Un incendie d’origine inconnue a réduit en cendres, dans la soirée du jeudi 17 septembre, un dépôt de carburant situé près du pont Kwilu, sur la route nationale 1, à Kikwit. C’est le deuxième dépôt à brûler au même endroit en une semaine. Dans cette ville économique du Kwilu, le secours des habitants n’a pas suffi : Kikwit n’a ni véhicule anti-incendie ni corps de sapeurs-pompiers.
Deux sinistres, un même endroit, sept jours d’intervalle
Selon la société civile urbaine, rien n’a pu être récupéré du dépôt. Le feu, parti des cuves, a gagné deux boutiques voisines : tous les articles qu’elles contenaient ont été consumés. Aucune victime n’est signalée.
Le premier dépôt avait brûlé le lundi précédent, lui aussi près du pont Kwilu. Deux incendies en sept jours sur le même segment de la RN1, dans des installations qui stockent du carburant à proximité immédiate de commerces et d’un axe routier national : c’est cette répétition qui fait le sujet, bien plus que chacun des deux sinistres pris isolément.
Le troisième grand feu de l’année
Le 24 juillet, un incendie avait déjà ravagé le marché central de Kikwit. Le bilan matériel donne l’échelle de ce que la ville perd faute de moyens de lutte : plus de 300 motos parties en fumée, ainsi que les produits d’une pharmacie et d’un supermarché.
Trois sinistres majeurs en moins de deux mois dans la même agglomération, et à chaque fois le même scénario, les habitants tentent d’éteindre, le feu se propage jusqu’à épuisement de ce qu’il y a à brûler. Pour les motos du marché central comme pour le dépôt du pont Kwilu, ce ne sont pas des secours qui ont mis fin à l’incendie.
Une absence d’équipement, pas une fatalité
Kikwit est la deuxième ville de la province du Kwilu et l’une des principales agglomérations de l’ouest congolais. Elle ne dispose d’aucun véhicule anti-incendie ni d’aucun corps de sapeurs-pompiers constitué.
C’est ce point qui déplace le sujet du fait divers vers la gestion publique. Un camion-citerne d’incendie et une brigade formée relèvent d’une ligne budgétaire et d’une décision administrative, pas d’un aléa. Tant qu’ils n’existent pas, chaque départ de feu dans une ville de cette taille a vocation à se terminer comme les trois précédents.
Kikwit n’est pas une exception provinciale, et c’est ce qui rend le constat plus lourd. Une enquête d’Actualité.cd publiée le 11 septembre établit que Kinshasa elle-même n’aligne pas de flotte de secours fiable : une autorité municipale évoque moins de cinq camions pour toute la capitale, quand une source interne à l’Hôtel de Ville, en comptant le parc privé, en dénombre jusqu’à une quinzaine — tous stationnés avenue de la Justice, à la Gombe. Le même travail documente un chantier de caserne resté au même point d’avancement pendant plus d’un an, faute de paiement d’un partenaire privé, et cela après plus de dix ans de décrets, de plans et d’annonces.
Si la capitale en est là, une ville de l’intérieur qui ne dispose d’aucun engin n’est pas au bout d’une exception : elle est au bout d’une chaîne.
La question des autorisations de stockage se pose dans le même mouvement. Des dépôts de carburant installés en bordure de la route nationale 1, mitoyens de boutiques, relèvent d’un régime d’autorisation : savoir qui les délivre, sur quels critères de distance et de sécurité, et si ces critères ont été vérifiés avant l’implantation des installations du pont Kwilu, est la suite logique de ces deux semaines.
Ce qui reste à établir
L’origine des deux incendies n’est pas connue. Aucune des deux enquêtes n’a produit de conclusion publique, et la coïncidence de lieu et de date entre les deux sinistres n’a fait l’objet d’aucune déclaration officielle.
Reste le constat que la société civile urbaine porte depuis le marché central : une ville qui brûle trois fois en deux mois et qui regarde brûler. Le sort des commerçants du pont Kwilu, comme celui des propriétaires des 300 motos de juillet, dépendra moins de l’origine du feu que de ce que Kikwit se sera donné les moyens d’éteindre la prochaine fois.
Œil d’Afrique