Politique

Marche de la C64 : Kinshasa négocie l’itinéraire, Kisangani l’interdit au nom d’Ebola

La marche de la C64 contre le changement de la Constitution part ce mardi 15 septembre sous des régimes opposés selon la ville. À Kinshasa, le gouvernement provincial a négocié la veille un itinéraire qui tient le cortège à distance du Palais du peuple. Dans la Tshopo, le gouverneur l’interdit en invoquant Ebola, alors qu’en juin la même interdiction sanitaire des rassemblements visait aussi la capitale. Lubumbashi, Kananga et le Kwango ont interdit la marche, Bandundu en a demandé le report.

Kisangani, archive 2017. Photo : Allen Chouyy, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

La marche de la C64 contre le changement de la Constitution part ce mardi 15 septembre sous des régimes opposés selon la ville. À Kinshasa, le gouvernement provincial a négocié la veille un itinéraire qui tient le cortège à distance du Palais du peuple. Dans la Tshopo, le gouverneur l’interdit en invoquant Ebola, alors qu’en juin la même interdiction sanitaire des rassemblements visait aussi la capitale. Lubumbashi, Kananga et le Kwango ont interdit la marche, Bandundu en a demandé le report.

Le compromis kinois a été annoncé lundi, à quelques heures du départ. La coalition, qui accuse le pouvoir de préparer une révision ouvrant la voie à un troisième mandat de Félix Tshisekedi, voulait finir devant le Palais du peuple, siège du Parlement, le jour même de la rentrée parlementaire. Elle finira sur le boulevard Triomphal, près de l’école Sévigné, en face du stade des Martyrs. « L’itinéraire de la marche a été légèrement corrigé pour respecter l’inviolabilité du Parlement », a déclaré à Radio Okapi Israël Mutala, qui s’exprimait pour le gouvernement provincial.

Deux cortèges partent de l’échangeur de Limete et du rond-point Moulaert. Devos Kitoko, secrétaire général du parti ECIDE, a détaillé ces points lundi en assurant que la sécurisation du cortège avait été garantie par les autorités. « Notre objectif, c’est de démontrer notre crédibilité et notre légitimité », a-t-il affirmé, selon Actualité.cd.

Le compromis ne fait pas l’unanimité dans l’opposition. Peu avant son annonce, Delly Sesanga dénonçait des réunions tenues tard dans la nuit alors que « toute la journée et toute la semaine » auraient permis de trancher, et rappelait que des groupes proches de la majorité avaient déjà manifesté devant le Palais du peuple sans entrave, rapporte Actualité.cd.

Le précédent pèse. Le 12 juin, la C64 avait convoqué un sit-in devant le Palais du peuple contre la proposition de loi sur le référendum. Le gouverneur avait proposé le terrain Assossa, la coalition avait refusé, et des altercations avaient éclaté entre manifestants et forces de l’ordre, selon Actualité.cd.

Mardi matin, Kinshasa s’est réveillée calme, rapporte Actualité.cd à 8h30 : trafic normal, élèves sur le chemin de l’école, manifestants pas encore visibles. La police était déployée en nombre sur les deux itinéraires et devant le Palais du peuple.

À Kisangani, rien ne se négocie. Le gouverneur de la Tshopo, Paulin Lendongolia, a interdit la marche par un communiqué daté du 11 septembre et diffusé le 13 par son porte-parole. Il y décrit une province face à la résurgence d’Ebola, où une manifestation mettrait les habitants en danger, et promet des sanctions à tout organisateur, participant ou soutien,

Les grands rassemblements sont interdits dans la Tshopo depuis le 27 juin. Ce jour-là, le vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, avait adressé un message officiel aux autorités de quatre provinces : la Tshopo, le Haut-Uele, le Bas-Uele et la ville-province de Kinshasa. Les rassemblements de masse y étaient suspendus jusqu’à nouvel ordre pour freiner Ebola, rapportaient le 29 juin Radio Okapi, la RTNC et le Journal de Kinshasa. La C64 y avait vu une manœuvre contre sa marche alors prévue le 8 juillet.

Onze semaines plus tard, Kinshasa encadre la marche de la C64 que Kisangani interdit.

Le ministre de la Santé décrit pourtant la Tshopo comme une province en voie de sortie. Le 14 septembre, Roger Kamba affirmait qu’un seul malade y restait hospitalisé après deux mois de riposte. « Au Sud-Ubangi, nous allons faire exactement ce que nous avons fait dans la Tshopo », ajoutait-il à propos du cas importé confirmé dans cette province, selon Actualité.cd. À l’échelle du pays, il juge l’épidémie « sous contrôle », sans la dire terminée.

L’opposition locale conteste aussi la cohérence de la mesure. Actualité.cd rappelle que le 30 juin, trois jours après l’interdiction, le gouvernement provincial avait réuni des centaines de personnes à la poste pour un culte œcuménique, pendant lequel le gouverneur avait prêché le changement de la Constitution. « Si cette mesure est motivée par la lutte contre Ebola, elle doit être appliquée de manière égale à tous », a réagi Nondo Musingilwa, cadre d’Ensemble pour la République.

Les autres interdictions ne parlent pas d’Ebola. À Lubumbashi, la maire intérimaire Joyce Tunda a interdit la marche le 11 septembre au nom de l’ordre public. Lundi, lors d’une parade de la police et de l’armée, le commissaire provincial de la police du Haut-Katanga, le général Blaise Kilimbalimba, a mis en garde contre tout trouble.

À Kananga, la maire Rose Muadi Musube a suspendu tout rassemblement politique pour raisons sécuritaires, en s’appuyant sur une interdiction provinciale des attroupements de plus de dix personnes. Dans le Kwango, le porte-parole du gouvernement provincial, Timothée Nzundu, prévient que « toutes les dispositions sont prises, il n’y aura pas de marche », selon Actualité.cd et 7sur7.cd. À Bandundu, le maire Moïse Monshengo a demandé un report en invoquant « l’atmosphère politique du moment ».

La C64 maintient ses cortèges à Kisangani, à Lubumbashi, à Kananga et à Bandundu. À Lubumbashi et à Kananga, elle invoque l’article 26 de la Constitution, qui garantit la liberté de manifestation. À Bandundu, elle soutient que le régime applicable est celui de l’information, pas de l’autorisation.

Le prochain test est daté. Une marche en soutien au dialogue national est annoncée pour le 19 septembre à Kisangani, selon Actualité.cd. L’interdiction des rassemblements liée à Ebola y sera toujours en vigueur, sauf levée d’ici là.

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