Les comptes ont été crédités le 9 septembre. Chaque joueuse des D’Tigress a reçu l’équivalent en nairas de 100 000 dollars, chaque membre de l’encadrement l’équivalent de 50 000, versés par le gouvernement fédéral via la National Sports Commission. Kehinde Ajayi, directrice de l’information de la Commission, a confirmé le paiement le lendemain et indiqué que tous les bénéficiaires en avaient accusé réception.
Le titre datait du 3 août 2025. Au Palais des Sports de Treichville, à Abidjan, le Nigeria avait battu le Mali 78 à 64, cinquième couronne continentale consécutive, septième au total, vingt-neuvième victoire d’affilée en Afrobasket depuis 2015. Amy Okonkwo avait joué les quarante minutes, inscrit 19 points à 7 sur 11 dont 4 sur 7 à trois points, et été désignée meilleure joueuse du tournoi pour la deuxième année de suite. Rena Wakama, qui avait déjà été élue meilleure entraîneure du tournoi olympique de Paris 2024, dirigeait l’équipe.
Bola Ahmed Tinubu a revendiqué le paiement sur son compte X : « Today, the rewards I promised our D’Tigress have been fully redeemed. » Et plus loin : « Our athletes who bring honour to Nigeria deserve more than applause. They deserve a country that keeps its word. » Le président explique le délai par les procédures légales obligatoires : « That took time, but a promise made must be a promise kept. » Per Second News a compté 402 jours entre la promesse du 4 août 2025 et le virement.
Le même message présidentiel contient l’information qui prive l’annonce de sa portée. Tinubu y écrit que le gouvernement est en train de solder les primes restantes des Super Falcons. Les footballeuses, championnes d’Afrique en juillet 2025, n’étaient donc toujours pas payées au 10 septembre 2026. Trois semaines après leur titre, leur capitaine Rasheedat Ajibade disait déjà : « We have not received our money, but hopefully it will be paid. They have not paid all the promises. We have not received anything. »
Le débat nigérian a porté sur le montant. Le journaliste sportif Solace Chukwu a jugé le versement « a grievous, unconscionable waste of resources for a country where so many live in poverty ». L’argument avait déjà été échangé un an plus tôt, autour des Super Falcons. L’économiste Musa Audu opposait alors l’état des services publics : « Teachers are on strike, hospitals lack drugs, security forces are unpaid. This sends the wrong signal. » L’ancienne capitaine Florence Omagbemi défendait le principe : « They’ve carried the nation’s flag high for decades. This generation deserves to be celebrated. »
La formule la plus juste est venue du consultant Ayodele Bakare, qui ne discutait ni le montant ni le mérite. Le Nigeria n’a pas de cadre de récompense transparent et structuré, disait-il, ce qui rend la reconnaissance publique « ad hoc, political, and inconsistent ». Treize mois de délai pour un versement promis publiquement par le chef de l’État, dans un pays où le circuit de paiement fonctionne, donnent raison à cette lecture.
Le reste du calendrier sportif nigérian le confirme. Le 27 août 2026, Ibrahim Musa Gusau démissionnait de la présidence de la Nigeria Football Federation, suivi du secrétaire général Mohammed Sanusi et de huit des treize membres du comité exécutif. Le 7 septembre, dans une lettre signée par Elkhan Mammadov, responsable des associations membres, la FIFA et la CAF ordonnaient la suspension du processus électoral de la fédération et annonçaient une mission conjointe à Abuja. Le congrès électif du 27 septembre à Lafia est gelé. Les services de sécurité enquêtent en parallèle sur l’usage d’un fonds fédéral d’intervention de 17 milliards de nairas.
Ce fonds éclaire la question du circuit. Débloqué en deux temps par Tinubu, 12 milliards en janvier 2024 puis 5 milliards, il devait solder les arriérés des sélections nationales. Fin 2024, la fédération devait encore de l’argent aux Super Eagles, aux Super Falcons, aux Flying Eagles et aux Golden Eaglets. Le 11 novembre 2025, à Rabat, joueurs et officiels des Super Eagles refusaient de s’entraîner à quarante-huit heures d’un barrage décisif contre le Gabon, pour des primes impayées que The Guardian faisait remonter à la CAN 2019.
L’histoire longue est encore moins flatteuse. Le quotidien Leadership a recensé le 13 septembre les promesses non tenues de l’État nigérian à ses sportifs : les Golden Eaglets de 1985 payés en 2015, trente ans après ; les maisons promises aux Super Eagles de 1994 dont le chantier a démarré en 2022 ; Chioma Ajunwa, championne olympique du saut en longueur en 1996, logée vingt-cinq ans plus tard. « Your peak years are short », dit-elle. « Without insurance, welfare, or post-sports security, people seek better options elsewhere. »
Les D’Tigress ont été payées. C’est plus rapide que tout ce qui précède, et cela reste treize mois.
Sources : Channels TV et Vanguard (10 septembre 2026), ThisDay et Premium Times (10 et 11 septembre 2026), Sahara Reporters (10 septembre 2026), Leadership (11 et 13 septembre 2026, Affa Acho), Per Second News (10 septembre 2026), Pulse Sports Nigeria (10 septembre 2026), FIBA (Afrobasket féminin 2025), The Guardian Nigeria (24 décembre 2024, 11 novembre 2025, 14 août 2025), Premium Times et BusinessDay (7 et 8 septembre 2026) sur la suspension FIFA/CAF, TV360 et PM News (27 août 2026), BusinessDay et ThisDay (10 septembre 2026) sur le fonds de 17 milliards, NAN et BusinessDay (31 juillet et 3 août 2025) pour le débat sur les primes.
Œil d’Afrique