « Il est au-dessus. Au-dessus du lot. Bien au-dessus des « simples ». » Et, pour parvenir à ses fins, il est prêt à caresser ceux qui ont besoin d’être caressés, mais à les mordre aussi, s’il le faut. « Il est la mâle alpha. Celui qui maîtrise les sujets et les âmes. » Son QI, estime-t-il, est « trop inaccessible aux riens ».

A y regarder de plus près, l’antihéros Pierre se trouve à la lisière d’un arrivisme têtu, s’il n’y vit pas déjà. Sa soif de succès fait qu’il soit calculateur, cynique, hypocrite. Il ignore les sentiments, les bons sentiments. Seul importe son intérêt soumis aux aléas des opportunités. On croit se retrouver dans « Bel-Ami » de Maupassant. Duroy, en effet, y gère ses associations professionnelles et sentimentales au gré de ses convoitises. Aucune reconnaissance ! Que des accommodements et  trahisons ! Cependant l’ambitieux, dans les romans, se mue très souvent en héros positif. D’Artagnan dans « Les Trois Mousquetaires » de Dumas, Eugène de Rastignac dans « Le père Goriot » de Balzac, Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir de Stendhal, suscitent autant de sympathies que d’antipathies. A l’instar de Pierre de Paris la Défonce. Eh oui, « c’est avec de beaux sentiments que l’on fait de la mauvaise littérature » (André Gide). 

Il faut que l’auteure, Elisabeth Ndala, d’origine congolaise, a travaillé pendant dix ans dans une entreprise du CAC 40, avant de s’engager dans un autre chemin, celui de l’art. Depuis 2012, elle est galeriste et a fondé la société BAB’s. « Paris la Défonce » est son deuxième livre, après « Être Totally Megalo » paru début 2019.

Bedel Baouna