Economie

RDC-Tanzanie : un mois après l’accord annoncé à Zanzibar, les deux pays se donnent 90 jours pour l’écrire

Kinshasa et Dodoma se sont engagés, samedi 19 septembre à Dar es Salaam, à signer un accord commercial bilatéral dans un délai de 90 jours. Une commission mixte d’experts vient d’être mise en place pour en rédiger le projet. Le 18 août, à Zanzibar, les deux chefs d’État avaient pourtant annoncé être convenus d’un accord couvrant neuf secteurs. Entre les deux dates, il n’y a pas de contradiction : il y a la distance, rarement dite, entre une entente politique et un texte qui engage.

Le port de Dar es Salaam, archive 2013 · Prof.Chen Hualin, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Kinshasa et Dodoma se sont engagés, samedi 19 septembre à Dar es Salaam, à signer un accord commercial bilatéral dans un délai de 90 jours. Une commission mixte d’experts vient d’être mise en place pour en rédiger le projet. Le 18 août, à Zanzibar, les deux chefs d’État avaient pourtant annoncé être convenus d’un accord couvrant neuf secteurs. Entre les deux dates, il n’y a pas de contradiction : il y a la distance, rarement dite, entre une entente politique et un texte qui engage.

Ce qui a été signé samedi

Le communiqué conjoint a été paraphé le 19 septembre 2026 à Dar es Salaam par le ministre congolais du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, et son homologue tanzanienne de l’Industrie et du Commerce, Judith Salvio Kapinga, au terme de deux jours de discussions tenues les 18 et 19 septembre.

Son contenu est un engagement de méthode, pas un dispositif commercial. Les deux gouvernements se donnent 90 jours pour finaliser et signer un accord commercial bilatéral, et une commission mixte d’experts a été immédiatement installée pour en rédiger le projet, rapporte Mediacongo. Le délai court à partir du 19 septembre : l’échéance tombe donc autour du 18 décembre 2026.

Les discussions ont porté sur l’articulation des administrations. Côté congolais, trois services opèrent en Tanzanie : la Direction générale des douanes et accises (DGDA), l’Office de gestion du fret multimodal (OGEFREM) et le Centre d’expertise, d’évaluation et de certification (CEEC). Il s’agit de les faire travailler avec l’administration douanière tanzanienne, de réduire les coûts et les délais des procédures d’import-export, et de lever les barrières non tarifaires qui ralentissent le transit frontalier.

Julien Paluku Kahongya a insisté sur un point précis : le suivi des cargaisons à destination ou en provenance de la RDC, pour mieux maîtriser les flux et limiter les risques de fraude. Judith Salvio Kapinga a appelé les opérateurs des deux pays à explorer davantage les possibilités d’investissement, en particulier dans la transformation industrielle.

Ce qui avait été annoncé un mois plus tôt

Le 18 août 2026, à la State House de Zanzibar, Félix Tshisekedi et Samia Suluhu Hassan s’étaient entretenus et avaient, selon le compte rendu, convenu de renforcer leur coopération économique et sociale dans neuf domaines : commerce, investissement, agriculture, mines, énergie, transports, infrastructures, santé et connectivité numérique.

Le volet commercial était déjà là. Les deux pays voulaient faciliter les échanges transfrontaliers, améliorer l’environnement des affaires, accroître la production de biens à valeur ajoutée, renforcer les services douaniers et les infrastructures aux frontières. Sur les transports, ils convenaient de renforcer l’utilisation des ports et des corridors tanzaniens et d’accélérer les projets ferroviaires, routiers, portuaires et énergétiques.

La rencontre a été présentée comme ayant abouti à un accord. Un mois plus tard, ce que les deux ministres signent, c’est l’engagement d’en écrire un. La séquence n’annule pas la première annonce, mais elle en donne la nature exacte : une orientation politique, dont la traduction juridique commence seulement maintenant, et dont le premier livrable est un projet de texte à produire en trois mois.

