Au rond-point de Kimbanseke, à l’arrêt Bibwa du boulevard Lumumba ou au camp Luka, les stations-service vertes et jaunes marquées ML font partie du paysage de Kinshasa. Elles appartiennent à Monaluxe, le groupe fondé en 1986 par Pauline Mona Tshiebe Kayoko. Cette femme d’affaires a commencé en vendant des arachides et des bananes plantain au marché Lusonga de Lubumbashi. Elle a ensuite construit un réseau de stations qui s’est fait une place à côté des multinationales du carburant.
Rien, au départ, ne la destinait au pétrole. Jeune Afrique relevait en 2016 qu’elle avait pour tout bagage scolaire un diplôme de couture. Le marché Lusonga, rebaptisé depuis marché M’zee Laurent-Désiré Kabila, est le point de départ que le groupe met lui-même en avant : un petit capital, un étal, puis une activité qui s’élargit.
Dans les stations-service, elle a fait le choix que les grands distributeurs ne faisaient pas. Pour s’imposer sur un marché très concurrentiel, elle s’est installée dans les quartiers populaires, où les autres ne s’aventuraient pas. Un réseau qui a fait son trou « à l’ombre des multinationales ». Parmi les huit stations que Monaluxe liste aujourd’hui à Kinshasa figurent le rond-point de Kimbanseke, le camp Luka et deux sites de la commune de la N’sele, à Mikonga et à Bibwa. Le siège est à Ngaliema, au carrefour des avenues Kasavubu et Macampagne.
Pauline Mona Kayoko dirige plus de 20 stations entre Kinshasa, Kananga, Mbuji-Mayi et Lubumbashi, pour un volume d’activité d’environ 30 milliards de francs CFA, soit 45,7 millions d’euros. Le groupe revendique aujourd’hui « 9 stations-service » et une présence dans quatre villes.
Le carburant n’est plus qu’une des activités de Monaluxe, qui présente désormais six branches : les stations ML, le stockage pétrolier, l’import-export, l’entreposage frigorifique, la construction et l’hôtellerie. À Lubumbashi, sa ville natale selon le groupe, se trouvent le dépôt, les chambres froides et des locaux commerciaux. À Kananga, le groupe exploite une station, un restaurant dans le même complexe et une maison d’hôtes sur le boulevard Lumumba, la Mona Guest House Wood Land. En 2016, Jeune Afrique signalait déjà des projets de supérettes et de restaurants dans les stations.
La femme d’affaires est aussi passée par la politique. En mars 2019, l’Assemblée provinciale du Kasaï-Central l’a élue au Sénat. Sur la liste des élus publiée par son nom apparaît sous la forme « Monaluxe ML Mona Kayoko Pauline » : la marque était devenue une partie de son identité publique. Son mandat a pris fin avec la législature en 2024, et son nom ne figure pas sur la liste des sénateurs du Kasaï-Central élus en avril de cette année-là.
Le groupe reprend aujourd’hui la ligne qu’elle défendait à la radio. « Les entrepreneurs congolais doivent participer activement à la reconstruction de leur pays. La souveraineté économique nécessite une propriété locale », lit-on sur la page qui retrace son histoire, où Pauline Mona Tshiebe Kayoko est présentée comme fondatrice, propriétaire et gérante. La direction financière du groupe est confiée à une femme, Belinda Beya Brown.
La Fondation Monaluxe porte cette attention aux femmes sur le terrain de la santé et du travail. Elle annonce le dépistage et le traitement du cancer du sein, la réparation des fistules et la distribution de fournitures agricoles à des coopératives féminines.
Quarante ans après l’étal du marché Lusonga, la phrase de 2007 est toujours là. « Il faut lutter pour la liberté économique de la RDC » s’affiche sur la page d’accueil de Monaluxe, signée de sa fondatrice.
Œil d’Afrique