On l’a appelée révision « technique ». Elle n’a rien de technique. Ce mercredi 25 mars, le Parlement algérien réuni en congrès a adopté par 542 voix le projet de révision constitutionnelle soumis par le président Abdelmadjid Tebboune. Un vote sans surprise, dans une assemblée où l’opposition n’existe plus que nominalement. Mais les 12 amendements retenus dessinent, en creux, une architecture de pouvoir qui n’a rien d’anodin.
Officiellement : des ajustements techniques
Le gouvernement a présenté ce texte comme une mise à jour pragmatique, rendue nécessaire après cinq ans d’application de la Constitution adoptée en 2020. L’objectif affiché est de procéder à des ajustements après l’achèvement de la mise en place des institutions prévues par le texte fondamental, en améliorant le fonctionnement de certaines institutions constitutionnelles et autorités publiques. Un langage administratif soigneusement lissé.
La réalité des mesures est plus parlante.
En pratique : un pouvoir qui reprend la main
Quatre axes concentrent l’essentiel des modifications. D’abord, Tebboune s’octroie le droit de convoquer des élections locales anticipées une prérogative qui lui permettrait de dissoudre des assemblées locales récalcitrantes ou d’ajuster les calendriers électoraux à l’agenda présidentiel.
Ensuite, la justice. La procédure de nomination aux fonctions judiciaires ne nécessitera plus un avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature, mais une simple consultation les nominations étant désormais effectuées par décret présidentiel. Une subtilité de procédure qui, dans les faits, donne à la présidence une emprise directe sur l’appareil judiciaire.
Sur le terrain électoral, la préparation matérielle et logistique des scrutins sera confiée à l’administration, via le ministère de l’Intérieur. L’autorité indépendante des élections conservera la supervision et le contrôle mais sans les moyens opérationnels. Une distinction qui, pour les observateurs, vide l’indépendance électorale d’une partie de sa substance.
Enfin, l’éligibilité à la présidence est désormais conditionnée à un niveau d’instruction universitaire une mesure présentée comme une exigence de compétence, mais dont les contours restent volontairement flous, ouvrant la voie à des interprétations discrétionnaires.
Le verdict des experts : un hyperprésidentialisme assumé
Les juristes algériens indépendants ne s’y trompent pas. « La révision en cours consacre un accroissement des pouvoirs du chef de l’État alors même que la Constitution algérienne est déjà très présidentialiste », analyse le juriste Massensen Charbi, chercheur au Merian Centre for Advanced Studies in the Maghreb à l’université de Tunis.
Pour le chroniqueur Atmane Mazouz, la lecture est plus sombre encore : derrière le vocabulaire administratif se profile une reprise en main des pouvoirs que la Constitution de 2020 avait, sous la pression du Hirak, partiellement concédés à certaines institutions. Six ans après ce soulèvement citoyen, le pouvoir semble déterminé à refermer cette parenthèse.
Le contexte : élections législatives à l’horizon
Cette révision n’arrive pas par hasard. Elle intervient dans un contexte de préparation des élections législatives prévues pour l’été prochain et avec, en toile de fond, la visite ce même jour de la Première ministre italienne Giorgia Meloni à Alger, venue renforcer le partenariat gazier entre Rome et Alger dans un contexte de flambée des prix de l’énergie.
Tebboune joue donc sur deux tableaux simultanément : consolider son architecture de pouvoir à l’intérieur, et asseoir le rôle géopolitique de l’Algérie comme fournisseur énergétique incontournable à l’extérieur. Une double opération qui dit beaucoup sur l’état d’un pays qui se veut puissance continentale — mais qui referme, pas à pas, ses espaces de liberté institutionnelle.