Un camion parti de Malemba-Nkulu est tombé dans une rivière du territoire de Mitwaba, au Haut-Katanga, dans la nuit du 15 au 16 septembre. Au moins trente-trois morts. Le ministre provincial des Transports met en cause les chauffeurs. En octobre 2021, un accident de Mitwaba presque identique avait reçu la même explication officielle, et les routes du Haut-Katanga ont tué plus de cent personnes en deux ans.
Dans la nuit du 15 au 16 septembre, un camion de marque Howo parti de Malemba-Nkulu, dans le Haut-Lomami, est tombé dans une rivière au village de Mukana, à 97 kilomètres de Mitwaba-centre, dans le Haut-Katanga. Au moins trente-trois personnes sont mortes. Une vingtaine ont été blessées. Les corps se sont décomposés avant l’arrivée des secours et les autorités ont fait inhumer sur place. Les blessés les plus graves ont été évacués vers des structures mieux équipées.
Le ministre provincial des Transports du Haut-Katanga, Georges Babunyi Mbau, a livré son explication à Actualite.cd : « Ce sont des chauffeurs qui sont à la base de ces drames ». Il n’a pas précisé lesquels, ni sur quelle base.
Le 17 octobre 2021, un camion transportant une cinquantaine de passagers, dont des enfants, est tombé dans la rivière Kalumengongo, au village de Tambo, à 65 kilomètres de Mitwaba-centre. Le véhicule a été retrouvé à une centaine de mètres dans le lit de la rivière. Un seul rescapé a été signalé. Le chauffeur roulait de nuit et avait manqué l’accès au pont. Le repêchage n’a pas pu commencer faute de moyens : il aurait fallu des plongeurs et du matériel minier. Les autorités locales avaient alors relevé que l’interdiction de circuler la nuit sur cet axe n’était pas respectée.
Même territoire. Même scénario. Même conclusion officielle, à cinq ans d’intervalle : le chauffeur.
Ce que les deux accidents ont aussi en commun, et dont aucune déclaration provinciale ne parle, c’est que des dizaines de personnes voyageaient sur un camion de marchandises. Pas dans un autocar, pas dans un minibus immatriculé au transport de personnes. Sur un plateau. Entre le Haut-Lomami et le Haut-Katanga, c’est le moyen disponible, et il l’est parce qu’il n’y en a pas d’autre.
Le Haut-Katanga aligne les bilans lourds. Le 27 juillet 2026, dix-sept morts à Lubudi. Le 11 août, sur l’axe Likasi-Lubumbashi, un bilan passé de cinq à vingt-deux morts en quelques heures. En décembre 2025, six morts dans une série d’accidents sur l’axe Mitwaba-Lubumbashi. En novembre 2025, neuf morts dans deux accidents sur la route de Likasi. En décembre 2024, au moins dix-neuf morts sur la route de Mitwaba. En septembre 2024, onze morts sur l’axe Luambo-Mitwaba.
Additionnés, ces bilans dépassent la centaine de morts sur deux ans, sur un réseau routier qui dessert la province minière la plus riche du pays. Les recettes du cuivre et du cobalt transitent par ces mêmes routes.
Désigner les chauffeurs a un avantage administratif : la responsabilité s’arrête à un homme, souvent mort dans l’accident. Elle ne remonte ni au ministère provincial des Transports, ni à l’Office des routes, ni aux commissionnaires qui chargent des passagers sur des camions. En 2021, l’explication officielle portait sur le non-respect de l’interdiction de rouler la nuit. En 2026, elle porte sur les chauffeurs. Dans les deux cas, l’État se place du côté du constat.
Les questions posées à Lubumbashi restent sans réponse publique : combien de véhicules homologués pour le transport de personnes circulent sur l’axe Malemba-Nkulu, Mitwaba ; quel est l’état des ouvrages de franchissement sur cet itinéraire ; combien d’accidents mortels y ont été recensés depuis 2021 ; et si l’interdiction de circuler la nuit, invoquée en 2021, est toujours en vigueur.
Le bilan de trente-trois est provisoire.
Œil d’Afrique