Chroniques


AfriqueFrance

Une nouvelle grille de lecture de la France-Afrique s’impose


Trois décennies après le sommet de la Baule, la France-Afrique continue d'être au centre de l'avenir des pays francophones. "On peut tout faire avec une jeunesse majeure et vaccinée sauf s'asseoir sur elle". Ces propos sont ceux du diplomate africain, Serigne Saliou Cissé. Outre l'aspect médical, cette jeunesse est surtout vaccinée contre le chômage et l'humiliation, contre les dictatures qui essaiment leur continent. L'incarcération du jeune opposant sénégalais Ousmane Sonko, invite à revoir nos schémas directeurs de la démocratie. Trouver la place de la jeunesse, créer de l'emploi, l'accès aux infrastructures, à la santé, et bien d'autres.

La mise aux arrêts d'Ousmane Sonko permet aisément une nouvelle la lecture, passionnée et passionnante de la relation France-Afrique. C'est par la force que nos dirigeants répondent aux aspirations légitimes de la jeunesse. Le peuple exprime son ras-le-bol en sortant dans la rue, pillant les avantages de ceux qui profitent des systèmes politiques. La seule réponse que les pouvoirs trouvent est de réprimer par les balles.

La France a toujours compté sur l’appui des pays africains lorsqu’il s’agit de s’imposer sur la scène internationale. C'est grâce à son empire colonial qu'elle a pu garantir son poste de membre permanent au conseil de sécurité des nations unies.

Et cela, le Général De Gaulle, conseillé par Jacques Foccard, l’avait bien compris, de même que les présidents qui ont suivi (Georges Pompidou, Jacques Chirac et François Mitterrand). Seul, Valérie Giscard d’Estaing n'a pas su gérer ce capital. Au cours de son septennat, Giscard a été contraint, et même forcé d’admettre cette relation entre la France et l’Afrique. François Mitterrand a bénéficié de son expérience de ministre de la France d’Outre-mer pour gagner les âmes des dirigeants africains. Mais, c’est Jacques Chirac qui avait compris le mieux cette forme de relation avec les Etats africains. Il a su maintenir les réseaux mafieux, traiter avec beaucoup d'attentions les dictateurs en place. Pour Emmanuel Macron, on observe certaine difficultés à élargir son champs d'écoute, à comprendre se que dit les rues africaines. Sa diplomatie dirigée par des agents trop proches de ces mêmes présidents rejetés par leurs populations ne produit aucun effet.

Durant la Guerre froide, la politique économique de la France vis-à-vis de l’Afrique subsaharienne reflétait, l’importance géopolitique que Paris attachait à cette région. Craignant que les pays africains ne soient attirés par les camps soviétiques et américains, la France offrait une aide publique au développement et un soutien budgétaire importants aux régimes amis d’Afrique francophone grâce à un mécanisme créé par De Gaulle et Pompidou, à travers un contrôle monétaire des deux banques centrales de la zone Franc. L’Afrique a ainsi longtemps donné, à la diplomatie et à l’armée française, l’espace sans lequel elles auraient été condamnées à l’impuissance.

La chute du mur de Berlin, en novembre 1989, à côté d’autres phénomènes tels que l’élargissement de l’Europe et l’accélération du processus de la mondialisation, a entraîné un déclassement géopolitique de l’Afrique ainsi qu’une certaine normalisation des relations entre la France et l’Afrique. Le discours de François Mitterrand au sommet de La Baule, en juin 1990, qui accompagnait l’aide française à la démocratisation des pays, la doctrine Balladur de 1993, qui conditionnait l’assistance bilatérale française à la signature d’accords avec les institutions de Bretton Woods, et la dévaluation du franc CFA, en janvier 1994, sont autant de facteurs d'émancipation perçus comme un « lâchage » de l’Afrique par son ancienne métropole.

La politique du gouvernement Jospin, à partir de 1997, a été vue comme une autre date clé dans la normalisation des relations franco-africaines avec la devise de "Ni ingérence Ni indifférence ". Depuis le 11 septembre 2001, l’Afrique semble un peu moins marginalisée, car la multiplication des conflits, les risques terroristes, la présence croissante des États-Unis, de la Russie et de la Chine, les questions pétrolières ont redonné de l’importance au continent.

La France d’aujourd’hui est une puissance moyenne. Elle ne peut pas rivaliser avec la Chine, l’Inde, les Etats-Unis et le Brésil. Ce sont des poids lourds. La France étant devenue une puissance moyenne sur le plan économique et financier, elle ne peut plus faire ni même être ce qu’elle était dans le passé. La nouvelle génération africaine perçoit très mal les accointances d'un jeune président français avec des dictateurs septuagénaires en fin de cycle, qui au nom des intérêts mafieux sont maintenus au pouvoir, en contradiction avec les valeurs démocratiques.
La jeunesse sénégalaise vient de donner le signal. 

Le président Emmanuel Macron qui ne semble pas bien connaître l'Afrique, malgré son ambitieux Conseil Présidentiel pour l'Afrique ( CPA) se trouve contester énergiquement en Afrique. D'autres puissances étrangères comme la Russie et la Chine font le service après vente du désenchantement auprès de cette jeunesse, pour couvrir d'insultes et de ridicule la France " coloniale". Les temps ont changé, la nouvelle génération africaine engagée et émancipée n'est plus près à caresser des dirigeants qui travaillent non pas pour leurs pays, mais pour la métropole.

Rodrigue Fenelon Massala



Chroniques