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RDC-PASS : l’identité numérique des Congolais confiée pour vingt ans à une société privée

Cinquante agents enrôleurs ont été formés le 15 septembre à Kinshasa pour déployer le RDC-PASS, l’identifiant numérique que l’État veut attribuer à chaque Congolais d’ici 2030. Le dispositif repose sur un partenariat public-privé de vingt ans, évalué à 97,1 millions de dollars, avec la filiale congolaise d’une société singapourienne cotée au Nasdaq. Le coût pour le citoyen et le lieu d’hébergement des données biométriques n’ont pas été rendus publics.

Vue aérienne du boulevard du 30 Juin à Kinshasa, ville de la phase pilote du RDC-PASS
Archive 2010, boulevard du 30 Juin, Kinshasa · MONUSCO/Myriam Asmani, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Cinquante agents enrôleurs ont été formés le 15 septembre à Kinshasa pour déployer le RDC-PASS, l’identifiant numérique que l’État veut attribuer à chaque Congolais d’ici 2030. Le dispositif repose sur un partenariat public-privé de vingt ans, évalué à 97,1 millions de dollars, avec la filiale congolaise d’une société singapourienne cotée au Nasdaq. Le coût pour le citoyen et le lieu d’hébergement des données biométriques n’ont pas été rendus publics.

Cinquante agents enrôleurs ont été formés le 15 septembre à Kinshasa. C’est la première promotion du RDC-PASS, l’identifiant numérique que l’État congolais veut attribuer à chaque citoyen d’ici 2030. Le ministre de l’Économie numérique, Augustin Kibassa Maliba, a ouvert la session. Il a insisté sur la sécurité, l’interopérabilité, la protection des données, l’inclusion et la traçabilité. Une phase pilote suivra, à Kinshasa.

L’opérateur est Tridentity Digital Tech DRC Africa SAS, filiale congolaise de Trident Digital Tech Holdings, société basée à Singapour et cotée au Nasdaq sous le symbole TDTH. Radio Okapi cite son directeur général, Gradi Malobo, présent à la formation.

Le RDC-PASS a été activé le 13 juin 2026 à Kinshasa lors d’une cérémonie d’État placée sous le patronage du président Félix Tshisekedi. Il repose sur un partenariat public-privé signé en juin 2025 pour vingt ans. Le montant du projet, communiqué par le ministère du Plan, s’élève à 97,1 millions de dollars. Le dispositif s’inscrit dans un programme numérique d’un milliard de dollars étalé sur 2026-2030, adossé à la stratégie gouvernementale baptisée RDC 2030 Digital Nation.

Ce que l’identifiant permettra est clair : authentification biométrique pour l’enregistrement des cartes SIM, accès unifié aux plateformes administratives, vérification automatisée de l’identité des clients pour les services financiers. Le gouvernement précise que le RDC-PASS n’est pas une carte d’identité nationale. C’est une clé d’accès, adossée à une base biométrique qui couvrira à terme une population de plus de cent millions d’habitants.

Ce qui n’a pas été rendu public est plus lourd. Ni le communiqué de formation, ni les documents de lancement de juin n’indiquent ce que coûtera l’enrôlement au citoyen. Aucun ne précise où seront hébergées les données biométriques, sur quel territoire, sous quelle juridiction. Aucun ne dit à qui appartiennent ces données au terme des vingt ans, ni ce qui se passe si l’opérateur cesse son activité avant.

Cette dernière hypothèse n’est pas théorique. Dans une tribune publiée par 7sur7.cd le 18 septembre 2025, le journaliste I. Kapangala relevait que Trident Digital Tech Holdings affichait une capitalisation boursière d’environ 50 millions de dollars, plus de 8 millions de dollars de pertes nettes en 2024 et un chiffre d’affaires inférieur à 500 000 dollars. Une société dont la capitalisation valait alors la moitié du montant du projet qu’elle exécute. En septembre 2025, le groupe a bouclé une levée de 2,6 millions de dollars destinée aux premières phases de déploiement en RDC.

La même tribune contestait la procédure. Le marché aurait été attribué de gré à gré, alors que ce mode d’attribution, écrivait l’auteur, ne devrait être qu’une exception réservée aux cas d’urgence ou de monopole technologique avéré. Il mettait aussi en doute les références présentées à l’unité de coordination des partenariats public-privé, où l’entreprise aurait invoqué une participation aux systèmes Aadhaar en Inde et aux projets d’identité nationale nigérian et kényan, sans que ces mentions puissent être vérifiées.

Le point juridique est le plus sérieux. L’auteur soutenait que le Code du numérique de 2022 range l’identification des personnes parmi les fonctions de sécurité et de défense nationales, réservées aux entités publiques. Si cette lecture est fondée, un partenariat de vingt ans avec une société étrangère pose une question de conformité que ni le ministère ni l’Agence de développement du numérique n’ont tranchée publiquement. La tribune reprochait à cette agence son silence, l’absence d’audit et l’absence de contre-proposition.

Aucune de ces objections n’a reçu de réponse publique documentée depuis un an. Le projet, lui, est passé de la signature à l’enrôlement.

L’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo n’apparaît dans aucun des comptes rendus du lancement ni de la formation, alors que l’authentification biométrique des cartes SIM relève de son champ. Son avis, s’il existe, n’a pas été publié.

Les cinquante premiers agents ont été formés à l’enrôlement, à la protection des données, à la traçabilité des opérations. Ils appliqueront des procédures. Ils ne décideront pas de qui détient le fichier qu’ils vont remplir.

Sources : Radio Okapi, Actualite.cd, 7sur7.cd, Agence Ecofin, TechAfrica News.

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