Interview


JusticeRwanda

Interview – Donatien Kabuga : « Disons-nous les vérités, même celles qui fâchent »

Dans trois mois devrait se tenir l’ouverture du procès de Félicien Kabuga devant le Mécanisme international appelé à exercer les fonctions résiduelles du Tribunal pénal international pour le Rwanda. Ce moment devrait marquer l’épilogue d’une affaire qui a débuté il y a 26 ans et qui se situe au confluent de nombreux problématiques. Donatien Kabuga, revient pour Oeil d’Afrique sur les enjeux de ce procès qui s’annonce d’ores et déjà historique. Il nous révèle l’état de santé fragile de son père, les difficultés rencontrées avec leur avocat et lève le voile sur sa lecture des accusations faites à son père. Interview avec Donatien Kabuga, fils de Félicien Kabuga, l’un des fugitifs les plus célèbres du 21e siècle.

Oeil d’Afrique : Votre père, Félicien Kabuga est une importante figure au coeur du jeu politique rwandais, aussi bien avant qu’après le génocide. Parlez-nous de l’homme. Quel est son parcours ?

Donatien Kabuga : Jusqu’à ce jour, mon père est l’objet de fantasmes et de manipulations en tout genre. Contrairement à ce que le régime de Paul Kagame veut faire croire, mon père n'était pas une figure politique avant le génocide. Mon père est né au début des années 1930. Il est originaire de de la commune de Mukarange qui se situe dans l’ancienne préfecture de Byumba.  Ayant vu le jour dans une famille modeste, il n’a pas eu la chance de fréquenter l’école. Il a appris par lui-même à lire et à écrire. C’est un « self-made man » qui, parti de presque rien, a bâti un patrimoine respectable.

Comment est-il parvenu a construire ce patrimoine ?

Son premier franc, il l’a gagné à l’âge de douze ans, en vendant une corbeille qu’il avait tressée de ses propres mains. Petit à petit, il a réalisé des économies qui lui ont permis de passer à la vente de sel au marché. En 1955, il a obtenu l’inscription tant convoitée au Registre de Commerce. Il a alors construit une maison dans le centre de négoce de Rushaki dans la Commune de Kiyombe dans la préfecture de Byumba pour y exercer son commerce. 

C’est de là que votre père s’est ouvert la voie de la conquête de l’économie rwandaise ?

Effectivement. Au début des années 1970, il s’est installé à Kigali où il venait d’achever la construction d’une maison à étage. Elle faisait à la fois office de magasin pour son commerce et d’habitation pour la famille. C’est également à partir de ce moment qu’il est devenu importateur. D’abord de fripes en provenance de la Hollande, des Etats-Unis et de la Belgique. Puis de biens de grande consommation importés, d’Amérique, d’Europe, d’Asie et d’Afrique. En plus du commerce d'import-export, mon père a investi dans de nombreux autres secteurs de l’économie comme le transport et la logistique, l’agro-industrie et l’immobilier. 

LA PROXIMITÉ AVEC LE PRESIDENT HABYARIMANA

Chaque fois qu’on présente votre père, on mentionne toujours en lettres capitales qu’il était un proche du président Habyarimana et de son régime. Quelle était la nature de leur relation et à quand remontait-elle ?

Avant sa prise de pouvoir en 1973, mon père ne connaissait pas le président Habyarimana qui était un jeune officier supérieur. À l’époque mon père faisait déjà parti des plus importants commerçants du pays, il devait même très certainement être le premier.

Ils se sont rencontrés pour la première fois lorsque le président Habyarimana s’est présenté au magasin de mon père pour une inspection inopinée. 

Des rumeurs malveillantes circulaient sur le fait que mon père importerait de la marchandise sans la déclarer à la douane donc le président Habyarimana souhaitait marquer le coup avec une sorte d’opération « tolérance zéro ». Après avoir présenté tout ses papiers en ordre mon père a pu poursuivre son commerce. 

Contrairement à ce que les rumeurs laisseraient entendre, mon père n’a jamais bénéficié d’aucune largesse, d’aucun avantage. C’était déjà un importateur prospère avant l’avénement au pouvoir de Habyarimana. Dans les années 1980 les deux ont été amené à se côtoyer davantage en raison de leur positions respectives. Mais il n’y a rien d’anormal, dans tous les pays du monde les élites sont amenées à se côtoyer. Mon père était dans le strict respect de la loi. 

