Pendant que les caméras du monde se braquent sur les crises Gaza, l’Ukraine, le détroit d’Ormuz, l’est du Congo, le Burkina Faso avance. Silencieusement. Méthodiquement. Avec une ambition qui mérite qu’on s’y arrête.
Cette semaine, le capitaine Ibrahim Traoré a présidé un Conseil des ministres particulièrement dense, révélateur d’un projet d’État qui prend de l’épaisseur. Le 12 mars 2026, le gouvernement a adopté un décret portant création de la Yennenga Holding Burkina Faso, dotée d’un capital de 10 milliards de francs CFA. Cette société aura pour mission de mutualiser les participations de l’État dans trois banques ainsi qu’une société de réassurance, afin de renforcer l’efficacité de la gestion des actifs publics dans le secteur financier.Un instrument de souveraineté économique. .
Ce mouvement s’inscrit dans une dynamique plus large. Le 9 mars, le Burkina Faso a lancé son Plan national de développement 2026-2030, estimé à 64 milliards de dollars, l’un des programmes économiques les plus ambitieux jamais proposés dans le Sahel. Environ deux tiers de ce montant seront levés en interne, à travers les revenus des entreprises publiques et des programmes d’actionnariat citoyen. La formule du ministre des Finances est éloquente : « En utilisant nos ressources souveraines, nous pouvons transformer durablement notre économie. »
Ce n’est pas de la rhétorique. Depuis la prise de pouvoir du capitaine Traoré en 2022, le pays a repris le contrôle d’environ 75 % de son territoire, contre 60 % à son arrivée. En juin 2025, la nationalisation de cinq actifs miniers aurifères détenus par des intérêts étrangers a généré des revenus permettant de rembourser plus de deux milliards de dollars de dette intérieure, réduisant celle-ci d’un quart.
Il y a aussi, sur le plan diplomatique, un mouvement discret mais significatif. Un émissaire de l’administration Trump a rencontré les autorités burkinabè le 11 mars pour évoquer une nouvelle vision de coopération fondée sur un partenariat d’égal à égal et le respect de la souveraineté. Washington qui vient à Ouagadougou — et non l’inverse. Le signal n’est pas anodin.
Bien sûr, le Burkina Faso n’est pas un pays sans tensions. Le 29 janvier 2026, le gouvernement a dissous l’ensemble des partis politiques, une décision qui concentre le pouvoir et inquiète les défenseurs des libertés publiques. La sécurité reste fragile dans plusieurs zones du territoire, malgré les avancées. Et le contexte sahélien demeure l’un des plus complexes du continent.
Mais ce que construit Traoré en ce moment — une holding bancaire d’État, un plan quinquennal à financement endogène, une diplomatie souveraine, ressemble à quelque chose. Peut-être pas à la démocratie telle qu’on la définit à Bruxelles ou à Paris. Mais peut-être à ce que beaucoup d’Africains attendent depuis des décennies : un État qui gère ses ressources pour son peuple, sans demander la permission à personne.




