C’est ce qui rend ce communiqué vérifiable, et c’est son principal intérêt. Un engagement à 90 jours porte une date. Le 18 décembre, soit l’accord est signé, soit il ne l’est pas.

Ce que pèse vraiment le corridor

L’enjeu matériel se mesure au port de Dar es Salaam, principal débouché maritime de la production minière congolaise vers l’est.

Le chiffre de 30 millions de tonnes par an circule dans la presse à propos de ce port. Il ne correspond pas au trafic constaté : c’est un objectif. Les données de l’autorité portuaire tanzanienne, la Tanzania Ports Authority, donnent un trafic réel de 27,7 millions de tonnes sur l’exercice 2024/2025, contre 23,69 millions l’année précédente, soit une hausse de 17 % et le plus haut niveau de son histoire. Le dépassement des 30 millions de tonnes annuelles est la cible que les autorités tanzaniennes se sont fixée à l’horizon 2030, rapporte The Citizen. La dynamique est réelle : de juillet à décembre 2025, le port a traité 16,7 millions de tonnes, 30 % de plus que sur la même période de 2024.

La part congolaise, elle, est connue et substantielle. Sur l’exercice 2024/2025, Dar es Salaam a traité près de six millions de tonnes de fret pour la RDC, devant la Zambie avec 3,5 millions et le Rwanda avec 1,7 million. Soit environ un cinquième de l’activité totale du port.

Ce rapport explique la position des deux parties. Pour la RDC, Dar es Salaam n’est pas une option parmi d’autres sur la façade est. Pour la Tanzanie, le fret congolais est le premier trafic de transit du port, avant celui de tous ses autres voisins enclavés.

Le goulot n’est pas au quai

Les difficultés que l’accord prétend traiter ne se situent pas là où les tonnages progressent, mais en aval.

Du côté tanzanien, le constat est posé publiquement. Le secrétaire permanent du ministère des Transports, Godius Kahyarara, a averti lors d’une réunion du Port Improvement Committee que les gains d’efficacité obtenus au port pouvaient être annulés si les marchandises n’en sortaient pas assez vite. Les retards de dédouanement, les camions, les routes et les capacités de stockage à l’intérieur des terres ralentissent le fret même lorsque les navires sont traités rapidement.

Le chiffre qui résume la contrainte est ferroviaire. La part des marchandises acheminées par rail depuis le port est aujourd’hui d’environ 2 %. Le raccordement ferroviaire en cours à l’intérieur du port, qui doit intégrer l’écartement standard, l’écartement métrique et la ligne de la Tanzania-Zambia Railway Authority, vise à la porter à 12 % et à augmenter la capacité conteneurs de 480 000 EVP par an.

Autrement dit, l’essentiel du cuivre et du cobalt congolais qui passe par Dar es Salaam voyage par la route. C’est là que se logent les coûts et les délais que les deux ministres disent vouloir réduire, et c’est un domaine où un accord commercial ne produit d’effet qu’accompagné d’investissements physiques.

Ce qu’il faudra vérifier en décembre

L’accord n’existe pas encore. Ce qui existe, c’est un calendrier et une commission.

Trois points en mesureront l’exécution. D’abord la date : un projet de texte produit et signé avant le 18 décembre, ou non. Ensuite le contenu : un accord commercial bilatéral peut se limiter à un cadre de coopération douanière, ou porter des engagements tarifaires et des garanties de délai opposables. Enfin le périmètre : l’entente de Zanzibar couvrait neuf secteurs, le communiqué de Dar es Salaam n’en traite qu’un.

La liste des services congolais mobilisés dit d’ailleurs où se situe le vrai travail. Faire converger la DGDA, l’OGEFREM et le CEEC avec les douanes tanzaniennes est une opération administrative, pas une signature. Elle se constatera sur les délais de passage, pas dans un communiqué.

Œil d’Afrique

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