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Les banques africaines s’imposent : le départ des françaises, un tournant historique

Le paysage bancaire africain se transforme profondément. Les grandes banques françaises, longtemps omniprésentes sur le continent, amorcent un retrait progressif, laissant place à des institutions locales de plus en plus puissantes. Ce repositionnement stratégique des banques françaises marque un tournant historique et souligne l’affirmation d’un secteur bancaire africain capable de relever les défis économiques régionaux.

Une présence française en déclin

Les banques françaises, notamment Société Générale, BNP Paribas et Crédit Agricole, ont joué un rôle clé en Afrique pendant des décennies. Leur implantation dans des pays comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Cameroun illustrait leur influence dans le financement des infrastructures et des services bancaires. Par exemple, Société Générale, présente dans 19 pays africains, comptait environ 11 000 employés sur le continent, et ses filiales africaines représentaient environ 7 % de son chiffre d'affaires global.

Cependant, cette contribution, bien que notable, a perdu de son importance à mesure que la concurrence locale et internationale s’intensifiait. En 2022, Société Générale a vendu plusieurs de ses filiales, estimant que la rentabilité de ses activités africaines ne justifiait plus les risques économiques et géopolitiques associés.

L’essor des banques africaines

Parallèlement, des banques locales comme Ecobank, Coris Bank et United Bank for Africa (UBA) prennent le relais. En 2023, Ecobank affichait un total d’actifs de 27 milliards de dollars, opérant dans 33 pays africains et offrant des services adaptés aux besoins des marchés locaux. Ces institutions bénéficient également de l’essor des technologies financières, notamment les plateformes de mobile banking, qui démocratisent l’accès aux services financiers.

M’khuzo Mwachande, banquier d’affaires basé au Cap, souligne l’impact positif de ce retrait :
« Le départ des banques françaises pourrait inciter les banques locales africaines à innover, notamment en répondant aux besoins spécifiques des consommateurs africains en matière de protocoles de connaissance du client (KYC). »

Des perspectives nuancées

Si certains responsables politiques africains voient ce désengagement comme une opportunité, d’autres expriment des préoccupations. Adama Coulibaly, ministre ivoirien de l'Économie, se montre optimiste :
« Nous avons aujourd’hui la capacité et les outils pour combler ce vide. »
En revanche, des experts de la BCEAO alertent sur les défis à court terme, notamment pour le financement des projets d’infrastructure, qui dépendaient fortement des banques françaises.

Un tournant pour l’Afrique financière

Le départ des banques françaises ne signe pas la fin d’une époque, mais l’émergence d’un nouveau paradigme. Alors que les institutions locales consolident leur position, l’Afrique s’engage sur la voie d’une autonomie financière accrue, portée par des acteurs régionaux ambitieux et des partenariats économiques diversifiés. Ce tournant historique illustre la résilience et le dynamisme d’un continent en pleine mutation.

Oeil d'Afrique



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