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RDC : Butembo et Beni ferment boutique contre une taxe que le gouvernorat avait suspendue

Deux jours de grève à Butembo : les galeries commerciales de la ville sont restées fermées le lundi 2 et le mardi 3 novembre 2026. Les opérateurs économiques du Nord-Kivu y protestent contre la pression fiscale d’une dizaine de services publics et parapublics, une semaine après une fermeture comparable à Beni. Au centre du conflit, la taxe professionnelle annuelle, dont les commerçants rappellent que le gouverneur militaire avait annoncé la suspension par une lettre du 10 septembre 2025.

Glooh, Wikimedia Commons · CC BY 3.0

Deux jours de grève à Butembo : les galeries commerciales de la ville sont restées fermées le lundi 2 et le mardi 3 novembre 2026. Les opérateurs économiques du Nord-Kivu y protestent contre la pression fiscale d’une dizaine de services publics et parapublics, une semaine après une fermeture comparable à Beni. Au centre du conflit, la taxe professionnelle annuelle, dont les commerçants rappellent que le gouverneur militaire avait annoncé la suspension par une lettre du 10 septembre 2025.

La grève avait pourtant été annulée. Le samedi 31 octobre, les représentants des commerçants avaient rencontré l’abbé Patrick Kasolene, conseiller du gouverneur militaire du Nord-Kivu, au bureau de liaison du gouvernorat à Butembo, et l’annulation du mouvement avait été annoncée à l’issue de la rencontre. Le lundi matin, les portes sont restées closes. Une nouvelle rencontre avec le maire de la ville n’a rien débloqué.

« Il y a surtaxation sur terrain, il y a menace de services sur terrain, notamment la DGI qui est en train de nous menacer par rapport à des régularisations qui ne sont pas fondées », a déclaré Patrick Tsongo, porte-parole occasionnel des associations et syndicats des opérateurs économiques de Butembo, au deuxième jour de la grève. Selon lui, ni les chefs de services ni le maire n’ont été « capables de trouver des réponses » aux propositions des commerçants, qui demandent désormais l’intervention du gouverneur militaire lui-même.

La liste des services mis en cause dit l’ampleur du différend. Les commerçants visent la Direction générale des impôts (DGI), la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD), la Direction générale des recettes du Nord-Kivu (DGRNK) et la Direction générale des douanes et accises (DGDA). Ils citent aussi les services de l’Environnement, du Tourisme et de l’Économie, l’Inspection du travail, la Société nationale d’assurances (SONAS), la Société congolaise des droits d’auteur et des droits voisins (SOCODA) et les services des Postes, télécommunications et nouvelles technologies.

À ces impôts s’ajoutent les contrôles. Les petits commerçants de Butembo dénoncent les vérifications faites directement sur leurs lieux de vente. Selon les opérateurs économiques, certains montants exigés seraient passés de 10 000 à 50 000 francs congolais, et d’autres de 50 000 à 200 000, voire 300 000 francs congolais.

Le mouvement de Butembo prolonge celui de Beni, à une cinquantaine de kilomètres au nord. Là, ce sont les pharmaciens qui ont suspendu leurs activités les premiers, après la fermeture de plusieurs grandes pharmacies du marché central de Kilokwa par les services de l’ordre, sur instruction des autorités fiscales. Les commerçants ont suivi à partir du lundi 26 octobre, contre la taxe professionnelle annuelle, l’impôt sur les bénéfices et profits, la TVA et plusieurs déclarations fiscales. Ils invoquaient les pertes subies dans une région frappée depuis des années par les attaques armées et les pillages.

Le jeudi 29 octobre, une réunion convoquée par l’autorité provinciale a abouti à un compromis provisoire : une commission de vérification sur la taxe professionnelle annuelle, la reprise progressive des activités, et l’ordre de desceller toutes les maisons commerciales fermées pendant le conflit. La commerçante Sifa Musayi a résumé la défiance qui demeure : « Nous avons une assurance à moitié, car nos portes sont encore scellées. La vraie solution n’est pas encore là. »

Le différend n’a rien de nouveau. Le 4 novembre 2019, le gouverneur du Nord-Kivu Carly Nzanzu Kasivita avait suspendu en Conseil des ministres provincial la perception de la taxe professionnelle annuelle, qualifiée alors d’illégale, et fait rouvrir les boutiques scellées pour non-paiement à Goma. Le député provincial de Butembo Promesse Matofali soutenait que la loi du 13 mars 2018 fixant la nomenclature des impôts des provinces et des entités décentralisées ne prévoit qu’un droit d’ouverture payé une seule fois, et non une taxe annuelle.

En octobre 2022, l’intersyndicale des galeries de Butembo avait déjà fermé les complexes commerciaux du centre-ville pour dénoncer la surtaxation, au point que des pharmacies n’ouvraient plus qu’à partir de 15 heures.

Sept ans après la première suspension, la même taxe ferme à nouveau les mêmes villes. Les commerçants de Beni rappellent que la taxe professionnelle annuelle avait été allégée sous l’ancien gouverneur militaire, et s’étonnent que des entités fiscales décentralisées continuent de la percevoir. Le conflit porte moins sur le montant que sur la valeur d’une décision du gouvernorat, face à des services qui encaissent sans la suivre.

La pression fiscale touche aussi la frontière. À Kasindi, poste frontalier avec l’Ouganda par où transite une grande partie des marchandises de Beni et de Butembo, des opérateurs économiques signalent des camions bloqués depuis près d’un mois après l’augmentation des taxes et des frais douaniers.

À Beni, la commission de vérification n’a pas encore rendu ses conclusions. À Butembo, la grève continue en attendant une réponse du gouverneur militaire. Les deux villes du Grand Nord, premiers pôles commerciaux de la partie de la province restée sous contrôle de Kinshasa depuis la chute de Goma en janvier 2025, attendent de savoir qui, du gouvernorat ou des services percepteurs, a le dernier mot sur l’impôt.

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