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Coronavirus : Ces Américains qui font la « grève du loyer », la peur au ventre

"Je risque gros, mais je n’ai pas le choix" : Terra Thomas résume ainsi sa décision de faire la grève du loyer, un mouvement naissant aux États-Unis chez les nouveaux chômeurs, pris entre le marteau et l’enclume.

"Je n’ai plus de revenus. Le choix c’était de donner mes dernières économies à mon propriétaire, qui possède une entreprise multi-millionnaire, ou de garder cet argent pour manger et payer mon assurance-santé", raconte cette habitante d’Oakland, dans la baie de San Francisco.

Employée à son compte comme fleuriste événementielle (pour les mariages, notamment), elle dépend entièrement de la reprise des activités de groupe pour retrouver des revenus. Refuser de payer ses 833 dollars de loyer, "c’est une question de bon sens, et de survie", conclut-elle.

En seulement trois semaines, près de 17 millions d’Américains se sont inscrits au chômage.

L’arrêt forcé de l’activité économique, orchestré pour enrayer la progression du Covid-19, a des conséquences dramatiques dans un pays où de nombreux habitants, endettés, vivent sans soupape de sécurité.

En 2018, 40 % des Américains disaient ne pas avoir 400 dollars de côté en cas d’urgence, sans vendre ou emprunter, d’après un rapport de la Réserve fédérale.

Certains petits propriétaires proposent des remboursements échelonnés. Et plusieurs villes et États, parmi lesquels la Californie, ont fait passer des décrets interdisant les expulsions de locataires affectés par la crise liée au coronavirus.

Mais quand le confinement sera levé, le moratoire prendra fin. Il faudra payer les arriérés, ou partir.

Endettement

"Les gens vont accumuler des dettes pendant le confinement et quand ce sera terminé, ils s’épuiseront à rembourser leurs crédits au lieu de reprendre leur vie et de se consacrer à leur avenir", s’indigne Hillary Ronen, une élue municipale de San Francisco.

Ça ne va faire que retarder la reprise, ça n’a aucun sens.

Avec d’autres députés locaux, elle a appelé le gouverneur de la Californie, le Congrès et le président Donald Trump à annuler les loyers et à proroger les remboursements d’emprunts immobiliers pour les propriétaires.

Le plan de relance de l’économie américaine adopté à Washington prévoit des chèques d’environ 1 200 dollars, qui seront versés notamment aux ménages défavorisés et de la classe moyenne.

Mais ils ne suffiront souvent pas à couvrir les dépenses fixes, surtout dans les villes aux loyers surdimensionnés.

À San Francisco, le loyer moyen, pour un appartement avec une chambre, s’élève à près de 3 700 dollars par mois. C’est obscène, continue l’élue.

"Il faut soit distribuer de l’argent en grande quantité aux locataires, soit annuler les loyers. Sinon des personnes et des familles vont se retrouver à la rue, en masse, dans tout le pays", affirme-t-elle.

Environ 2 000 personnes se sont engagées à ne pas payer leur prochaine mensualité auprès de l’ACCE (Alliance of Californians for Community Empowerment), une des associations qui encadrent le mouvement et fournissent une aide juridique aux grévistes.

Survie

Ricky Zepeda a finalement payé 600 des 1 600 dollars duss en avril pour son trois-pièces, à Richmond, dans la baie de San Francisco.

"On s’était mis d’accord avec tout l’immeuble, les 7 appartements, pour faire grève", relate-t-il. Mais les gens ont pris peur, et finalement la moitié ont payé leur loyer, et les autres ont versé au moins une partie.

Sa femme a perdu son emploi, et sa fille de 22 ans ne travaille plus qu’un jour par semaine. Il a donc puisé dans sa pension d’invalidité.

Il ne sait pas ce qu’il fera en mai – "on est en mode survie pour l’instant", soupire-t-il.

La grève ne marchera que si des millions de personnes le font, note Frederick Joseph, fondateur d’une agence de marketing.

Ce New-Yorkais s’est lancé dans un vaste appel aux dons pour aider les familles en difficulté à payer leurs factures essentielles. Depuis le début de la crise, il a déjà récolté et distribué 170 000 dollars.

Lui aussi demande aux gouverneurs à annuler les loyers, parce que les gens ne pourront de toute façon pas payer. Et là, certains s’engageront dans des activités criminelles. C’est vraiment dans le meilleur intérêt des élus d’agir maintenant.

Terra Thomas a commencé dès avril. Ce n’est pas une décision prise à la légère, insiste-t-elle. Je risque l’expulsion, le tribunal… Et sans doute qu’ensuite de futurs propriétaires ne voudront pas me louer leur appartement.

AFP



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