Toutefois, les rumeurs sont tenaces en raison du mariage de deux de mes soeurs avec des fils du président Habyarimana. 

Tout de même, un mariage entre deux familles n’est jamais anodin. Alors vous pouvez comprendre que deux mariages dans des familles aussi importantes puissent pour le moins susciter des interrogations ?

Le premier mariage a eu lieu en décembre 1992. À cette période, le président Habyarimana était vivement critiqué. De nombreuses personnes lui tournaient le dos, en somme il était dans une situation plus que délicate. Si une personne avait voulu avoir des avantages de la part du président Habyarimana, ce n’était vraiment pas la période propice.

Sauf si le mariage venait graver dans le marbre des rapports qui existaient déjà et qui auraient permis à Félicien Kabuga d’obtenir des faveurs antérieurement.

Pas du tout. D’ailleurs je ne vois pas de quelles faveurs mon père aurait eu besoin. Comme je l’ai dit, il était déjà prospère avant l’arrivée au pouvoir du président Habyarimana. Donc ce n’est pas grâce à lui que mon père est arrivé là où il est.
Ensuite, le deuxième mariage a eu lieu en 1996. Le président Habyarimana était décédé depuis 2 ans et nous avions déjà quitté le Rwanda.
Dites-moi alors quels sont les avantages recherchés alors que le président Habyarimana n’est plus. Tout cela fait parti des fantasmes et de la manipulation de l’opinion. La vérité est simple. Les enfants Habyarimana et les enfants Kabuga se sont fréquentés, se sont entendus, se sont appréciés et se sont mariés, de la manière la plus naturelle qui soit.

Félicien Kabuga aurait joué un rôle central au sein de l’Akazu dont on rapporte qu’elle était particulièrement chargé de préparer la milice Interahamwe à l’offensive contre les Tutsi. Comment expliquez-vous que votre père tient toujours une place de choix dans les cercles d’influence du pouvoir d’alors ?

Vous aimeriez que je vous dise que mon père participait à des activités répréhensibles alors que moi je vous livre la réalité dont j’ai été le témoin. Au delà de ma parole, mon père est unanimement reconnu comme étant un homme d’affaires honnête. Même dans les accusations mensongères qui ont été faites à l’encontre de mon père, sa probité n’a jamais été remise en question.

Pour en venir à l’Akazu, c’est également un dossier fondamental pour comprendre la différence entre la propagande médiatique et la réalité des faits. A ce sujet l’acquittement de M. Zigiranyirazo, ancien préfet de Ruhengeri et beau-frère du président Habyarimana, par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) est éloquent. L’accusation principale qui lui était faite portait sur sa prétendue appartenance à l’Akazu qui est présenté comme une espèce de syndicat du crime. Par cet acquittement, la justice a purement et simplement fait tomber ce concept qui n’est pas fondé et dont aucune preuve n’a pu démontrer l’existence. 

Il est aujourd’hui clair que l’Akazu est un concept pour manipuler l’opinion et qui renforce le fantasme autour de l’ancien pouvoir. Certains anciens opposants au régime Habyarimana en sont venus à reconnaitre l’invention de ce terme pour dénigrer le pouvoir de l’époque.

ARGENTIER DU GENOCIDE

Au début de la guerre de 1990, les occidentaux avaient tourné le dos au régime Habyarimana qui devait recourir à un financement local de la guerre. Félicien Kabuga a-t-il été sollicité pour participer à l’effort de guerre ?

Non. Ça n’a jamais été le cas. Dans l’imaginaire collectif, mon père été tellement riche qu’il était en mesure de financer à lui seul un État. Ce n’est évidemment pas le cas.  L’immense majorité de la fortune de mon père se situait dans son patrimoine immobilier et dans ses stocks de marchandises. Il avait également des liquidités non négligeables, mais pas de quoi financer une État. Il a plutôt était sollicité par le FPR.

