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    Nigeria : Les réserves de change ont atteint 54,08 milliards de dollars

    Les réserves de change du Nigeria ont atteint 54,08 milliards de dollars le 3 septembre 2026, un niveau que le pays n’avait plus connu depuis décembre 2008. Quatre jours plus tard, la presse de Lagos rendait compte d’une étude de l’observatoire budgétaire nigérian BudgIT établissant que 26 des 34 États dont les comptes sont exploitables ne couvrent pas leur masse salariale avec leurs recettes propres. Les deux informations sont sorties dans les mêmes journaux à trois jours d’intervalle, sans être rapprochées. Mises côte à côte, elles décrivent une fédération dont le centre rassure les marchés pendant que ses composantes vivent d’un virement mensuel.

    Les réserves de change du Nigeria ont atteint 54,08 milliards de dollars le 3 septembre 2026, un niveau que le pays n’avait plus connu depuis décembre 2008. Quatre jours plus tard, la presse de Lagos rendait compte d’une étude de l’observatoire budgétaire nigérian BudgIT établissant que 26 des 34 États dont les comptes sont exploitables ne couvrent pas leur masse salariale avec leurs recettes propres. Les deux informations sont sorties dans les mêmes journaux à trois jours d’intervalle, sans être rapprochées. Mises côte à côte, elles décrivent une fédération dont le centre rassure les marchés pendant que ses composantes vivent d’un virement mensuel.

    Un plus haut de dix-huit ans, qui n’est pas un record

    Le chiffre vient de la Banque centrale du Nigeria. Les réserves brutes s’établissent à 54,08 milliards de dollars au 3 septembre, après avoir gagné environ 8,51 milliards depuis le 1er janvier, où elles partaient de 45,57 milliards. Sur un an, la progression atteint 30,31 %. L’institution avait inscrit 51,04 milliards dans ses projections de fin d’année : la cible est dépassée avec trois mois d’avance.

    Une précision s’impose, parce que le mot « record » est apparu dans les titres. Il est inexact. Le point de comparaison est le 22 décembre 2008, où les réserves nigérianes atteignaient environ 54,21 milliards. Le niveau du 3 septembre reste donc quelque 130 millions de dollars sous le sommet historique. C’est un plus haut de dix-huit ans, ce n’est pas un maximum, et la nuance compte pour un pays dont la position extérieure a été construite deux fois par le pétrole, en 2008 et en 2026.

    Olayemi Cardoso, gouverneur de la Banque centrale, attribue la hausse à des entrées de devises plus fortes, dont les recettes fiscales liées au brut. Un relevé à 54,13 milliards circule pour le 4 septembre : les deux chiffres ne se contredisent pas, les réserves se mesurent au jour le jour.

    Ce que 26 États ne couvrent pas

    Le second chiffre vient d’un travail d’un autre ordre. BudgIT, organisation nigériane de suivi budgétaire, a publié un rapport intitulé Nigeria’s Economic Reforms: What Has Changed Across Nigeria’s States?, construit sur les rapports d’exécution budgétaire des États pour les exercices 2022 et 2025.

    Un point de méthode, que les reprises ont perdu en route : l’étude porte sur 34 États, pas sur les 36 de la fédération. Akwa Ibom et Rivers en sont exclus, leurs données étant incomplètes. Écrire « 26 États sur 36 » ajoute deux États dont le rapport ne dit rien.

    Sur ces 34, huit couvrent leurs frais de personnel avec leurs seules recettes internes : Lagos, Enugu, Ogun, Delta, Kaduna, Kwara, Abia et Anambra. Les 26 autres ne le font pas. Ensemble, ils ont levé environ 1 160 milliards de nairas en 2025 pour 1 910 milliards de dépenses de personnel, soit un déficit d’environ 747 milliards sur la seule ligne des salaires.

    La dépendance a monté pendant que la collecte s’améliorait

    C’est ici que le dossier cesse d’être un constat de défaillance. Les États nigérians n’ont pas mal collecté entre 2022 et 2025 : leurs recettes propres sont passées de 1 570 à 4 150 milliards de nairas, soit une hausse de 165 %. Peu d’administrations fiscales du continent affichent une telle courbe sur trois ans.

