À Kahemba, dans la province du Kwango, les agents et fonctionnaires de l’État réclament cinq mois de salaires impayés, de mai à septembre 2026. Réunie en assemblée générale le mardi 13 octobre au centre culturel Union de Kahemba, leur intersyndicale a donné 48 heures à la banque chargée de la paie, faute de quoi le territoire entrera dans trois jours d’arrêt de travail.
La revendication couvre tous les services de l’État présents dans le territoire, écoles comprises. Les bureaux gestionnaires des écoles attendent aussi cinq mois de frais de fonctionnement, et les enseignants exigent une paie intégrale pour les mois en litige. Le communiqué intersyndical appelle les autorités provinciales et nationales à intervenir en urgence.
« Cette situation expose nos membres de famille à la faim, à l’endettement, à l’absence de soins médicaux qui entraînent des décès précoces, à l’abandon des postes et à la non-scolarisation de nos enfants », a lu Ramazani Wangwamba Wangwamba, porte-parole désigné pour l’occasion. Le communiqué le dit plus court : « Comment servir l’État le ventre vide ? »
Le calendrier est fixé. Après l’ultimatum, une manifestation pacifique est annoncée pour le vendredi 16 octobre, suivie d’un sit-in le mardi 20 octobre.
La banque qui doit verser ces salaires est Equity BCDC, a précisé la RTNC. Depuis la bancarisation de la paie, les salaires de l’État ne sont plus remis en espèces par l’administration : le Trésor public confie les fonds à des opérateurs de paie, banques, institutions de microfinance ou coopératives, qui doivent les faire arriver jusqu’au bénéficiaire. Le Comité de suivi de la paie des agents et fonctionnaires de l’État (CSP) contrôle ce circuit.
Ce circuit a deux points où l’argent peut s’arrêter : le décaissement à Kinshasa, et l’acheminement jusqu’à un territoire comme Kahemba, frontalier de la province angolaise de Lunda Norte. En 2023, le porte-parole des enseignants du territoire, l’abbé Maurice Wingi, situait le problème sur la route : « vue la distance entre Kinshasa et le territoire de Kahemba qui va au-delà de 1000 KM, vu l’état de la route impraticable entre Kikwit et Kahemba, nous exigeons l’implantation de la banque ici sur place à Kahemba ».
Kahemba a déjà connu ce scénario. Au printemps 2023, les enseignants avaient décrété des « journées sans enseignants » dans plus de 400 écoles de trois sous-divisions du territoire, pour quatre mois d’arriérés. Leur dernier salaire perçu chez Equity BCDC remontait au 22 décembre 2022. Les cours n’avaient repris que le 2 mai 2023, après l’arrivée sur place de la banque. En septembre de la même année, l’intersyndicale des enseignants réclamait de nouveau deux mois, juillet et août. Un responsable national de la banque, sous couvert d’anonymat, avait reconnu le retard auprès de Radio Okapi et l’avait attribué à la réception tardive de certains éléments de paie, dont les listings.
Le dossier Equity BCDC est aussi ouvert au niveau national. Du 9 au 11 septembre 2026, le CSP a réuni les opérateurs de paie pour examiner les retards, les contraintes sécuritaires et les réclamations reçues. Dans le Kwango même, à Ganaketi, dans le territoire de Feshi, la paie avait été suspendue après des incidents qui ont causé d’importants dégâts matériels et la perte des fonds destinés aux salaires. Le CSP a donné à Equity BCDC des instructions formelles pour apurer les salaires qui n’avaient été payés qu’en partie.
À Dekese, autre territoire où les retards persistent, le comité est allé plus loin. Il a demandé à la banque de reverser les fonds au Trésor public, pour qu’ils soient confiés à des opérateurs mieux équipés pour ces zones. Il a aussi demandé aux opérateurs d’éviter les paiements manuels ou par procuration, contraires aux principes de la bancarisation, et de garder assez de liquidités auprès des points et agents bancaires sur le terrain.
À Popokabaka, territoire voisin de Kahemba dans la même province, il n’y a pas eu cours depuis la rentrée du 1er septembre. Les enseignants y ont déclaré une grève sèche le mercredi 23 septembre pour les salaires de juin et de septembre 2026, et réclament un changement d’agent payeur. Leur paie passe par Caritas, dont le responsable local avait assuré que seul le salaire de juin n’avait pas encore été rendu disponible par le gouvernement central. Dans la version de l’opérateur, le blocage se situait donc en amont, à Kinshasa.
Plus à l’est, à Kindu, dans le Maniema, les agents du Service d’assistance et d’encadrement de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (SAEMAPE) ont bloqué l’accès à leurs bureaux le 7 octobre pour réclamer leurs salaires impayés. « Il y a des agents qui réclament deux mois. Il y a ceux qui réclament douze mois », a déclaré leur porte-parole, Marcel Kasongo Tambwe.
À Kahemba, l’ultimatum expire le jeudi 15 octobre. Les syndicats le posent à la banque, mais c’est aux autorités provinciales et nationales qu’ils demandent d’intervenir. En 2023, les enseignants du territoire réclamaient la résiliation du contrat avec Equity BCDC au profit de Caritas ou d’une autre banque. Pour Dekese, c’est la voie que le CSP a choisie en septembre : faire reverser les fonds au Trésor et les confier à un autre opérateur.
Œil d’Afrique