Si votre père ne possédait pas de liquidités hors du commun, qu’est-ce qui aurait poussé le FPR à le solliciter comme vous l’avez affirmé ? Et comment est-ce que la rébellion de l’époque est entrée en contact avec Félicien Kabuga ?

Il est de notoriété publique que de nombreux commerçants ont clandestinement financé le FPR. Chacun donnait ce qu’il pouvait à leur cause. Qui une chèvre, qui 10% de son salaire. 

En ce qui concerne mon père, peu après le début de la guerre en 1990, lors d’un d’un de ses voyages au Kenya, un commerçant Tutsi qui avait fui le pays est venu le voir et lui a fait savoir que le FPR aimerait qu’il cotise à leur cause. C’est un commerçant a qui mon père à mis le pied à l’étriller comme il aimait le faire pour de jeunes commerçants dynamiques qu’ils soient Hutu, Tutsi ou Twa. Il ne faisait aucune distinction. 

Donc, votre père aurait refusé de soutenir le FPR ?

Il faut comprendre que nous sommes originaires de Byumba dans le nord du Rwanda. C’est par là que s’est faite l’incursion de l’Armée patriotique du Rwanda (APR), le bras armé du FPR. Dans son avancée, l’APR a commis des massacres de populations épouvantables si bien qu’en 1994, il y avait à Nyacyonga, aux portes de Kigali, un million de déplacés de guerre venant de Byumba et de sa région. 

Pour qu’il y ait un million de déplacés, c’est que les gens ont fui la terreur et ça ce n’est pas dit souvent. Nous étions touchés directement par ce qui se passait puisque une grande partie de notre famille vivaient désormais à Kigali avec nous. 

Mon père ne pouvait pas aider des gens qui venaient en tuant la population. Mon père a dit à son interlocuteur à Nairobi : « si vous venez en paix, je vous aiderai, comme je t’ai aidé dans ton commerce ». Ce a quoi il a répondu : « si nous arrivons à Kigali, nous n’aurons plus besoin de ton aide ».

Néanmoins, dans son avancée, le FPR avait capturé notre village natal et utilisait la maison familiale comme quartier général. Mon père leur a donc dit que l’occupation de cette maison pouvait être considérée comme sa contribution. Une façon d’avoir la paix sans cautionner leur action militaire. À partir de ce moment là, le FPR l’a mis sur la liste des personnes indésirables.

Il y a peu, par manque de preuves, le procureur a abandonné l’accusation qui faisait de votre père l’argentier du génocide puisqu’elle l’accusait d’avoir financé l’importation massive de machettes en préparation du Génocide. Pensez-vous que c’est une avancée favorable pour votre père ?

Bien sûr. Cela consacre notre ligne depuis le début. Le récit du régime de Kagame s’effrite avec le temps comme tout ce qui est dit est facilement vérifiable. Vous voyez que l’accusation est abandonnée au moment fatidique puisqu’ils savant qu’ils ne peuvent trouver aucune preuve.

D’autre part, de nombreuses études comme le rapport Tissot vont dans le même sens et affaiblissent irrémédiablement la thèse de l’importation de machettes en vue de la préparation du génocide.

La démonstration en justice de l’inexistence de l’Akazu et l’abandon des charges d’importation des machettes en vu de préparer le génocide fracturent fortement le récit du régime de Kagame. 

Depuis le génocide de 1994, votre père a été désigné comme le financier du génocide que les Hutu ont perpétré contre les Tutsi. Votre père s’est-il fait une raison pour cette étiquette ?

Bien évidemment, personne ne peut accepter telle ignominie. La propagande a été bien orchestrée dès lors qu’il avait refusé de financer le FPR et qu’ils n’ont pas réussi à l’éliminer à Nairobi. Ils ont utilisé leurs soutiens anglo-saxons pour éviter qu’ils ne viennent réclamer ses biens. J’avoue que cette propagande a été menée d’une main de maitre.

ACTIONNAIRE DE LA RADIO TELEVISION DES MILLE COLLINES (RTLM)

Votre père fait parti des fondateurs de la Radio Télévision Mille Collines (RTLM), un média qui a joué un rôle central dans la propagation de la haine pendant le génocide. N’est-ce pas un élément probant qui accrédite sa participation à la planification des évènements ?

