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Maroc : Le gasoil grimpe d’un dirham, 59 centimes séparent deux pompes de Casablanca

Au Maroc, le prix du gasoil a encore augmenté le dimanche 1er novembre 2026, mais pas de la même façon partout. À Casablanca, le litre s’affiche à 16,99 dirhams dans les stations TotalEnergies, qui ont appliqué une hausse d’un dirham, et à 16,40 dirhams chez Afriquia. Entre ces deux pompes de la même ville, l’écart atteint 59 centimes par litre. L’essence, elle, baisse de 10 à 30 centimes selon l’enseigne et reste moins chère que le gasoil.

Bertrand Soubeyrand, Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0

Au Maroc, le prix du gasoil a encore augmenté le dimanche 1er novembre 2026, mais pas de la même façon partout. À Casablanca, le litre s’affiche à 16,99 dirhams dans les stations TotalEnergies, qui ont appliqué une hausse d’un dirham, et à 16,40 dirhams chez Afriquia. Entre ces deux pompes de la même ville, l’écart atteint 59 centimes par litre. L’essence, elle, baisse de 10 à 30 centimes selon l’enseigne et reste moins chère que le gasoil.

Ce dimanche matin, les relevés faits dans les stations de Casablanca donnaient le gasoil à 16,89 dirhams chez yoom, à 16,95 dirhams chez Winxo, Shell et Petromin Oils. Sur l’essence, l’écart est encore plus large : 70 centimes entre yoom, à 14,99 dirhams, et TotalEnergies, à 15,69 dirhams. Dans d’autres villes du royaume, le gasoil passe désormais la barre des 17 dirhams.

Un écart que les gérants de stations n’avaient jamais vu

La veille, les consignes envoyées aux stations annonçaient déjà des hausses différentes selon les distributeurs : un demi-dirham chez l’un des plus grands opérateurs, environ un dirham chez un autre. Une source de la Fédération nationale des propriétaires et gestionnaires de stations-service a confié à Hespress que ce « grand écart » avait « suscité un large étonnement », et que « le marché national n’avait encore jamais connu un écart de prix de cette ampleur entre les sociétés distributrices ». Certains professionnels se demandaient s’il ne s’agissait pas d’une erreur technique.

L’écart n’a rien d’illégal. Depuis la libéralisation de 2015, chaque distributeur fixe ses prix. Mais au Maroc, les révisions se faisaient jusqu’ici presque au même moment et dans les mêmes proportions chez toutes les enseignes. Le 1er novembre montre, pour la première fois de façon aussi nette, des stratégies distinctes d’un réseau à l’autre.

L’autre bascule est installée depuis l’automne : le gasoil coûte plus cher que l’essence. Le différentiel atteint 1,90 dirham par litre chez yoom, 1,57 dirham chez Winxo, Shell et Petromin Oils, 1,30 dirham chez Afriquia et TotalEnergies. Pendant des années, le gasoil moins cher a fait du diesel le carburant dominant du parc automobile marocain, celui des camions comme des bateaux de pêche. C’est donc le carburant le plus utilisé qui monte le plus.

Plus de quatre dirhams depuis la mi-juillet

La hausse du 1er novembre s’ajoute à une série. Depuis la mi-juillet, le gasoil a augmenté six fois : environ 69 centimes le 16 juillet, un dirham début août, 65 centimes à la mi-août, 6 centimes le 1er septembre, 34 centimes le 16 septembre, 80 centimes le 1er octobre. Une seule baisse, de 20 centimes, est intervenue dans la nuit du 15 au 16 octobre. Avec la révision de dimanche, le litre a pris environ 4,1 à 4,3 dirhams en un peu plus de trois mois selon l’enseigne.

Le prix suit le marché mondial, avec un décalage d’une quinzaine de jours, le temps que les cargaisons achetées arrivent. Or le baril de Brent a clôturé à 117,64 dollars le vendredi 30 octobre, son plus haut niveau de clôture depuis la fin avril, sur fond de craintes pour les approvisionnements qui transitent par le détroit d’Ormuz.

Le coût se voit déjà hors des stations. Le 26 octobre, la Chambre des pêches maritimes de la Méditerranée a écrit au gouvernement pour demander une intervention urgente : dans les ports du nord et du nord-est, plusieurs bateaux de pêche ont cessé de sortir, faute de rentabilité avec le prix actuel du gasoil marin. La Chambre demande un plafonnement de ce prix ou une aide directe aux armateurs. Les transporteurs touristiques réclament de leur côté un plan d’urgence, et le gouvernement continue de verser une aide exceptionnelle aux professionnels du transport.

Qui fixe le prix, et qui contrôle la marge

Le marché des carburants marocain porte une histoire lourde. Le 23 novembre 2023, le Conseil de la concurrence a clos le dossier d’entente sur les prix ouvert contre neuf sociétés de distribution et leur organisation professionnelle, le Groupement des pétroliers du Maroc, par des transactions d’un montant total de 1,84 milliard de dirhams. Les sociétés ont aussi pris des engagements, dont le Conseil a prévenu qu’il sanctionnerait le non-respect.

Depuis, le Conseil publie un suivi trimestriel des prix et des marges, et un rapport annuel sur les performances financières des distributeurs, dont celui de l’exercice 2025 est paru en juillet. Mais ces documents arrivent avec plusieurs mois de retard sur la pompe : début octobre, le prochain rapport attendu portait encore sur les données du mois de juin. L’automobiliste qui paie 59 centimes de plus d’une station à l’autre n’a aucun moyen de savoir quelle part de cet écart est un coût d’achat et quelle part est une marge.

L’outil prévu pour plafonner les prix est l’article 4 de la loi sur la liberté des prix et de la concurrence. Il ne relève pas du Conseil. « Cette initiative ne relève pas des compétences du Conseil et ne peut émaner de lui », a rappelé son président, Ahmed Rahhou, début octobre, en précisant que le gouvernement d’Aziz Akhannouch n’avait adressé, sur toute la législature qui s’achève, aucune demande de plafonnement des prix des carburants.

L’impôt à 40 %, et la question de qui le paiera

Le gouvernement a choisi une autre voie. Le projet de loi de finances 2027, présenté au Parlement le 23 octobre, porte l’impôt sur les sociétés de 35 % à 40 % pour les importateurs et distributeurs d’hydrocarbures dont le bénéfice net annuel atteint au moins 100 millions de dirhams. La mesure entrerait en vigueur le 1er janvier 2027 si le texte est adopté. Elle vise les groupes qui dégagent les plus gros bénéfices, dans un secteur où une poignée d’opérateurs tiennent l’essentiel du marché.

Taxer le bénéfice ne dit rien du prix. Un distributeur qui veut protéger sa rentabilité peut reporter tout ou partie de ces cinq points d’impôt sur le litre vendu, et rien dans le projet ne l’en empêche. Les écarts du 1er novembre montrent au passage que chaque enseigne dispose d’une marge de manœuvre réelle sur ses prix.

Trois échéances diront si la pompe marocaine se calme. La prochaine révision est attendue à la mi-novembre, et elle suivra le Brent de fin octobre. Le vote de la loi de finances fixera le sort de l’impôt à 40 %. Et le prochain rapport du Conseil de la concurrence dira, avec ses mois de retard, ce que les distributeurs ont gagné pendant l’été où le gasoil a pris quatre dirhams.

Œil d’Afrique

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