    Seulement, les transferts du Compte de la fédération ont augmenté plus vite encore, de 3 430 à 11 380 milliards pour les mêmes 34 États, soit 232 %. BudgIT en publie la conséquence : la part fédérale dans les recettes agrégées des États passe de 68,7 % en 2022 à 73,3 % en 2025, celle des recettes propres reculant de 31,4 % à 26,7 %.

    La dépendance s’est donc creusée non parce que les États collectent moins, mais parce que la manne redistribuée a crû deux fois plus vite que leur effort propre. La fin de la subvention aux carburants et la réforme du change ont gonflé le Compte de la fédération ; les États en ont reçu davantage, et en proportion ils en dépendent plus qu’avant.

    Un second déplacement mérite d’être noté. En 2022, 28 des 34 États dépensaient plus en personnel qu’ils ne levaient de recettes propres ; ils sont 26 en 2025. La situation s’est légèrement améliorée, et l’information a circulé sous un titre qui dit l’inverse.

    Yobe, Oyo, Jigawa : trois écarts qui ne se ressemblent pas

    Les moyennes masquent des situations sans commune mesure, et le classement change selon qu’on lit les nairas ou les rapports.

    Yobe, dans le nord-est, a levé 15,42 milliards de nairas en 2025 et dépensé 76,34 milliards en personnel : sa masse salariale vaut près de cinq fois ce qu’il collecte, l’écart le plus élevé de l’échantillon en proportion. Oyo, dans le sud-ouest, présente le plus gros écart en valeur absolue, 67,51 milliards, avec 102,52 milliards levés pour 170,04 milliards dépensés. Mais son ratio est de 1,66, un ordre de grandeur entièrement différent : cet État finance déjà six dixièmes de ses salaires. Jigawa se situe entre les deux, 35,27 milliards levés pour 92,66 milliards dépensés.

    Un même intitulé recouvre donc un État qui doit presque tout à Abuja et un autre qui n’a besoin d’un complément que pour le dernier tiers. Osun, cité dans les reprises régionales du rapport, figure aussi parmi les 26.

    Le virement qui fait la jonction

    Le mécanisme qui tient l’ensemble est public. Chaque mois, le Comité d’allocation du Compte de la fédération répartit entre l’État fédéral, les 36 États et les 774 collectivités locales les recettes du pétrole, de la TVA et des droits divers. Pour le seul mois de novembre 2025, 1 928 milliards de nairas ont été partagés sur un brut de 2 343 milliards, dont 601,731 milliards pour les États.

    C’est ce virement qui relie les deux chiffres de la semaine. Les devises accumulées à Abuja et les salaires versés à Damaturu ou à Dutse ne sont pas deux sujets : le pétrole qui alimente les réserves alimente aussi le Compte de la fédération. Une position extérieure confortable et une fédération peu autonome sont ici deux effets d’une même cause.

    Ce que cela laisse ouvert

    La solidité de l’ensemble tient donc à la durée de la conjoncture pétrolière et de change qui l’a produite. BudgIT conclut sur ce point : renforcer la mobilisation des ressources domestiques reste la condition d’une soutenabilité budgétaire de long terme. L’organisation émet par ailleurs une réserve sur la manière dont Enugu classe certaines recettes, en relevant leur caractère possiblement cyclique — l’un des huit États réputés autonomes.

    Reste une échéance courte. Le 21 septembre, FTSE Russell reclasse le Nigeria en marché frontière, un mouvement technique qui commandera des flux dans les jours suivants. Les réserves seront alors regardées pour ce qu’elles sont, un amortisseur, plutôt que pour ce qu’elles paraissent cette semaine, un trophée.

    Sources : données de la Banque centrale du Nigeria relayées par Nairametrics et Vanguard, 4 septembre 2026 ; BusinessDay Nigeria, 7 septembre 2026 ; rapport BudgIT 2026 sur les finances des États, relayé par la presse nigériane le 7 septembre 2026 ; communiqués du Comité d’allocation du Compte de la fédération, ministère fédéral des Finances. Rapprochements et conversions d’Œil d’Afrique.

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