Contrairement a ce qui est laissé entendre, mon père n’était pas l’actionnaire principal de la RTLM puisque son apport se limitait à 1% du capital social souscrit. 

Tout comme ses autres participations dont nous avons parlé, la RTLM représentait pour mon père une opportunité d’investissement dans un secteur d’avenir qui venait tout juste d’être ouvert à la concurrence au Rwanda. Pour rappel, l’idée de la RTLM a germée dans un contexte de mise en oeuvre du Programme d'Ajustement Structurel par le Fonds Monétaire International (FMI) dont l’objectif était d’accroitre la privatisation de l'économie rwandaise. Le secteur médiatique qui était un monopole d’État devenait attractif et c’est dans cette situation que mon père a apprécié l’opportunité commerciale.

À vous écouter, vous dédouanez totalement votre père en affirmant qu’il n’avait aucun pouvoir au sein de la radio…

Tout à fait. Le titre symbolique de Président du comité d’initiative qu’il a reçu ne lui octroyait aucune prérogative particulière. Ni dans l’administration de la société, ni dans le choix des programmes et encore moins sur sa ligne éditoriale de la RTLM. Félicien Kabuga y avait des responsables dans la direction et dans la redaction qui ont été jugés dans ce qui a été appelé « le procès des médias ». 

D’ailleurs il est sans doute bon de préciser que, dans ce procès, les juges de la Cour d’appel sont arrivés à la conclusion que les émissions qui ont été diffusées avant le 06 avril 1994 n’ont aucun rôle dans le fait que le génocide se soit produit.

LE PROCÈS

Le procès de votre père Félicien Kabuga, devant le Mécanisme de l’ONU, démarre dans trois mois. Quel état d’esprit règne auprès de lui ?

Comme vous le savez sans doute, mon père est très âgé et a une santé extrêmement fragile. Depuis qu'il a été arrêté, il a déjà été hospitalisé cinq (5) fois. Il est tellement affaibli qu'il n'a pas pu participer à la réunion de mise en état que le Juge Iain Bonomy voulait organiser par vidéo conférence. Cette réunion s'est finalement faite par écrit, le 9 mars 2021, entre son avocat et le tribunal. Concernant sa condition physique nous sommes plutôt préoccupés. 

D’autre part, la communication avec Me Altit, son avocat, est plus que difficile. Il refuse toute collaboration avec la famille alors que dans l'état actuel de notre père ne lui permet pas de préparer convenablement sa défense. Vous comprenez que dans cette situation, nous sommes d’aider Me Altit dans sa mission. Or, la communication entre la famille et Me Altit a été rompu. 

Pourquoi Me Altit refuse-t-il de bénéficier de votre concours pour constituer le dossier ?

Nous n’en avons pas la moindre idée. Aussi longtemps que notre père n’était pas encore entre les mains du Mécanisme la relation se déroulait parfaitement. Depuis, tout a changé.

Pouvez-vous le récuser ?

Mon père a demandé qu’il y ait un changement d’avocat. Et apparemment, Me Altit a immédiatement demandé à être déchargé de ses fonctions mais le tribunal a refusé.

S’il a fait la démarche mais que le tribunal refuse de le décharger de ses fonctions, que reprochez vous exactement à Me Altit ?

Aujourd’hui mon père est dans un état de santé inquiétant. Nous avons besoin de faire bloc avec les avocats qui défendent mon père. C’est une nécessité car nous avons besoin d’être informé de son état et nous devons préparer au mieux sa défense. En ce qui nous concerne, notre père est aujourd’hui pris en otage, incapable de changer son avocat. 

Est-ce que votre père est autorisé à entrer en contact avec sa famille, à vous téléphoner, par exemple ?

Oui, nous l’appelons  régulièrement mais la conversation ne dure jamais plus d’une minute, tellement il est affaibli. Ce sont des échanges qui nous attristent énormément car nous voyons bien que son état se détériore de jour en jour.  Ça nous inquiète beaucoup.

Félicien Kabuga reste poursuivi pour avoir coordonné “le transport et la distribution” des machettes. Compte tenu de la situation que vous décrivez, quelles sont les chances qu’il puisse se défendre pour tenter de dissocier son nom du funeste souvenir du génocide ?

