Cent vingt membres des FDLR et leurs personnes à charge ont été transférés le 8 septembre vers le centre de Mutobo, dans le nord du Rwanda. La MONUSCO l’a annoncé le 10, Actualite.cd l’a rapporté le 13 sous la signature de Clément Muamba. L’opération a été conduite avec la Commission rwandaise de démobilisation et de réintégration, dans le cadre du protocole de démilitarisation signé par les FDLR le 28 juillet.
Le chiffre ne dit pas ce qu’il paraît dire. Aucune source ne ventile les 120 entre combattants et personnes à charge. La formule employée se lit dans les deux sens : cent vingt au total, ou cent vingt combattants auxquels s’ajoutent des femmes et des enfants dont personne ne donne le nombre. Cette ventilation décide de tout le reste, et la MONUSCO ne l’a pas publiée.
L’échelle ensuite. Le groupe d’experts de l’ONU, dans son rapport du 5 juin, estime les FDLR entre 3 500 et 4 500 combattants. Le cadre de paix de Washington retient une fourchette de 3 000 à 3 500. Les FDLR revendiquent plus de 10 000 hommes et leur unité CRAP en annonce plus de 20 000. En retenant l’estimation onusienne, la plus basse et la plus documentée, 120 personnes pèsent entre 2,7 et 3,4 % de l’effectif. À condition que les 120 soient tous des combattants, ce que rien n’établit.
Le protocole du 28 juillet, annoncé par le ministre de l’Intégration régionale Floribert Anzuluni, engage les FDLR à désarmer, à se cantonner hors des zones de combat et à dissoudre l’organisation. « Le Rwanda s’est engagé à retirer ses troupes de la RDC et à quitter le territoire congolais, tandis que la RDC s’est engagée à neutraliser les FDLR », résumait alors le ministre.
Le document de référence reste pourtant le concept d’opérations du 31 octobre 2024, issu du processus de Luanda. Quatre phases, une échéance de 90 jours, et un ordre précis : le Rwanda cesse ses opérations transfrontalières en phase 1, ce qui conditionne l’entrée en phase 2, où les FARDC neutralisent les FDLR pendant que les forces rwandaises se désengagent. Dans les faits, la séquence est inversée. Kinshasa a livré un protocole et des rapatriements, aucun désengagement rwandais vérifiable n’a été constaté, et le secrétaire d’État américain Marco Rubio espérait en juin un retrait avant la mi-juillet qui n’a pas eu lieu.
Le site congolais Beto relevait le 8 juillet une faille de plus : le cantonnement annoncé par Kinshasa ne figure nulle part dans le texte du concept d’opérations. Aucun site, aucun effectif, aucune ligne budgétaire, aucun mécanisme de vérification désigné. Dans ses prévisions de septembre, le Conseil de sécurité indique que le groupe de coordination réclame encore « un plan opérationnel et un calendrier réaliste ». Quatorze mois après la première signature de Washington, ce calendrier n’existe pas.
Pendant que les 120 partaient pour Mutobo, la ligne de front bougeait. Le 8 septembre, jour de l’opération, l’AFC/M23 prenait Ngululu et le centre commercial de Humura dans le Masisi. Le 9, les FARDC engageaient leur force aérienne. Le 10, les combats avaient vidé seize villages. Le 11, ils se poursuivaient pour la troisième journée consécutive à Mahanga.
Reste le point que Kinshasa évite. Le 29 juillet, le Rwanda a renvoyé 39 personnes en RDC par la Grande Barrière de Goma. Elles se déclaraient congolaises, originaires du Masisi et du Rutshuru, et affirmaient avoir été convaincues par du personnel de la MONUSCO et par le gouvernement congolais d’accepter d’être présentées comme des combattants FDLR. Le 1er août, le ministre rwandais des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe affirmait que 81 personnes rapatriées comme ex-combattants depuis octobre 2025 étaient en fait des civils congolais, dont 69 auraient admis avoir accepté ce rôle en échange des avantages offerts à Mutobo. La MONUSCO répond qu’elle n’a participé à aucune étape de ce retour et rappelle que ses listes sont transmises à la commission rwandaise pour approbation finale avant le départ de RDC. Kigali avait donc validé ces dossiers.
À Mutobo, le programme dure douze mois, trois d’enseignement théorique et neuf de formation professionnelle, et les enfants des résidents suivent les cours du village voisin. Plus de 12 000 personnes y sont passées depuis 2001, dont 9 000 identifiées comme anciens FDLR, selon son directeur Cyprien Mutoyi.
Six jours après l’opération, Kigali n’a rien dit. Ni la Rwanda Broadcasting Agency, ni The New Times, ni Radio Okapi, ni ONU Info n’ont repris l’annonce du 10 septembre. Le silence rwandais sur un transfert que la commission rwandaise a elle-même approuvé en dit autant que les 120.
Sources : Actualite.cd (13 septembre 2026, Clément Muamba ; 29 et 30 juillet et 1er août 2026 ; 8, 9 et 11 septembre 2026), Beto.cd (8 juillet 2026), Radio Okapi (30 juillet et 8 septembre 2026), Congo Quotidien (10 septembre 2026), rapport du groupe d’experts de l’ONU S/2026/466 du 5 juin 2026, prévisions mensuelles du Conseil de sécurité de septembre 2026, Afrique XXI (19 novembre 2025, Guillaume Brunero), The EastAfrican (29 juillet 2026).
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