Economie

Côte d’Ivoire : six mois sans nouvelle autorisation minière pour venir à bout de l’orpaillage clandestin

Le Conseil national de sécurité, réuni le jeudi 17 septembre au Palais de la présidence à Abidjan sous l’autorité d’Alassane Ouattara, a décidé d’un moratoire de six mois sur la délivrance des autorisations d’exploitation minière semi-industrielle et artisanale. La mesure suspend l’accès à la voie légale au moment où l’État engage ses moyens les plus lourds contre la voie illégale. Elle intervient après trois années pendant lesquelles l’administration a délivré plus d’autorisations que durant toute la décennie précédente.

Pesée de l'or sur un site d'orpaillage du nord de la Côte d'Ivoire, archive 2013 · African Hope, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le Conseil national de sécurité, réuni le jeudi 17 septembre au Palais de la présidence à Abidjan sous l’autorité d’Alassane Ouattara, a décidé d’un moratoire de six mois sur la délivrance des autorisations d’exploitation minière semi-industrielle et artisanale. La mesure suspend l’accès à la voie légale au moment où l’État engage ses moyens les plus lourds contre la voie illégale. Elle intervient après trois années pendant lesquelles l’administration a délivré plus d’autorisations que durant toute la décennie précédente.

Ce que le moratoire arrête, et ce qu’il n’arrête pas

Le moratoire porte sur la délivrance de nouvelles autorisations. Il ne retire pas les titres déjà accordés et ne ferme pas les chantiers en règle. Pendant six mois, l’administration cesse simplement d’en attribuer de nouvelles, le temps que le gouvernement reprenne la main sur la filière.

Le reste du dispositif arrêté par le CNS est répressif. La surveillance des cours d’eau sera assurée par 21 pelotons de sécurité fluviale, chargés selon le communiqué du CNS d’assurer « le contrôle permanent des 4 grands fleuves de notre pays et leurs affluents ». Le nombre de brigades opérationnelles du Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal, créé en 2021, doit être augmenté de manière substantielle, et les capacités des forces de défense et de sécurité locales renforcées.

Une loi doit suivre pour aggraver les peines. Son apport principal est ailleurs que dans le quantum : elle élargit le champ de la responsabilité pénale. « Toute forme de participation indirecte ou de complicité logistique ou financière sera désormais traitée comme une infraction autonome », précise le communiqué. La répression cesserait ainsi de se limiter aux occupants des sites pour atteindre ceux qui les financent et les approvisionnent.

Six mois, le délai que les préfets se sont donné

La durée du moratoire n’a pas été tirée au hasard. Les 4 et 5 septembre s’est tenu à Yamoussoukro un atelier national de concertation et d’harmonisation des mécanismes de lutte contre l’orpaillage illégal. À l’issue de cette rencontre, les préfets de région se sont engagés à éradiquer durablement le phénomène dans leurs circonscriptions administratives dans un délai de six mois.

Le moratoire épouse exactement ce calendrier. Les deux décisions forment un seul pari : que la filière légale puisse rester à l’arrêt le temps que l’administration territoriale vide les sites clandestins, et que la reprise des attributions se fasse ensuite sur un terrain assaini.

Le paradoxe d’une formalisation mise en pause

C’est là que la mesure interroge. Depuis trois ans, la stratégie ivoirienne reposait sur l’inverse : ouvrir la voie légale assez largement pour y faire entrer ceux qui travaillaient en dehors. Le Groupement des artisans miniers de Côte d’Ivoire (GRAMCI) relève que plus de 800 autorisations d’exploitation artisanale et semi-industrielle ont été délivrées au cours des trois dernières années, soit davantage que durant toute la décennie précédente.

Dans une déclaration publique du 28 août, trois semaines avant la réunion du CNS, le groupement plaidait précisément pour accélérer cette dynamique. Tout en soutenant la fermeté de l’État et en condamnant les réseaux clandestins, il demandait que la réponse ne se limite pas à la répression. « Il ne s’agit pas de condamner l’activité d’orpaillage dans son ensemble », affirme l’organisation, qui appelle à distinguer nettement l’orpaillage clandestin, exercé hors de toute réglementation, et l’orpaillage légal, exercé dans un cadre autorisé et contrôlé.

Son argument tient en une phrase : la formalisation permet d’identifier les opérateurs, d’améliorer la traçabilité de la production, de sécuriser les revenus des populations et de faire rentrer une part des retombées dans les caisses de l’État et des communautés. Pendant six mois, cette porte reste fermée à ceux qui voudraient l’emprunter.

Le gouvernement a toutefois chargé le Premier ministre de proposer des mesures de fond sur la professionnalisation du secteur : formation professionnelle, reconversion des jeunes, comptoirs d’achat, cartographie du patrimoine minier et mise en place de raffineries. Le moratoire peut donc se lire comme une parenthèse de travail plutôt que comme un renoncement, à condition que ces mesures arrivent avant son terme.

Ce que les opérations ont donné jusqu’ici

Le bilan présenté lors de la réunion du CNS du 23 juillet 2026 donne la mesure de l’effort déjà consenti. Entre 2021 et le premier semestre 2026, les opérations ont permis le déguerpissement de plus de 8 500 sites d’orpaillage illégal sur l’ensemble du territoire. Elles ont conduit au déferrement de 4 474 personnes, ainsi qu’à la saisie de plus de 960 millions de francs CFA et d’environ 136 kilogrammes d’or.

À ces moyens s’ajoutent la Brigade de répression des infractions au code minier et, depuis juillet 2025, trente drones livrés par le ministère des Mines aux directions régionales et départementales des Mines et de la Géologie pour surveiller les sites.

Cinq ans d’opérations, 8 500 sites démantelés, et un phénomène dont le CNS constate lui-même qu’il justifie de nouvelles mesures : c’est l’aveu que le déguerpissement seul ne suffit pas. Les sites se recolonisent, et le communiqué du 17 septembre en fait un objectif explicite — empêcher leur réoccupation.

Après la répression, la terre

Le volet le moins commenté est peut-être le plus durable. Le CNS prévoit la restauration des espaces dégradés par l’orpaillage clandestin, à travers des programmes de travaux à haute intensité de main-d’œuvre et l’implication du Génie militaire. Les mêmes bras qui creusaient seraient employés à refermer les excavations et à réhabiliter les sols.

Le dispositif prévoit en parallèle la réinsertion économique des orpailleurs ivoiriens par des activités génératrices de revenus, ainsi qu’un mécanisme de communication et de suivi-évaluation destiné à mesurer l’évolution du phénomène.

Six mois : c’est le temps que l’État ivoirien s’est donné pour reprendre le contrôle d’une filière, et le temps pendant lequel il aura cessé d’en ouvrir la porte légale. Le terme du moratoire, en mars 2027, dira lequel des deux mouvements aura été le plus rapide.

Œil d’Afrique

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