Onze jours après la démolition du marché Mzee Kabila de Lubumbashi, ses vendeurs n’ont pas encore de place. Au marché de Kamalondo, l’un des quatre sites désignés pour les accueillir, une centaine d’étals en bois sont posés et numérotés, les toilettes ne sont pas terminées et l’administration du marché n’annonce aucune date d’ouverture.
Nana Kabulo tenait son commerce au marché Mzee Kabila, sur l’avenue Lumumba, au centre de Lubumbashi. Le jeudi 1er octobre, le marché a été démoli sous la surveillance des militaires des FARDC et de la Police nationale congolaise. « J’ai perdu toutes mes marchandises au marché Mzée le jour de la démolition. Je vendais des habits de toutes sortes. J’ai eu un jeton et j’attends une place au marché de Kamalondo », raconte-t-elle.
Ce jeton doit lui ouvrir une place ailleurs. Samedi 10 octobre, un reporter de Radio Okapi a trouvé à Kamalondo une centaine d’étals déjà alignés et numérotés, des dépôts encore inachevés et des finitions en cours aux toilettes et aux fosses septiques. L’administratrice du marché, Chantal Kanin, assure que les commerçants « devraient bientôt occuper les lieux », sans avancer de jour.
Kamalondo revient de loin. Le marché avait été ravagé par un incendie en 2022, et c’est le gouvernement provincial du Haut-Katanga qui a engagé sa réhabilitation. « Nous avons fait quatre ans depuis l’incendie de ce marché. Ces femmes ont beaucoup souffert, elles ont travaillé dans de mauvaises conditions », rappelle Chantal Kanin.
Le marché démoli, lui, n’avait rien d’un petit marché de quartier. Construit en 1997, Mzee Kabila était l’un des principaux centres de négoce de Lubumbashi. L’administration y comptait plus de 15 000 commerçants, les représentants des vendeurs près de 17 000. Pour les reloger, le gouvernement provincial a désigné quatre sites : le marché central de la Ruashi, celui de Kamalondo, celui de Kaseba et le marché de la Plaine, dans la commune de Kampemba.
Le calendrier a glissé plusieurs fois. Mi-juillet, une première notification écrite donnait une semaine aux vendeurs pour partir, alors qu’aucun site d’accueil n’avait encore été annoncé. Le lundi 20 juillet, des milliers d’entre eux ont marché jusqu’à l’Assemblée provinciale du Haut-Katanga pour y déposer un mémorandum. Ils ne refusaient pas la modernisation, ils demandaient que le nouveau marché soit construit ailleurs. Le questeur de l’Assemblée, Hamed Mukuna, a promis de transmettre leurs revendications.
Début août, une réunion présidée par le gouverneur intérimaire, Martin Kazembe Shula, a fixé au 20 août la date limite pour libérer le site et réparti les vendeurs entre les quatre marchés. Beaucoup craignaient alors de perdre leur clientèle et leurs revenus à l’approche de la rentrée scolaire et de ses dépenses. La démolition est finalement intervenue six semaines après cette échéance.
Sur l’emplacement de l’avenue Lumumba, les autorités provinciales promettent un marché moderne : modules de vente, aires de chargement, installations sanitaires et une gestion plus stricte.
Pour Nana Kabulo et ceux qui tiennent le même jeton, l’attente se compte d’abord en jours : celui où Kamalondo ouvrira ses étals, et le nombre de vendeurs qui y trouveront une place.
Œil d’Afrique





