D’énormes moyens ont été mis en place pour que la communication puisse soutenir les actes d’accusation. Tout cela vise à influencer l’opinion publique. Pas plus tard que l’année passée, un épisode entier de la série "World's Most Wanted" diffusée sur Netflix a été consacré à mon père en reprenant un récit qui le présentait comme la personne qui a importé des machettes en grande quantité pour préparer les massacres. Nous l’avons vu, ce récit ne tient plus du tout pourtant ça n’empêche pas certaines personnes malintentionnées de continuer leur désinformation.   

Néanmoins, nous savons qu’avec le temps la vérité fait son chemin. Les contenus qui hier faisait figure de dogmes comme les livres d’Alison Desforges ou le rapport Galand-Chossudovsky sont aujourd’hui discutés. Nous commençons à nous rendre compte que des pans entiers du récit qui fait office de parole d’évangile n’est pas solide et ne résiste pas à une contre analyse. L’autre point qui selon moi va participer à restaurer la vérité c’est la mise en évidence des multiples falsifications de preuves au TPIR. Là aussi ce point a été mentionné dans le procès des médias.

JUSTICE ET RECONCILIATION

Votre pays commémore cette année le 27eme anniversaire du génocide. La formulation officielle “Génocide contre les Tutsi” représente-t-elle un jugement implicite pour l’ethnie Hutu à la quelle vous appartenez ?

Nous pouvons au moins observer le glissement sémantique au fil des années. D’une formulation inclusive qui prenait en compte toutes les victimes de la tragédie nous en sommes aujourd’hui à une formulation exclusive. Nous pouvons noter également que le président Kagame politise la question pour éviter d’être comptable de ses actes depuis 1990. Les massacres pendant la guerre, ceux après le génocide dans les camps de réfugiés et dans les différentes exactions commises au Congo depuis 1996. Qui peut dire que ce qui se passe au Congo depuis près de 30 ans n’est pas au moins un crime contre l’humanité dont les responsables restent impunis ? 

Il faut sortir du cynisme politique et du « deux poids, deux mesures » car une vie équivaut à une autre et un crime et équivalent à un autre.

Avec du recul, votre père a-t-il un jour exprimé un quelconque regret pour ce qu’il aurait du faire ou pas, avant et durant le désastre ?

Le regret que mon père a toujours exprimé, c’est le drame et l’hécatombe qui se sont abattu sur le Rwanda depuis le 1er octobre 1990. Je pense qu’à ce sujet la quasi totalité des rwandais partagent ses regrets.

La réconciliation est-elle possible alors que le récit des vainqueurs fait office de doctrine ?

Comment pouvez-vous parler de réconciliation sincère quand un jeune chanteur comme Kizito Mihigo parle de compassion pour toutes les victimes et se fait assassiner ? Pouvons-nous parler de réconciliation authentique quand Bahati, un autre chanteur, s’exprime librement pour demander plus d’investissement dans le capital humain plutôt que de mettre en avant les bâtiments ? 

Il y a beaucoup de disparitions, d’assassinats, beaucoup de tueries, c’est un climat totalement irrespirable tout simplement parce que Kagame bénéficie d’une couverture médiatique qui donne une image fausse de la réalité.

Avez-vous une solution alternative pour une réconciliation vraie au Rwanda ?

Ce qui pourrait changer les choses, c’est qu’on parle d’abord de la réalité, qui par définition est multiple et non une. Qu’on reconnaisse le statut de victime à tous les rescapés rwandais, qu’il soit Hutu, Tutsi, Twa. 

Que nous nous disions la vérité, même celle qui fâche… La vérité avant tout, c’est ce qui peut nous sauver nous rwandais mais aussi avec les frère congolais.. Peut-être les congolais ne le savent pas mais nous sommes dans le même bateau, nous sommes victimes du même mal.

Qu’est-ce que vous espérez du procès de votre père ?

J’aurais aimé deux choses que je ne constate pas : un, que le Tribunal qui tient ce procès soit impartial ; deux, que mon père puisse être dans un état de santé qui lui permette de faire face à un procès et ainsi prouver son innocence.

Entretien réalisé par Maghene Deba



Interview