Environ 5 000 militaires occupent encore des sites miniers du Lualaba et du Haut-Katanga, sans compter les policiers, selon un décompte de l’ONG congolaise Justicia publié le 29 octobre 2026. Le 10 juillet, le président Félix Tshisekedi avait pourtant ordonné, en Conseil des ministres, le retrait immédiat des hommes en uniforme présents illégalement sur les sites miniers.
La décision avait été prise à la 94e réunion du Conseil des ministres, à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa. Le compte rendu, lu par le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya, rappelait « l’interdiction stricte de toute occupation ou de tout envahissement de ces sites d’exploitation minière par des militaires ou des éléments des forces de sécurité, en dehors des missions légalement autorisées ». Le chef de l’État y demandait aux vice-Premiers ministres de l’Intérieur et de la Défense, au chef d’état-major général des FARDC et au commissaire général de la police de mettre fin à la militarisation illégale des mines « avec exécution immédiate », et réclamait des sanctions exemplaires.
Huit jours plus tard, le samedi 18 juillet, le général Eddy Kapend, commandant de la 22e région militaire, annonçait à Kolwezi le retrait des soldats déployés à Kisankala, un site minier du territoire de Lubudi, dans le Lualaba. « Il est interdit aux militaires d’aller dans les mines perturber la production », déclarait-il, en présentant l’opération comme une première phase appelée à s’étendre à d’autres sites de la province. Kisankala se trouve dans une zone de concessions liées à Comide et à Swanmines, deux sociétés du groupe Eurasian Resources Group (ERG).
Pour Justicia, l’annonce n’a pas été suivie d’effet. À la mi-octobre, son président, Timothée Mbuya, affirmait que la décision était « restée lettre morte ». Le 9 octobre, le gouvernement avait pourtant suspendu le commissaire provincial de la police du Lualaba et le commandant de la Légion nationale d’intervention, après le déploiement de policiers chez RMC Mining, à Kolwezi.
Le décompte publié le 29 octobre place la Garde républicaine en tête des unités présentes sur les sites, devant les éléments de la 22e région militaire et ceux de l’auditorat militaire. « Il se trouve à peu près 5 000 militaires sur les sites miniers à travers la vaste étendue du Grand Katanga », a déclaré Timothée Mbuya, avant d’ajouter que ce chiffre ne compte pas les policiers. Il s’agit d’une estimation de l’ONG, établie à partir des observations de ses moniteurs.
Au Lualaba, Justicia cite plusieurs carrières de la concession de Boss Mining, parmi lesquelles Kakanda Nord, Mupampala et Menda. Sur la concession de Comide, l’organisation affirme que 80 % du périmètre est occupé par des militaires, à Kisankala et à Kamasani, et que certains y auraient été déployés sur décision de la justice militaire. L’accès aux sites militarisés exigerait, toujours selon l’ONG, une autorisation de la haute hiérarchie militaire.
« Les unités de défense et de sécurité n’ont aucune compétence pour s’immiscer dans l’exploitation minière artisanale ou industrielle », insiste Timothée Mbuya. Justicia avertit que le cuivre et le cobalt extraits sous la garde d’hommes en armes risquent d’être assimilés à des minerais produits sur fond de violations des droits humains.
La mesure de juillet n’était pas la première. Une interdiction comparable avait été annoncée en 2022 par le vice-ministre de l’Intérieur de l’époque, Jean-Paul Molipe. Le compte rendu du 10 juillet renvoyait lui-même à des instructions données lors d’une réunion antérieure du Conseil des ministres.
La question posée par le dossier dépasse le Katanga. Une instruction présidentielle à exécution immédiate, transmise aux deux ministres et aux deux chefs des forces concernés, a produit en quatre mois une annonce de retrait sur un site et une suspension dans la police. Reste à savoir qui, à Kinshasa, rendra compte site par site de ce qui a été retiré.
Œil d’Afrique






































