La Synergie des syndicats des enseignants a suspendu samedi 12 septembre, à Kinshasa, la grève des enseignants en RDC lancée à la rentrée, et l’Équateur a appelé à reprendre les cours ce lundi. La décision ne règle pas les grèves nées de salaires non versés. À Inongo, selon Actualité.cd, les écoles publiques restaient vides le 11 septembre, faute de paiement des mois de décembre et de janvier. Au Haut-Lomami et dans la Tshopo, des enseignants attendaient encore leur salaire de juin à la mi-septembre, selon Radio Okapi.
À Inongo, chef-lieu du Maï-Ndombe, Alain Mbembe avait tout préparé pour le 1er septembre. Dix jours plus tard, ses cinq enfants restaient à la maison. « J’avais pris toutes les dispositions pour que les enfants retrouvent le chemin de l’école dès le 1er septembre, tel que décidé, mais, à notre grande désolation, nous constatons que jusqu’à aujourd’hui, les enseignants ne sont pas encore disponibles à l’école », a-t-il déclaré.
Les enseignants de la province éducationnelle Maï-Ndombe 1 étaient toujours en grève sèche le 11 septembre, dix jours après la rentrée. Leur revendication n’est pas le barème national : ils attendent leurs salaires de décembre 2025 et de janvier 2026, que la banque chargée de l’opération n’a pas versés, selon Actualité.cd. Le 25 août, ils avaient déjà défilé dans les rues d’Inongo pour ces deux mois, rapportait Radio Okapi. « Les enseignants ont dit non. Ils vont reprendre le chemin de l’école après avoir touché les deux mois. Pas de deux mois, pas de rentrée scolaire », tranche Eric Nsa, secrétaire-rapporteur de l’intersyndicale.
Le gouverneur Nkoso Kevani leur a demandé de lever le mouvement, avec un argument qui reconnaît l’ampleur du problème :
« En tant que gouverneur de province, je demande à tous les enseignants de Maï-Ndombe 1 d’emboîter le pas aux autres provinces éducationnelles, Maï-Ndombe 2 et 3, où il n’y a pas de grève, mais où il y a aussi des retards de salaire. Tout n’est pas payé là-bas. »
L’année scolaire précédente, une grève de près de deux mois avait déjà arrêté les cours dans la province pour la même raison, rappelle Actualité.cd.
La grève des enseignants en RDC lancée à Kinshasa portait sur autre chose. Dans son communiqué du 29 août, publié par Mediacongo, la Synergie réclamait un nouveau barème avec un minimum de 500 dollars, le paiement des enseignants non payés et des nouvelles unités, et l’apurement des arriérés dus en provinces. La grève devait courir du 1er au 12 septembre, jour d’une assemblée générale d’évaluation.
Cette assemblée a suspendu le mouvement, tout en constatant que les revendications restent sans réponse. De nouvelles activités syndicales sont annoncées pour le 5 octobre. « La Synergie des syndicats des enseignants de la RDC fait remarquer au Gouvernement qu’il porte la responsabilité de la baisse du niveau de notre enseignement en faisant travailler les enseignants complètement démotivés », a déclaré à Radio Okapi son secrétaire national, Minot Makabu.
À Mbandaka, la Dynamique des quatre syndicats de l’Équateur 1 a pris la même décision le même jour. Selon Radio Okapi et Actualité.cd, les syndicats avaient constaté que plusieurs écoles publiques fonctionnaient depuis le 1er septembre, avec la majorité des enseignants à leur poste. Le porte-parole François Mukadi Kashama appelle à la reprise « dès ce lundi sur l’ensemble de la province de l’Équateur », les délégués portant désormais le dossier à Kinshasa. Leur plateforme ajoute aux 500 dollars la suppression des zones salariales entre les enseignants des grandes villes et ceux des territoires.
Suspendre une grève à Kinshasa ne verse aucun salaire en retard. À Malemba-Nkulu, au Haut-Lomami, Radio Okapi décrivait le 11 septembre une grève toujours en cours dans la sous-division de Malemba 2, pour les salaires de juin et d’août 2026. Seules quelques écoles conventionnées catholiques fonctionnaient, selon des sources locales, et l’intersyndicale annonçait le début de la paie ce jour-là.
Fin juillet, la DINACOPE, le service public qui prépare la paie des enseignants, avait expliqué ce blocage. Nicky Ngoy Kasangila, son chargé du suivi pour le Haut-Lomami 2, citait une lettre de Caritas, qui paie les enseignants de ces territoires : l’enveloppe versée par le gouvernement à la microfinance IFOD ne couvrait pas tous les diocèses à la fois, et Caritas payait par « délestage ».
« D’office, tous les enseignants ont été délestés et privés de leur salaire simplement parce que le gouvernement n’avait pas donné l’enveloppe suffisante, selon les explications du document », disait-il à Radio Okapi. Une banque comme la TMB paie en quatre à cinq jours, ajoutait-il, quand Caritas paie à la main, en envoyant ses équipes dans chaque territoire.
Dans la Tshopo, les enseignants de Basoko et de Yahuma n’ont rien perçu depuis juin, selon leur intersyndicale citée par Radio Okapi le 10 septembre. Ils mettent en cause leur agent payeur, Caritas, que la radio n’a pas pu joindre. « Cette situation hypothèque gravement la rentrée scolaire et démotive le corps enseignant, qui continue pourtant d’assurer la formation de nos enfants malgré ces difficultés », a déclaré Blaise Bongolo, président de l’intersyndicale.
La Synergie a fixé ses prochaines actions au 5 octobre. Au 14 septembre, ODA n’a trouvé dans la presse congolaise ni date de paiement pour les deux mois dus à Inongo, ni réponse du ministère de l’Éducation nationale à la suspension. La question du mode de paie figure déjà dans la plateforme de l’Équateur, qui demande la banque pour les villes et Caritas pour les territoires. Pour Malemba-Nkulu, la DINACOPE, lettre de Caritas à l’appui, situait le problème en amont de l’opérateur : dans le montant de l’enveloppe.
Œil d’Afrique