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    Afrique du Sud : La rue dit non à Trump

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    Il y a soixante-six ans, en ce même 21 mars, au moins 69 manifestants tombaient sous les balles des forces de l’apartheid à Sharpeville. Ils demandaient simplement la fin du laissez-passer qui enchaînait leurs déplacements. Ce samedi, des milliers de Sud-Africains ont choisi cette date — jour férié national dédié aux droits humains pour descendre dans les rues de Johannesburg et envoyer un message à Washington : l’Afrique du Sud ne se laissera pas dicter sa conduite.

    La foule en vert et jaune, couleurs de l’ANC, a inondé les larges avenues du centre de la capitale économique, traversant le pont Nelson Mandela sous la banderole : « En défense de la souveraineté et des acquis démocratiques ». Un défilé similaire était organisé simultanément au Cap. Le mot d’ordre ne citait pas Washington mais tout le monde savait de qui il s’agissait.

    Un ambassadeur qui a mis le feu

    Le nouvel ambassadeur américain à Pretoria, Brent Bozell, 70 ans, a été convoqué par le ministère des Affaires étrangères sud-africain moins d’un mois après son arrivée en février. La raison : dans l’une de ses premières déclarations publiques, il affirmait n’avoir « rien à faire » que les tribunaux sud-africains refusent de qualifier le chant de lutte anti-apartheid Kill the Boer de discours de haine envers les Afrikaners. Une ingérence frontale qui a mis le feu à une poudrière déjà bien chargée.

    C’est le secrétaire général de l’ANC, Fikile Mbalula, qui a incarné la réplique la plus tranchante depuis la tribune : « On ne peut pas accepter qu’un vieil homme blanc, qui a l’air dérangé, vienne nous dire, dans notre pays, ce que nous devons faire en Afrique du Sud. » Dans la foule, le ton était le même. Siyanda Moloi, 34 ans, ouvrier du bâtiment : « Je pense qu’ils comprendront le message : il faut respecter notre président, nos lois et nos politiques. »

    Une crise qui s’accumule

    Les tensions entre Pretoria et Washington ne datent pas de l’arrivée de Bozell. L’administration Trump reproche à l’Afrique du Sud deux choses en particulier : sa plainte pour génocide déposée contre Israël devant la Cour internationale de justice pour sa guerre à Gaza, et sa politique intérieure notamment les programmes de discrimination positive visant à corriger les inégalités héritées de l’apartheid.

    À cela s’ajoutent les sanctions économiques. Washington avait infligé à Pretoria des droits de douane de 30 % sur la majorité de ses exportations, les plus élevés d’Afrique subsaharienne avant que la Cour suprême américaine ne les retoque. L’Afrique du Sud reste néanmoins parmi les 60 pays sous enquête commerciale, dans une procédure pouvant justifier de nouveaux tarifs.

    La relation personnelle entre les deux chefs d’État s’est également détériorée. Cyril Ramaphosa avait eu droit, dans le sillage de Volodymyr Zelensky, à un guet-apens dans le Bureau ovale, où Donald Trump avait brandi vidéomontages et photographies mêlant approximations et contre-vérités. C’est de cet épisode qu’est né le slogan que la foule portait samedi : « On ne va pas se laisser marcher dessus. »

    Sharpeville, toujours

    En liant la défense de la souveraineté nationale aux souvenirs de l’apartheid, l’ANC cherche à inscrire cette mobilisation dans une continuité historique. Pour le parti au pouvoir, les pressions américaines ne sont pas seulement une affaire diplomatique : elles touchent au cœur de l’identité démocratique sud-africaine.

    Le choix du 21 mars n’était pas anodin. Ce jour marque l’anniversaire du massacre de Sharpeville en 1960, où au moins 69 manifestants ont péri sous les balles des forces de sécurité de l’apartheid pour avoir demandé la fin du laissez-passer contrôlant les déplacements des Noirs. Soixante-six ans plus tard, la rue revendique la même chose : le droit de décider pour elle-même.

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