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    Mali : la transition à l’épreuve du temps et des armes

    Goita
    Cinq ans après le coup d’État d’août 2020 qui a mis fin au régime d’Ibrahim Boubacar Keïta, le Mali navigue dans des eaux dont personne ne voit clairement la rive. Les autorités de transition ont fait de la sécurité leur condition préalable à tout retour à l’ordre constitutionnel. Mais l’année 2025 a mis cette équation à rude épreuve : Bamako elle-même a subi un siège djihadiste de plusieurs semaines, et le calendrier électoral reste sans date. Ce que 2026 réserve au pays dépendra autant de l’évolution militaire sur le terrain que des choix politiques d’un pouvoir qui joue une partie dont les règles n’ont cessé de changer.

    Un paysage politique en recomposition profonde

    Entre avril et juillet 2025, les partis politiques ont été interdits et le général Assimi Goïta a été élevé au poste de président jusqu’en 2030, sans passage par les urnes. Des assises nationales tenues en avril 2025, boycottées par la majorité des formations politiques, avaient proposé de nommer Goïta président pour cinq ans, renouvelables, et de dissoudre les partis. Quelques jours plus tard, des centaines de manifestants se réunissaient devant le palais de la culture à Bamako pour réclamer la fin de la transition avant le 31 décembre 2025.

    En mai 2025, une loi abolissant le multipartisme a été adoptée. En juillet, le parlement de transition a accordé à Goïta un mandat de cinq ans, renouvelable autant de fois que nécessaire.

    Des partis majeurs comme l’Adema-PASJ, le Parena, Alternative pour le Mali avaient tiré la sonnette d’alarme dès janvier 2025 : la période de transition durait « bientôt cinq ans, soit autant qu’un mandat électoral », et le peuple était « délibérément maintenu dans le flou ». Leur dissolution a depuis rendu cette critique plus difficile à formuler dans un cadre légal.

    La sécurité invoquée, la sécurité mise à l’épreuve

    L’argument central des autorités depuis le début est connu : pas d’élections sans sécurité. L’année 2025 a donné à cet argument une résonance nouvelle, pas dans le sens attendu.

    Depuis septembre 2025, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) assiège la capitale. Le groupe a coupé les routes d’approvisionnement en carburant, perturbé les transports et l’électricité, contraignant les autorités à fermer provisoirement écoles et universités.

    Le blocus a coupé les routes commerciales, affamé les villes et mis à rude épreuve la présence de l’État. L’armée se retrouve dispersée, les renforts tombent dans des embuscades sur des axes mal maîtrisés, et des décennies de distance entre les forces de sécurité et les populations rurales ont fragilisé les réseaux de renseignement.

    En janvier 2026, le siège s’est partiellement desserré : les stations-service ont rouvert, la circulation a progressivement repris. Mais la situation a laissé des traces. À Bamako, des habitants décrivent des semaines d’angoisse. « On allait chercher du carburant à l’aube pour espérer en trouver. Les lycées étaient fermés. On se demandait qui gouvernait vraiment », témoigne un commerçant du marché de Médina-Coura, rapporté par des correspondants locaux en octobre 2025. Pour les analystes, le JNIM ne cherche pas seulement à fragiliser le gouvernement militaire. Il cherche à le remplacer.

    Ce que 2026 dit de la suite

    Pour des observateurs maliens, 2026 ne sera pas une année électorale, mais elle pourrait marquer une étape dans le retour à la vie politique. Goïta a annoncé dans son message du Nouvel An l’ouverture d’un dialogue autour d’une nouvelle charte des partis politiques. Ce que cela impliquera concrètement les formations inféodées au pouvoir, pluralisme encadré ou vrai multipartisme reste à définir.

    La révision du fichier électoral engagée par l’Autorité indépendante de gestion des élections est lue par certains comme un signe tangible d’un retour progressif à l’ordre constitutionnel, même si la question d’un calendrier clair et accepté par tous demeure ouverte.

    Pour Niagalé Bagayoko, présidente du réseau African Security Sector Network, interrogée par RFI fin 2025, la dissolution des partis complique davantage qu’elle ne facilite ce retour. « On ne construit pas une démocratie sans les acteurs qui la portent. Supprimer les partis, c’est supprimer les intermédiaires entre l’État et les citoyens. »

    Plus de 737 000 Maliens étaient déplacés à l’intérieur et à l’extérieur du pays fin août 2025, et 1,5 million de personnes faisaient face à une grave insécurité alimentaire.  C’est dans ce contexte que la question du retour à la vie constitutionnelle se pose.

    Ce que veulent les Maliens

    Une enquête d’opinion réalisée en 2023 par la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung indiquait qu’une très large majorité de citoyens maliens se déclaraient satisfaits du régime de transition. Ce chiffre s’explique en partie par la défiance accumulée envers les gouvernements civils qui ont précédé, perçus comme corrompus et incapables de contenir la violence. La junte a su capter cette colère. Ce que l’enquête ne mesurait pas, c’est ce que les Maliens pensent aujourd’hui, après des mois de carburant rationné, d’écoles fermées et de leaders d’opposition portés disparus.

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